mars 28, 2020

Hasta La Vista : Handicapés et Eros (Sans) Gêne

By Propos recueillis par Raphaëlle Chargois. mars 05, 2012

hasta-vista-ncyRencontre avec le réalisateur et l'actrice principale du film Hasta La Vista de passage au Caméo...

 

    

 

 

hasta-acteursAprès avoir déjà réalisé environ 240 000 entrées en Belgique, d’après les dires de son réalisateur Geoffrey Enthoven, où il est en outre surtout sorti du côté flamand, Hasta La Vista s’apprête à envahir les écrans français.

A cette occasion, Geoffrey Enthoven et Isabelle De Hertogh, qui interprète ici une infirmière au cœur grand et gros, sont venus au Caméo parler de cette comédie qui évoque le handicap et l’amitié en retraçant la quête du Graal de trois handicapés pleins de désirs : un voyage vers un bordel presque mythique.

 

 

bouton-icn-mini-25x25Quelle est la genèse du projet Hasta La Vista ? D’où est venue l’envie de faire ce film ?

Geoffrey Enthoven : Le film est inspiré par le voyage d’Asta Filpot, un Anglais handicapé qui l’a fait avec ses parents et ses potes. Dans le film, nous, on a supprimé les parents : ils partent seulement entre eux. Ainsi c’est le voyage que tout le monde veut faire ; le voyage initiatique de la fin de l’adolescence et c’était une bonne excuse pour raconter une histoire d’amitié.
Au début on a pensé prendre des acteurs handicapés. Pendant un an et demi on a fait un casting assez profond pour travailler avec des gens handicapés, et puis on a abandonné parce qu’on s’est dit qu’on allait refaire un documentaire…

 

Isabelle De Hertogh : … Alors qu’il existait déjà ! C’est For One Night Only, le film sur l’histoire d’Asta Philpot.

 

bouton-icn-mini-25x25Celui-ci a néanmoins été très présent durant le tournage et vous a conseillé. Pour autant, ce n’est pas tout à fait un film sur le handicap…

Isabelle De Hertogh : Oui, Asta Philpot était très présent, mais quand on le connaît, c’est surtout sa personnalité qui ressort, qui impressionne. Alors bien sûr qu’on aborde le sujet du handicap, c’est très important, mais ça vient après. Ce qu’on avait réellement envie de démontrer, c’est que dans la vie, chacun a son propre handicap et fait avec.

Geoffrey Enthoven : Faisant et refaisant le film, je suis très triste quand le voyage s’arrête : j’ai envie de rester avec les personnages. C’est un voyage magnifique où les belles choses se construisent dans les petites choses de la vie. On y aborde des sujets graves, mais du moment qu’on arrive à en rigoler, ça veut dire qu’on dépasse les tabous, qu’on peut relativiser.
On a projeté le film dans des associations d’handicapés et les réactions sont très positives : enfin un film qui parle d’eux ! Ils se sentent très touchés.

 

Isabelle De Hertogh : On a eu de très belles rencontres avec ces associations. Il y a vraiment eu une conscientisation autour de ce problème : maintenant on veut parler des choses, on peut avoir ce débat.

 

bouton-icn-mini-25x25Comment avez-vous abordé votre rôle, Isabelle ?

Geoffrey Enthoven : Au départ le rôle était écrit pour Yolande Moreau, mais elle n’a pas pu le faire, parce qu’elle était déjà prise, et à cause des circonstances on a dû refaire le casting.


Isabelle De Hertogh : C’était pas évident parce qu’on a dû se comprendre à demi-mot.

 

Geoffrey Enthoven : Dès le premier jour, la communication est devenue très directe.

 

Isabelle De Hertogh : Du fait que le rôle était prévu pour Yolande Moreau, il y avait une certaine pression, à la base. Mais je l’ai rencontrée dernièrement aux Magritte[1] et elle était enchantée : elle m’a dit qu’elle avait beaucoup aimé ce que j’avais fait du personnage.

 

bouton-icn-mini-25x25Vous abordez un sujet difficile : celui de la sexualité des handicapés…

Geoffrey Enthoven : Dans les familles d’handicapées, pour les handicapés entre eux, le sujet de la sexualité n’est pas un tabou. Mais du moment qu’il y a des gens qui doivent servir de filtre pour faire passer l’information, ça devient difficile, ça représente une gêne.
Je suis convaincu que le droit au sexe est aussi important que le droit à la nourriture. On n’a pas le droit de bloquer ça !

