février 28, 2021

Au Cul du Loup

CRITIQUE - Le premier film de Pierre Duculot est une touchante ode à deux régions a priori antithétiques, le Hainaut et la Corse, et qui pourtant se répondent dans une jolie fable sur le désir d’émancipation d’une jeune femme de trente ans. D’une beauté simple, un petit film pour une grande bouffée d’air frais.

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Au Cul du Loup - © Perspective Film 

 Fuir. Bien qu’elle l’ignore encore, ce besoin hante à présent Christina ; s’insinue de plus en plus dans son corps et son esprit, à mesure que l’obsède l’idée de la Corse. Ce que lui a légué sa défunte grand-mère, bien plus qu’une maison en ruines, c’est le désir de se redécouvrir, de trouver enfin qui elle est, loin de la bienveillance oppressante de sa famille, en recherchant ses propres origines, en retrouvant la trace de ses racines, dans l’île d’où elle vient mais qu’elle ne connaît pas.

  Alors Christina part. Sur un coup de tête, elle plante là son copain, gentil mais étouffant, pour aller à la rencontre de cette aventure dangereuse, de cette île belle et terrible où elle se sent enfin chez elle. 

  Et puis il y a ces habitants clairsemés mais généreux, ce paysage solitaire et grandiose, ce berger taiseux qui suscite tant d’émois. Christina se trouve là-bas, bien décidée à rebâtir cette maison, envers et contre tout, en dépit de l’incompréhension de ses proches.

  De La Splendeur des Amberson à La Chute de la Maison Usher en passant par Citizen Kane, le motif de la maison en ruines habite depuis longtemps l’imaginaire cinématographique. Il est ici utilisé comme un lien générationnel, au cœur d’une identité à construire, d’un projet d’émancipation à réaliser. Alors, pour évidente qu’elle puisse paraître de prime abord, cette métaphore ne se pare pas moins d’émotion.

  Une émotion d’autant plus forte qu’elle est brute, et ne s’embarrasse pas de pathos. Brute d’ailleurs, comme cette terre de Corse dont Pierre Duculot filme toutes les aspérités, le grain, la couleur intense et presque violente. Le réalisateur dit avoir été fasciné par la minéralité de ce pays rocheux, que l’on s’imagine trop souvent et à tort balnéaire. Cela aussi se ressent dans son image, qui rend magnifiquement la rudesse, la sauvagerie même, de ce paysage où Christina veut s’implanter avec une ferveur opiniâtre.

  « On m’a reproché d’avoir fait un film naïf » admet Pierre Duculot. Mais la naïveté, surtout quand elle est aussi poétiquement mise en images, constitue-t-elle vraiment un défaut ? Au Cul du Loup est un film d’une beauté simple, qui ne prétend à rien d’autre qu’à faire partager un ressenti sincère, dans la confrontation de deux régions que tout a priori sépare et que l’émancipation d’une jeune trentenaire rassemble.

  Lors de la projection-débat qui a eu lieu au Cameo jeudi 30 août, les spectateurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, disant leur émotion devant l’envie d’évasion de l’héroïne.

   Il faut en outre, pour être juste, insister sur ce que ce film doit à des acteurs remarquables, que ce soit Christelle Cornil qui porte la fuite existentielle de son personnage à fleur de peau ; le beau et mystérieux berger interprété par le trop rare François Vincentelli ; ou encore Roberto D’Orazio, acteur non professionnel mais fameux syndicaliste belge, extraordinaire et plus vrai que nature dans le rôle de ce père bourru, aimant mais étouffant à force de déni à sa fille du droit de mener son existence elle-même.

  Entre Charleroi et la montagne, Pierre Duculot dit avoir voulu filmer la Corse autrement ; le pari est réussi. En mettant en images la fuite éperdue d’une jeune femme éprouvant soudain un irrépressible besoin d’authenticité, Pierre Duculot offre aux spectateurs prêts à se laisser toucher une revigorante bouffée d’air frais ; un film pour respirer.

 

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Au Cul du Loup

Drame (01h22min) - Date de sortie : 22/08/2012

De Pierre Duculot

Avec Christelle Cornil, François Vincentelli, Jean-Jacques Rausin, Marijke Pinoy et Roberto D’Orazio.

Christina, bientôt 30 ans, vit dans la région de Charleroi en Belgique, avec Marco, son petit ami.
A la mort de sa grand-mère, elle hérite d’une maison en Corse. Dans son entourage, personne ne semble savoir pourquoi la vieille dame possédait cette maison. Sa famille presse Christina de vendre son bien. Mais elle s’y refuse.
Elle veut comprendre pourquoi sa grand-mère lui a laissé cet étrange legs. Elle voit aussi en cet héritage une occasion unique de remettre en question sa vie monotone. Sur un coup de tête, elle part seule à la découverte de sa maison. Ce voyage va bousculer son existence. Et celle de ses proches.

 

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Dernière modification le mardi, 25 septembre 2012 23:56

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