Violences et atteintes aux biens en hausse, routes plus meurtrières... Le bilan 2025 de la sécurité en Meurthe-et-Moselle dessine une dégradation de nombreux indicateurs. Quelques chiffres.
C’est un bilan en demi-teinte. Quelques jours après la publication des chiffres nationaux de la délinquance pour 2025, le préfet de Meurthe-et-Moselle a présenté ce mardi 3 février les données départementales, en présence de Frédéric Laissy, directeur interdépartemental de la police nationale (DIPN) à Nancy, du colonel Sébastien Brach, commandant le groupement de gendarmerie départementale, et de Christophe Antoni, directeur de cabinet du préfet de Meurthe-et-Moselle. Que retenir ? Comme au niveau national, la délinquance progresse et les tendances observées dans le département s’inscrivent globalement dans celles de l’ensemble du pays. Derrière les chiffres, les autorités décrivent une société « en mutation », confrontée à des formes de délinquance plus diffuses, mais aussi plus quotidiennes.
Violences : une hausse marquée, des homicides en forte augmentation
Les atteintes volontaires à l’intégrité physique (AVIP) ont progressé de 6,3 %, soit 397 faits supplémentaires en un an. Les atteintes aux biens ont, elles, augmenté de 5,3 % et représentent désormais plus de 65 % de la délinquance générale dans le département.
Plus préoccupant encore, le nombre d’homicides a fortement augmenté : 18 victimes recensées en 2025, contre 6 en 2024. « La situation n’avait jamais été aussi prononcée », a reconnu le préfet, évoquant « une violence sournoise et inédite ». Ce chiffre inclut les cinq victimes de l’incendie criminel de Neuves-Maisons, survenu au cours de l’année.
Les violences intrafamiliales repartent également à la hausse (+3,2 %), après un léger recul en 2024. Elles représentent désormais près de 45 % des gardes à vue en zone gendarmerie. Les autorités y voient toutefois aussi l’effet d’« une libération de la parole », encouragée par le renforcement des dispositifs d’accompagnement des victimes. Hors cadre familial, les violences physiques non crapuleuses progressent également (+4,6 %).

Cambriolages : une délinquance plus mobile et plus organisée
Les cambriolages de résidences principales connaissent une nette progression (+25 %), avec 489 faits supplémentaires par rapport à l’an dernier. Selon la préfecture, cette hausse résulte d’une « délinquance itinérante de plus en plus mouvante et aguerrie » liée à une baisse de vigilance des habitants, notamment en milieu rural. Le colonel Brach illustre cette tendance avec un fait récent impliquant des ressortissants allemands, ces derniers ont commis un véritable raid sur cinq départements, réalisant plusieurs dizaines de cambriolages dans l'Est de la France dont l'un des malfaiteurs cumulait 65 mentions au Traitement des antécédents judiciaires (TAJ).
En milieu urbain, ces effractions relèvent également d’une délinquance vivant de multiples formes de rapine souvent associées à des problèmes de toxicomanie ou de stupéfiants, souligne Frédéric Laissy.
Le destructions et dégradations volontaires sont également en augmentation de 5,31%. Le département enregistre aussi une hausse du nombre de victimes d'escroquerie avec 236 victimes, soit + de 6,03%.
Saisies, avoirs criminels, des chiffres record pour le narcotrafic en 2025
Sur le front du narcotrafic, l’année 2025 a été marquée par le démantèlement de 129 réseaux et plusieurs opérations d’ampleur : 56 kg d’héroïne saisis à Laxou en février, 600 pieds de cannabis découverts à Longuyon en juin, ou encore la neutralisation d’un point de deal structurant au Plateau de Haye en décembre.
Les services de police constatent également une hausse marquée des saisies, en particulier de cocaïne et de drogues de synthèse. Près de 80 kg d’amphétamines ont ainsi été interceptés sur l’agglomération nancéienne. Autre levier jugé particulièrement efficace : la saisie des avoirs criminels. « Pour la police nationale, on est passé de 980 000 euros en 2024 à près de 4,8 millions d’euros en 2025, incluant des biens immobiliers, des véhicules, des comptes bancaires », souligne Frédéric Laissy.
Dans ce contexte, l’usage de stupéfiants reste fortement ciblé, avec une hausse de 17 % des amendes forfaitaires délictuelles infligées aux consommateurs. La loi du 13 juin 2025 a par ailleurs élargi les prérogatives administratives du préfet, qui peut désormais prononcer des interdictions de paraître et engager des procédures d’expulsion contre les personnes impliquées dans des points de deal.
Ces mesures, qualifiées de « seconde lame du rasoir » après l’action judiciaire, permettent notamment de fermer l’accès à certains lieux pendant un mois maximum pour des individus dont la présence trouble l’ordre public. Déjà appliquées à plusieurs reprises, elles s’accompagnent de démarches auprès des bailleurs sociaux pour résilier les baux en cause. En cas d’inaction, l’État peut se substituer au bailleur et saisir directement la justice. Six procédures sont actuellement en cours dans le département.
Une année noire sur les routes de Meurthe-et-Moselle
Autre inquiétude, plus silencieuse mais tout aussi meurtrière, la route. En 2025, 39 personnes ont perdu la vie sur les routes du département, contre 24 l’année précédente, soit une hausse de 63 %. En réponse, la préfecture a durci, en lien avec les parquets du département, les suspensions de permis pour alcoolémie, stupéfiants et grands excès de vitesse. L’objectif étant de renforcer l’effet dissuasif et de retirer plus durablement de la circulation les conducteurs les plus dangereux. En moyenne, près de 3 000 suspensions administratives sont prononcées chaque année dans le département : environ la moitié pour usage de stupéfiants, 25 % pour alcoolémie et 25 % pour excès de vitesse.
Toutefois, si les accidents mortels sont en recrudescence, le volume global des sinistres restent stable. Selon les statistiques, les indicateurs de blessés et d'hospitalisations de plus de 24h affichent une légère baisse de 4%.


Les refus d’obtempérer en progression
Les refus d’obtempérer constituent un autre point sensible du bilan 2025. Le département en a enregistré 84, dont 58 en zone police, soit une hausse de 18 % dans ces secteurs et de 40 % en zone gendarmerie. En 2024, un jeune gendarme avait été gravement blessé à Neuves-Maisons lors d’une intervention de ce type. « L’absence de permis ou la consommation d’alcool ne justifient pas de se mettre en danger et de mettre en danger les forces de l’ordre », a rappelé le colonel Brach.
Face à cette dégradation des indicateurs statistques, les autorités mettent en avant « le continuum de sécurité », avec un renforcement de la présence policière et la « lutte contre l’impunité ».









