mars 29, 2020

Nos Plus Belles Vacances : Philippe Lellouche et ses Souvenirs d’Enf(r)ance

By Propos recueillis par Raphaëlle Chargois mars 07, 2012

plusbelles-film2Interview de Philippe Lellouche était de passage à Nancy accompagné de Julie Bernard et David Brécourt afin de présenter son premier film Nos Plus Belles Vacances...

 

  

« Je n’ai rien appris sur ma famille. J’ai réalisé des choses. J’ai ressenti des choses quand j’avais dix ans, mais c’est aujourd’hui que j’ai appris à les analyser », explique Philippe Lellouche, lorsqu’on lui demande d’où lui est venue l’idée d’écrire et réaliser Nos Plus Belles Vacances, chronique largement autobiographique de l’été familial 1976, passé dans un petit village de Bretagne. L’époque insouciante des premières amours pour le réalisateur, qui apprenant la maladie de son père, entama l’écriture de ce film, fiction inspirée de souvenirs personnels, néanmoins interprétée avec famille[1] et amis.
« J’aime travailler, si tant est qu’on me confère ce luxe, avec des gens que j’aime bien. Sur scène et à l’écran, cette complicité transpire », s’en explique-t-il. Une complicité bien utile pour effectuer la chronique des liens unissant une bande de copains telle que celle formée à l’écran par Philippe Lellouche, Christian Vadim, Gérard Darmon et leurs épouses ; Julie Gayet, Julie Bernard et Vanessa Demouy. Amitié d’autant plus difficile à retranscrire qu’elle s’inspire de celle vécue par des personnages réels !

 

Nos Plus Belles Vacances commence avec un adultère, ce qui peut laisser supposer une intrigue centrée sur la crise du couple formé par Claude (vous-même) et Isabelle (Julie Gayet). Or cela n’est pas le cas. Pourquoi cette ouverture alors ?

Philippe Lellouche : Tout simplement parce qu’il fallait qu’il y ait un enjeu pour que cette famille aille en Bretagne. Et il fallait aussi que le personnage principal ne soit pas « Mon père, ce héros », qu’il ne soit pas parfait. C’est Isabelle qui choisit ces vacances pour qu’il puisse réapprendre à la connaître. Je voulais montrer qu’il est important de se battre pour celui qu’on aime, je voulais faire le portrait d’un couple qui veut se reconquérir.

J’ai essayé de faire le film le plus simple possible, tout en racontant une belle histoire. J’ai envie que les gens sortent avec le sourire, et peut-être un peu plus d’espoir ! Je n’ai pas la prétention de faire passer des messages.

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Nos Plus Belles Vacances est un film inspiré de vos souvenirs d’enfance, une fiction en grande partie autobiographique. De plus, on retrouve au casting votre épouse, votre fils, votre frère, vos amis…  N’était-ce pas un peu risqué pour un premier film, de réaliser quelque chose qui vous touche d’aussi près ?

Philippe Lellouche : Disons que c’était pour moi la façon d’être sûr de ne pas tricher. J’avais peur que dans ce film on décèle des faiblesses techniques. Je pouvais accepter qu’on me reproche beaucoup de choses, mais je ne voulais pas qu’on puisse m’attaquer sur la sincérité.

Je ne sais pas si ce film est un chef-d’œuvre mais je sais que c’est le film que je voulais faire,   l’histoire que je voulais raconter.

Pour ce qui est de mon fils, au début je ne voulais pas du tout lui donner le rôle ; je ne voulais même pas qu’il entende parler de ce film, et puis finalement sa mère m’a dit qu’il avait entendu dire que je faisais passer des castings à des enfants de huit ans, qu’il était un peu blessé que je ne le lui propose pas, et qu’il avait très envie de les passer aussi. Je me suis laissé convaincre, et ma directrice de casting m’y a encouragé, a insisté sur le fait que ce n’était pas parce que c’était mon fils que je devais être gêné de le faire auditionner. Alors il a passé les essais et il a été le meilleur. Effectivement, j’ai constaté qu’il était très fort et qu’il avait très envie de jouer ce rôle. Et finalement, je suis très content de l’avoir pris, car j’aurai toujours ce souvenir-là de mon fils à huit ans !

 

On sent dans le film une immense tendresse pour le monde des enfants, décrit de façon très touchante…

Philippe Lellouche : Je pense que l’enfance est déterminante dans la vie de tout un chacun. Ce qu’on vit entre 0 et 15 ans peut inspirer toute une vie de cinéma et de littérature. J’en ai une vision presque rousseauiste : pour moi, fondamentalement, l’enfant est bon.

 

Puisque le film en exalte les premières amours, vous souvenez-vous du vôtre ?

