janvier 19, 2022

Le Laboratoire d’Archéologie des Métaux ou les aventuriers du fer

labo-jarvilleJuste à côté du Musée de l’Histoire du Fer, dans le domaine de Montaigu à Jarville, existe un exceptionnel centre de recherche scientifique : le Laboratoire d’Archéologie des Métaux. Un lieu où les objets de métal anciens et précieux reprennent vie, mais aussi où les propriétés des métaux, les méthodes de forge et les fabrications de nos plus lointains ancêtres sont soigneusement étudiées. Et bientôt également un lieu où le grand public pourra assister à de spectaculaires démonstrations…

 

   

L’archéologie est une activité scientifique finalement aussi fascinante que mal connue. Car si le terme évoque souvent pour le grand public un imaginaire forgé par des représentations cinématographiques sympathiques mais totalement invraisemblables, telles qu’Indiana Jones ou Jurassic Park, combien de personnes ont réellement connaissance des diverses domaines d’applications de l’archéologie ? Combien ont déjà entendu mentionner l’existence de l’archéologie des métaux ?

 

Le Laboratoire d’Archéologie des Métaux, une structure exceptionnelle au cœur du Grand Nancy

Il existe pourtant dans le Grand Nancy une étonnante structure consacrée à cette activité. Situé à Jarville, dans le petit bâtiment qui jouxte le Musée de l’Histoire du Fer, le Laboratoire d’Archéologie des Métaux est un lieu de découverte et de partage scientifique hors du commun. C’est en 1950 que débute son histoire, lorsque l’industriel Albert France-Lanord, alors également conservateur de la section d’archéologie du Musée Lorrain ; et Edouard Salin, administrateur de la compagnie des forges d’Audincourt dès la fin de la 1e Guerre Mondiale et ce, jusqu’à ce qu’une blessure de guerre le contraigne d’arrêter en 1935, décident de fonder un laboratoire de recherches archéologiques.

« Edouard Salin commence à s’intéresser à l’archéologie dès 1910 » explique Pierre Folzan chargé de la direction au LAM. « Il avait très tôt pris conscience qu’il fallait intégrer des méthodes scientifiques dans le domaine de l’archéologie, notamment pour rattraper le retard de la France en matière de recherches archéologiques après-guerre. Il avait à cœur aussi de renforcer la déontologie et de valoriser la formation : il contribua ainsi à mettre en place un réel cursus de formation pour les futurs conservateurs-restaurateurs ». Quant à Albert France-Lanord, « il voulait à tout prix l’existence d’un centre de recherche sur l’histoire de la métallurgie » renchérit Marie-Christine Leroy, vice-présidente à la Communauté Urbaine en charge des établissements de culture scientifique et technique du Grand Nancy, fière de revendiquer le caractère quasi-unique du LAM en France.

Pourtant, sans le soutien de la Communauté Urbaine du Grand Nancy, cette histoire initiée il y a plus d’un demi-siècle se serait probablement arrêtée il y a trois ans, faute de moyens financiers. Soucieuse de préserver l’esprit dans lequel ses deux fondateurs le conçurent, la Communauté Urbaine intégra le LAM à ses services pour sauver l’établissement de la banqueroute et lui permettre de poursuivre ses missions de recherche, de formation et de conservation ; « des missions qui correspondent au sigle DVD » poursuit Marie-Christine Leroy, avec un sourire amusé. « Il s’agit en effet de Divertir, Valoriser ; et Diffuser. »

 

Restaurer des objets classés au patrimoine historique : un travail minutieux

Concrètement, c’est Marie Arnautou, jeune stagiaire venue compléter sa formation en restauration en intégrant la petite équipe dynamique du LAM, qui nous éclaire quant au déroulement de la patiente démarche de restauration-conservation qui constitue l’une de ses principales activités. Dans l’atelier, un crucifix et deux porte-cierges, éléments d’un vaste ensemble de garniture d’autel en bronze doré appartenant à la Cathédrale de Toul, resplendissent, nouvellement restaurés. Ils repartiront à Toul à temps pour les célébrations de Pâques. Ils étaient cependant arrivés en bien mauvais état : le Christ du crucifix central comportait des traces de guano ; les porte-cierge avaient perdu leur teinte dorée pour se retrouver verts et oxydés. Classés monuments historiques, ces objets précieux du milieu du XIXe siècle ont alors subi une restauration en plusieurs étapes.

