août 10, 2022

Ciné | rencontre avec Michel Leclerc et Félix Moati pour Télé Gaucho

Cinéma. Dans les années 90, une joyeuse bande de potes créent leur propre télé associative, Télé Gaucho. Une télé anarchiste et provocatrice dans laquelle s'investissent notamment les personnages de Jean-Lou, Yasmina, Victor, Clara et Adonis. Ensemble, le groupe veut surtout faire la révolution dans un contexte où la télévision règne en maître . Pour son film , Michel Leclerc, réalisateur s'est inspiré de sa propre expérience à Télé bocal, une télé associative et gauchiste de la même époque. Rencontre avec Michel Leclerc et Victor (Félix Moati) de passage à Nancy.

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Félix Moati dans Télégaucho - crédit photo DR

Où avez-vous trouvé l'inspiration du film et d'où viennent les images d'archives qui apparaissent...

Michel Leclerc - Télé Gaucho est directement inspiré d'une de mes expériences à Télé Bocal, une télé gauchiste est associative. À l'époque, on s'est retrouvé face à un groupe de gens, on tournait et on interviewait devant la caméra puis la diffusion se faisait collectivement. Alors que la télé traditionnelle isole, la télé militante se consommation collectivement, un peu comme le cinéma était à ses débuts avec un côté forain parce qu'il n'y avait pas internet. Après, tout le monde s'est remis à mettre des images sur la toile et c'est redevenu individuel. 

Au tout début de l'écriture, il y a des années de ça je voulais faire un documentaire, parce qu'il y a effectivement une masse d'archive importante de ce que les gens faisaient là-bas, des manifs de l'époque, de leurs combats, et donc au fur et à mesure j'ai abandonné l'idée d'un documentaire, car ça me semblait trop compliqué tellement tout le monde s'était engueulé (rires) et puis en pensant le film je me suis dit tout de suite ce qu'il tourne eux les personnages en DV devait faire partie de la narration et de l'histoire du film donc j'ai utilisé un certain nombre d'archives que nous avions tournées de l'époque en les mélangeant avec des plans raccord qu'on a tourné avec des comédiens, la manif devant Chaillot où là c'est vraiment un mélange d'images d'il y a 15 ans ont raccordées avec des images d'aujourd'hui sans qu'on s'en aperçoive. 

En 1990, la lutte est aussi contre la télé ?

Michel Leclerc - L’ambiance de Télé Gaucho est proche des années 70 : l’amour, la politique, la liberté… à la différence près que dans les années 90, l’ennemi à abattre n’était plus vraiment le pouvoir politique, mais la télé commerciale qui, à partir de ces années-là, commençait à incarner le pouvoir absolu.  

 

Le film intègre des rubriques crées initialement pour Télé Bocal, des séquences divertissantes et militantes...

Michel Leclerc - La plupart sont des rubriques que je réalisais, comme "Avant, moi je croyais…" ou "Les  objets qui nous font chier". Un jour, Nagui a vu "Avant, moi je croyais…" et il m'a proposé d'en acheter une centaine de modules pour être diffusés sur Canal Plus, dans l'émission Nulle Part Ailleurs. J'ai accepté tout-en négociant auprès de Nagui que tout soit tourné à Télé Bocal et que celle-ci bénéficie des retombées financières de la production. Et pourtant, cela m'a quand même valu d'être traité comme un "vendu au système". Dans ce milieu gauchiste ultra politisé, il est très difficile de revendiquer le statut d’auteur, c'est faire preuve d'égoïsme puisque cela revient à revendiquer "c'est moi qui l'ai fait". Donc j'ai toujours été traité en  traître en fait (rires), à l'époque de télébocal je commençais à travailler à la télé, j'étais monteur à m6, j'ai fait des chroniques, et j'avais le cul entre 2 chaises et c'était parfois difficile à dire.

Votre rapport au militantisme ?

Michel Leclerc - Comme je le dis dans le film, l'important c'est d'avoir les idées moi je ne me suis jamais senti capable d'être un militant jusqu'au bout, je suis fasciné par l'engagement et je pense qu'il faut être engagé, mais personnellement j'ai toujours une retenue d'aller jusqu'au bout, car j'ai l'impression qu'il faut simplifier le monde pour être un vrai militant, qu'il faut s'asseoir sur la complexité du monde. 

