Entre Nancy et Epinal, les scolytes et les chenilles menacent la forêt

Les chenilles processionnaires sur un des chênes infectés du bois d'Ormes - ICN.fr Les chenilles processionnaires sur un des chênes infectés du bois d'Ormes - ICN.fr
VIDÉO. Menacée par les crises sanitaires à répétition, la forêt a vu débarquer avec l'arrivée des beaux jours les chenilles processionnaires qui s'attaquent aux chênes et aux hêtres ou encore les scolytes qui détruisent les épicéas... Avec pour conséquence, la destruction massive de certaines parcelles. Pierre Aussedat alerte sur la situation environnementale.  

>> Nos questions à Pierre Aussedat


Au cœur de la zone infectée dans le bois d’Ormes à une vingtaine de kilomètres de la ville de Nancy à Crantenoy, Pierre Aussedat, propriétaire forestier et expert en biens ruraux, ne masque pas son inquiétude. Sur certaines parcelles, la présence d’arbres malades est concrète. Des dizaines et des dizaines d’arbres secs qu’il faudra couper pour stopper l’invasion des nuisibles. Le nom de ce mal qui les ronge ? Des scolytes qui dévorent les épicéas ou encore des chenilles processionnaires dont l’attaque des chênes est plus progressive. Pour ce propriétaire forestier, le constat est sans appel notamment dans le quart Nord-Est où des massifs entiers de forêts seraient menacés avec pour conséquence de fragiliser davantage le travail des forestiers. Les chênes porteurs de chenilles processionnaires souffrent d’une défoliation complète et sans feuilles, l’arbre stoppe sa croissance car il n’a plus les moyens de respirer. Pour le gestionnaire forestier, cette attaque implique une perte de production importante : les arbres ne pourront pas être récoltés pour produire du bois d’œuvre. « Ce phénomène arrive derrière une sécheresse sans précédent, donc les chênes sont déjà fragilisés. La répétition de ces stresses met en péril la viabilité de centaines de milliers d’hectares de forêt en France… » explique-t-il.

« il y a une telle pression de ces insectes qu’on voit même des hêtres, des ronces se faire dévorer... »

Pierre AUSSEDAT, propriétaire forestier et expert en biens ruraux

Dans le bois d’Ormes, des actions ont été menées pour favoriser la repousse d'arbres sains. « On a enlevé le taillis de charmes de façon à ce que les chênes puissent donner leurs semences au sol pour renouveler la forêt. Le problème c’est que même les jeunes chênes sont attaqués », se lamente Pierre Aussedat qui a bien cherché des soutions comme le recours à des mésanges ou des scarabées pour contrer la progression du nuisible. Des possibilités écartées par l’ampleur du phénomène. « J’ai l’impression d’être seul à en parler. Oui, les chenilles processionnaires, c’est urticant, pas agréable lors d’une promenade en vélo, le problème il n’est pas là, il s’agit de la santé de la forêt dans les années qui viennent. Certains foyers à Vitrimont ou Lunéville ont toujours existé, ils font 1500 hectares, là vous allez de Nancy à Épinal en passant par Mirecourt, il y a un foyer démesuré d’une centaine de milliers d’hectares. Normalement l’insecte s’installe dans la canopée et attaque uniquement le chêne, mais il y a une telle pression de ces insectes qu’on voit même des hêtres, des ronces se faire dévorer tout comme de jeunes arbres attaqués. », ajoute Pierre Aussedat. 

L'attaque mortelle des scolytes 

Un phénomène de destruction auquel s'ajoutent d'autres attaques de parasites remettant en cause la pérennité de la forêt dans les années à venir. Selon le constat du propriétaire forestiers, 80 hectares d’épicéas près de Nancy ont été rongées par les scolytes, un insecte de la famille des coléoptères qui se nourrit de bois en creusant des galeries sous l'écorce. Une progression observée ces trois dernières années qui s'intensifierait avec le réchauffement climatique.  À proximité du village de Léménil - Mitry, l’abattage des épicéas malades est en cours pour stopper la progression du parasite, mais les enjeux sont importants et s'inscrivent sur le long terme avec l'affaissement du massif. Sur ces espaces, la seule issue restera le reboisement chiffré entre 4000 et 5000 euros par hectare. Avec en autres, des conséquences financières lourdes pour les propriétaires de parcelles qui n’en ont pas forcément les moyens financiers et doivent faire face à une chute colossale de la valeur du bois sec.

Comment trouver des solutions alternatives ? Aux aides de l’Europe, la dernière solution des professionnels pourrait s’inscrire dans le label carbone, un système de compensation, qui permettrait aux propriétaires forestiers de bénéficier d'un financement des entreprises prêtent à améliorer leur empreinte carbone. « La forêt se rapproche d’un bien commun et jusqu’à maintenant c’est quasiment le propriétaire qui assume tout », conclut Pierre Aussedat. Il y a urgence.