Passé le constat d’état, qui consiste en l’établissement d’un diagnostic afin de déterminer le protocole de restauration, le crucifix et les porte-cierges, constitués de plusieurs parties emboîtées sur un axe de fer et fixés au sommet par les bobèches, ont tout d’abord été démontés. Ensuite l’étape cruciale de la restauration a été le méticuleux nettoyage des pièces. Il a fallu en effet enlever cire, acides, et traces d’abrasion à l’aide de lampes à infrarouge ; puis procéder au nettoyage chimique avec un acide déminéralisé, dont la propriété est de détruire les produits de corrosion du métal sans abîmer le métal lui-même. Enfin, une fois la poudre de corrosion verte soigneusement éliminée, une fois l’éclat du bronze doré retrouvé grâce à la technique de la galvanoplastie (un traitement de surface basé sur le principe de l’électrolyse), une résine acrylique est appliquée sur les objets pour les protéger. Alors la restauration est assurée pour dix ans.

Sur une table, non loin des porte-cierges, une épée, une baïonnette et un casque issus du Musée Départemental de la Guerre de 1870 et de l’Annexion, de Gravelotte, en Moselle attendent eux-aussi de retrouver leur éclat. Un peu plus loin, Marie-Pierre Lambert, restauratrice, s’affaire sur quelques pièces délicates.

 

L’atelier de recherches : En quête de fer

Mais déjà nous voici invités à suivre Paul Meruzzo, co-responsable avec Marc Leroy de l’atelier de recherche. En short sous une blouse de travail bleue en ce début de printemps, il présente d’un air enjoué son travail d’investigation concernant les métaux, les objets de métal et leurs origines ; travail qu’il compare à celui mené lors d’une enquête de police, car il s’agit de rassembler tous les indices pour élaborer et vérifier des hypothèses.

Au secteur recherche, Paul Meruzzo et Marc Leroy étudient la sidérurgie ancienne, la fabrication du fer avant les hauts-fourneaux, dès avant même l’Âge du Fer. Ils travaillent surtout sur des déchets de minerais que d’autres laboratoires leur envoient ; font également un peu de prospection sur l’ensemble archéologique des lieux de production et de transformation du fer ; effectuent des recherches chimiques, du nettoyage et du tri de scories.

Mais parce que le Laboratoire d’Archéologie des Métaux est aussi un endroit dédié au partage de la connaissance scientifique avec le plus grand nombre, Paul Meruzzo confie avec enthousiasme qu’un projet de démonstration des procédés du secteur recherche est en cours d’élaboration. Ainsi bientôt, le grand public pourra contempler de près les scientifiques à l’œuvre, comprendre leur travail en y assistant de près.

Il est ainsi prévu de reconstituer dans le domaine de Montaigu, devant le Musée de l’Histoire du Fer, un four tel que ceux qu’utilisaient les Mérovingiens pour forger des objets. Le public pourra circuler dans un ingénieux parcours, le menant des salles de démonstration des procédés de recherches archéologiques jusqu’au four reconstitué, où un forgeron produira devant lui de vrais morceaux de métaux et scories, qu’il transformera sous ses yeux en objets de fer. Paul Meruzzo se réjouit déjà à l’idée de pouvoir ainsi envisager de recréer des francisques et des épées mérovingiennes, ainsi que des enjeux pédagogiques que comporte ce projet. « On pourrait même inviter des groupes scolaires à participer à des reconstitutions et des reconstructions de fourneaux ! » s’exclame-t-il.

Il faut, pour comprendre son enthousiasme, se représenter ces fours creusés à même le sol et élevés à l’aide de hautes cheminées d’argile que, dès la protohistoire, nos lointains ancêtres remplissaient de charbon de bois et d’air, avant d’introduire la pierre qui y pouvait y chauffer à plus de 1200°C. A 1000°C les roches fondaient, se mélangeant pour former la scorie et couler au fond du four, tandis que les grains de minerai restaient au niveau de l’arrivée d’air et s’assemblaient pour former le métal.

Celui-ci était retiré tout chaud du four, et à la phase solide produisait un bloc d’acier, de fer, ou un mixte. Alors, il s’agissait de transformer l’objet en masse de fer forgeable, raconte Paul Meruzzo. Pour cela, il fallait taper sur la masse de métal encore chaude, et la faire réchauffer pour la taper encore chaque fois qu’elle refroidissait.

Ainsi, dès lors que la plateforme extérieure avec ce four ancien, moulé d’après une empreinte archéologique réelle, sera construite, il sera possible d’élaborer un programme de démonstrations fixes permettant à tous, petits et grands, de venir redécouvrir un savoir-faire millénaire, qui permit aux premiers Hommes de forger les outils grâce auxquels ils s’approprièrent le monde au cours des âges. C’est donc en quelque sorte un véritable voyage dans le temps, vers les origines de l’humanité, qui sera proposé aux spectateurs grâce à ce simple parcours. Une initiative ludique et passionnante, qui à coup sûr, permettra également de faire davantage parler de cet important centre de recherche scientifique qu’est le Laboratoire d’Archéologie des Métaux, dont on ne peut qu’admettre qu’il gagne à être connu.

 

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