Félix Moati - Je pense que le personnage de Victor illustre bien ça, la manière dont l'a écrit Michel, à un moment donné, toutes les belles idées qu'on peut avoir se heurtent aux réalités ,si on veut se lancer dans le militantisme il faut faire abstraction de la complexité humaine, d'ailleurs le rapport que Victor a avec Emmanuelle Béart lui saute aux yeux, il se dit qu'il ne pourrait jamais être un soldat comme peut être Maiwenn qui lui dit un moment que "le militantisme c'est la guerre" et elle a raison. Le militantisme profond est engagé c'est quelque chose de tragique et une impasse.

L'une des forces du film est aussi son aspect comique...

Michel Leclerc - J'aime la politique et j'aime me marrer, je mélange les deux c'est ma manière polie de raconter l'histoire de gens engagés. 

Félix Moati - Le fait de vouloir faire rire tout en étant engagé c'est une manière d'être délicat et de ne pas être sûr de la légitimité de ses engagements.

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Le personnage de Clara interprété par Sarah Forestier 

Un des personnages les plus ambigus du film est celui de Clara... 

Michel Leclerc - Clara incarne une autre facette de Baya du Nom des Gens, comme si, dans Télé Gaucho, Baya se divisait en Yasmina et Clara : dès le début, on sent qu'elle a un grain. Mais elle a une folie solaire et attirante, une liberté qui séduit Victor. Progressivement, on s'aperçoit que sa folie n'est pas aussi solaire que ça : c’est un personnage déstructuré pour qui la frontière entre réalité et fiction est très mince. Elle a des enthousiasmes successifs – pour le cirque, pour la politique –, mais elle ne se donne jamais les moyens de ses passions, si bien que toute sa vie est vouée à l'échec. Elle en souffre, mais elle n'essaie pas de lutter contre cette tendance. Elle devient donc un personnage très noir, mortifère – elle travaille d'ailleurs dans un magasin de pompes funèbres – et elle est très décourageante pour les autres. Personne ne peut compter sur elle, et elle la première. Dès que Victor découvre cela, il comprend qu’elle peut l’entraîner vers le fond.

Félix Moati -  elle est complètement cyclothymique, c'est un personnage grave qui peut aussi être très drôle. Victor se heurte à l'impossibilité de la sauver, elle est dans un monde très noir, alors qu'à des moments elle est solaire.

Les lieux du tournage...

Michel Leclerc - On a tourné dans les lieux de Télé Bocal et puis j'ai essayé d'associer au départ au maximum tous les gens qui font partis de cette équipe là, un certain nombre de personnages qui passent dans le film ont été des gens importants de Télé Bocal et puis il y a toujours Richard Sovied qui était le chef de télébocal et qui l'est toujours, qui était un peu à l'époque le personnage de Jean Lou et qui est toujours le chef de télébocal, c'est le seul qui reste de cette époque là.

Félix, vous incarnez le personnage de Victor,un jeune passionné de cinéma qui arrivé à Paris intègre rapidement la bande de "Télé Gaucho". Vous vous êtes reconnu dans ce rôle ?

Félix Moati - J'ai lu le scénario en 2009, je venais de faite LOL, j'étais plus jeune que Victor à l'époque alors le passage à l'âge adulte c'était quelque chose qui m'effleurait, je ne connaissais pas de désillusions, d'amours contatriés, encore moins d'avoir un enfant, mais je me suis retrouvé dans la ferveur, le désir d'engagement, je n’ai pas cherché à me projeter. Ca Il y a ce truc universel du passage à l’âge d'homme,de l'amour contrarié, comme trouver sa place dans un groupe confronté à n'importe quel âge. 

Michel Leclerc : J'ai rencontré Félix très tôt, avant même le tournage du NOM DES GENS, la relation a bien fonctionné et nous sommes devenus proches. Je ne m'attendais pas à trouver un comédien de son âge aussi rapidement, on s'était projeté avec un casting très long.  

Le prochain film ?

Michel Leclerc -  Il est en cours d'écriture, ce sera aussi un film politique dans un futur proche.

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