 

Isabelle De Hertogh : Les parents, dans le film, sont très ouverts, mais dans la réalité ça ne se passe pas toujours comme ça ! Ceux du film sont inspirés des parents d’Asta Philpot, qui sont vraiment incroyables. Ca montre aussi qu’aimer ses enfants, c’est aussi savoir ce qu’on peut leur lâcher.

Geoffrey est très exigeant, il veut un travail d’acteur assez précis, fin, délicat, afin de ne pas tomber dans le pathos ni le cliché. On est surpris par la douceur, l’humanité des choses.

 

bouton-icn-mini-25x25Vous n’êtes probablement pas sans savoir que la question de la mise en place d’assistants sexuels pour les personnes handicapées fait actuellement polémique. Avez-vous voulu vous positionner dans ce débat ?

Isabelle De Hertogh : Moi je pense que c’est indispensable, cette question des assistants sexuels. On bride les personnes handicapées. Dans cette question de leur sexualité il y a beaucoup de souffrance. Je pense qu’à la base Geoffrey ne voulait pas partir de ça, mais raconter l’histoire d’un homme. Et puis ensuite on a senti qu’on ouvrait un débat très important… Mais on ne voulait pas en faire un film militant ! On voulait qu’il reste universel et qu’il puisse concerner tout le monde !

J’ai vu un reportage, à propos de la question des assistants sexuels et de leur formation. Deux personnes handicapées tombaient amoureuses, voulaient faire l’amour, mais avaient besoin d’une personne pour les placer parce qu’elles ne le pouvaient pas… Je ne peux même pas concevoir qu’on assimile ça à de la prostitution !

 

bouton-icn-mini-25x25Comment s’est passé le tournage ?

Isabelle De Hertogh : A la fin du tournage on sentait Geoffrey souriant et heureux.
Je n’avais pas la notoriété de Yolande Moreau, mais entre nous, les quatre acteurs, outre le tournage, il s’est passé quelque chose. Ce qui fait que le film a pris, c’est ça. Ce n’était pas prévisible ! Mais on a eu le sentiment que ce film, c’était plus un petit trip entre nous !

 

bouton-icn-mini-25x25Qu’est-ce qui lie ces personnages ?

Geoffrey Enthoven : Les quatre personnages sont complémentaires. Les quatre ensemble forment une entité mais sont tous de même individuellement assez riches. Je trouve intéressant que tout le monde ait ses propres raisons pour faire le voyage, mais ce que je trouve le plus intéressant ce sont les relations d’amitié entre eux.

Dans chaque groupe d’amis il y en a toujours un qui est plus beau, qui peut draguer plus facilement. Ici c’est Lars et ça suscite un peu de jalousie. Philip, lui, c’est un emmerdeur. Pour Philip j’ai choisi Robrecht Vanden Thoren parce que je trouvais qu’il pouvait très facilement passer pour un handicapé et qu’il avait une très chouette gueule !

 

bouton-icn-mini-25x25Vous avez déjà présenté le film au public et récolté des prix…

Geoffrey Enthoven : Oui pour l’instant, on a reçu un assez bon accueil, on est content !

 

bouton-icn-mini-25x25Pensez-vous que le succès d’Intouchables vous soit, d’une certaine manière, bénéfique ?

Geoffrey Enthoven : Quand j’ai entendu parler d’Intouchables, je me suis dit « Ah bon, il y a un autre film qui parle de ça ? » Le côté positif d’un tel succès c’est que l’accueil reçu par le film Intouchables prouve que le handicap ne fait plus peur aux gens.

 

Isabelle De Hertogh : C’est Omar Sy qui nous a remis le prix du public à l’Alpe d’Huez.[2] C’était à la fois drôle et symbolique.

 

bouton-icn-mini-25x25Qu’avez-vous envie que les spectateurs retiennent de votre film ?

Geoffrey Enthoven : Que tout est possible et qu’il n’est jamais trop tard !


Hasta La Vista, un film de Geoffrey Enthoven avec Robrecht Vanden Thoren, Gilles de Schryver, Tom Audenaert et Isabelle De Hertogh. Sortie le 7 mars 2012.



[1] Les Magritte du Cinéma sont une cérémonie annuelle visant à récompenser les meilleurs films issus des productions belges francophones. C’est l’équivalent de nos Césars, baptisés d’après le peintre surréaliste belge René Magritte. Hasta La Vista y était nommé cette année dans la catégorie « Meilleur Film Flamand en Coproduction » , prix toutefois remporté par Tête De Bœuf – Rundskop de Michaël Roskam. NDLR.

[2] La dernière édition du Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez s’est tenue du 17 au 22 Janvier 2012. La Prix du Public a été décerné à Hasta La Vista. NDLR.

   
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Dernière modification le mardi, 06 mars 2012 10:00

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