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Critique : « Une Vie Cachée » : le chef d'œuvre de Terrence Malick

By Fiona FRANCHI décembre 10, 2019
August Diehl, Valérie Pachner
 

Résumé du film : L’histoire méconnue d’un paysan autrichien, Franz Jâgerstätter, qui, en 1939, refusa de faire allégeance à Hitler. Reconnu coupable de trahison, il fut arrêté, incarcéré, torturé et condamné à mort. L’histoire ayant néanmoins reconnu son sacrifice, il fut béatifié en...2007. 


Ce film a pour somptueux cadre Radegund en Haute Autriche. Et il vous scotche tellement au fauteuil qu’on se demande vraiment comment, en mai dernier, le jury cannois est passé à côté. Car ce dixième film du réalisateur est à la fois historique, romanesque, christique et bouleversant.Ce qu’il doit beaucoup à l’interprétation sobre et forte du couple vedette, August Diehl (Franz) et Valérie Pachner (Fani). Et à l’étau grandissant de la peste brune qui s’abat sur eux. Un récit implacable et inoubliable.

Tout commence un peu comme « La mélodie du bonheur » de Robert Wise. Même époque : l’Anschluss annonciateur de mise aux normes nazies de l’Autriche. Même cadre : montagnes impressionnantes, prairies herbeuses, travaux des champs, clochers à bulbe. Mais, cette fois, pas de Fräulein Maria ni de capitaine Trapp pour rythmer le récit. Franz et sa femme Fani triment dur pour faucher, ensemencer, traire et vendre les produits de leur ferme afin d’assurer le bien-être de leurs trois fillettes.                                             

Les représailles

Jusqu’au jour où Franz refuse l’enrôlement dans l’armée nazie au nom de ses convictions et de sa foi. Aussitôt, pleuvent les conseils. « Mais, enrôle-toi et penses d’une autre façon », suggère l’avocat.« Vous avez un devoir envers la patrie », claironne le militaire. « Tu ne changeras pas le monde, tu sais », conclut l’ami. « Peut-être, rétorque Franz, mais il vaut mieux subir une injustice, plutôt que la commettre ». S’ensuit alors l’enchainement des représailles.

Terribles, car tout sera fait pour briser sa résistance. Tabassage en cellule, nourriture rare, interrogatoires et, pour finir, comparution devant le tribunal militaire du Reich. « Pourquoi cette obstination ? », questionne un gradé surpris. Réponse : « Parce que je ne peux faire ce que je crois mal. Mon Dieu, qu’est-il arrivé à mon pays ? »  

Leur noblesse d’âme

Ce cheminement vers la mort est éclairé de rares lettres échangées par les époux et d’une ultime visite de Fani à Berlin, lieu d’incarcération de Franz. Mais jamais elle ne cherchera à infléchir sa décision, à l’informer de la haine villageoise qui s’abat sur elle ou de ses difficultés pour faire tourner la ferme avec sa sœur. Aucune plainte, aucune rancœur. C’est son choix à lui : elle le respecte. Et pour le soutenir jusqu’au bout, elle accepte de le perdre.

C’est peut-être cette noblesse d’âme réciproque qui touche et émeut le plus. Car, pour chacun d’eux, résister est devenu une raison d’être. Mais Franz sera exécuté le 9 août 1943. Et reposera dans une tombe oubliée jusqu’à ce que Terence Malick ressuscite son chemin de croix. Il a bien fait.         


Fiona Franchi

Sortie du film : 11 décembre

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