Philippe Lellouche : Oui, c’était la petite Marie-France, comme dans le film, et je l’ai d’ailleurs retrouvée cet été ! Je crois qu’on n’oublie jamais la première fois qu’on aime, parce que la toute première fois, on aime vraiment. Ce n’est qu’après qu’on devient stratège.

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Nos Plus Belles Vacances est aussi une chronique de l’été 1976. Qu’est-ce qui rend ce moment si particulier, si important ?

Philippe Lellouche : Pour ce qui est des personnages, il y a peu de décalage entre les adultes de 1976 et ceux de maintenant, je pense que ça a peu évolué. Néanmoins ce qui est drôle et surprenant, c’est que quand j’ai dit que je voulais faire un film qui se passait en 1976, on m’a dit que c’était un film d’époque, et en costumes !

Mais pour moi, maintenant, avec le contexte actuel, les vacances d’été ne sont plus les mêmes vacances. Il me semble qu’en 1976, tout le monde avait les moyens de partir au moins une semaine durant les congés payés en s’entassant dans une petite voiture pour rouler toute la journée. Je n’ai pas l’impression qu’à l’époque on parlait de « démunis ».  Et oui, j’ai vraiment l’impression que dans les années 70, c’était plus facile d’être insouciant.

Justement, votre film n’évoque pas que des sujets légers ! On y parle à un moment de la loi Veil et du débat sur la légalisation de l’IVG qui fit scandale à l’époque ; on y sent en arrière-plan la blessure pas encore guérie de la Guerre d’Algérie, on y évoque la collaboration sous le régime de Vichy…

Philippe Lellouche : Merci, je suis content que vous l’ayez remarqué. J’ai en effet essayé de  faire passer tout ça dans le film en espérant qu’on le ressentirait.
Oui, effectivement, il y a peut-être en arrière-plan le début de l’émancipation des femmes : ça a été un moment important !

Et puis il y a la blessure qu’est l’Algérie, dont on prend seulement conscience maintenant. Vous avez remarqué qu’on ne réalise toujours l’importance de ce genre de conflits que trente à cinquante ans plus tard ?

1976, c’est aussi la fin des Trente Glorieuses, avec toutes les difficultés que ça représente. Même si le but de ce film est de raconter une belle histoire, je ne voulais pas y mettre que du léger, parce que c’est comme ça qu’est la vie : faite de légèreté et de blessures.

 

Qu’est-ce qui a changé ou pas par rapport au village breton de vos souvenirs ?

Philippe Lellouche : Eh bien d’abord, j’ai été obligé de changer de lieu pour le tournage. Le Rocher Abraham est devenu un village pas très joli ; peut-être même qu’il ne l’était que dans mon esprit. Donc je l’ai recréé dans le village voisin de Lenhélin, qui sent la Bretagne jour et nuit.

Par contre, pour la scène où Simon et Marie-France dérivent en radeau, j’ai pu retrouver le vrai endroit et on l’a tourné là. J’en avais gardé le souvenir et j’ai toujours eu envie de raconter cette histoire, je l’ai reconnu tout de suite.

J’ai déplacé des scènes qui étaient censées avoir lieu dans la grange, dans la cabane de pêcheurs au bord de la rivière. Quand on a découvert cet endroit, on l’a trouvé tellement poétique !

 

Et vous, David Brécourt, Julie Bernard, comment vous êtes-vous réapproprié ces rôles, qui appartenaient en grande partie à la mémoire de Philippe Lellouche ?

Julie Bernard : Les vrais personnages, enfin ceux qui sont encore vivants parmi les personnes qui les ont inspirés, sont venus sur le plateau, et ça a créé quelque chose de très beau ; c’était impressionnant. Ca nous a permis de leur donner corps.

Et le soir, comme on vivait tous ensemble sur place, on mangeait tous ensemble, un peu dans la même ambiance que l’on retrouve dans le film. Il y avait ces grandes tablées où l’on était tous réunis, c’étaient des moments fabuleux. Nos rôles se sont nourris de ça ; en ce sens, il faut s’aimer quand on fait ce métier-là, pour parvenir ensemble à ce résultat final qu’est le film !

 

David Brécourt : Je me souviens très bien des années 70, de tous les voyages qu’on faisait. C’était mon enfance aussi ! On partait en vacances en 304 Peugeot… Toute l’histoire de Philippe me parle parce qu’elle me ramène plein de trucs ! J’ai vécu exactement la scène de Simon et Marie-France.

 

Julie Bernard : Je suis née dans les années 80, et en plus je suis Belge : je n’ai donc pas connu ce dont parle Philippe dans son histoire. Je n’ai pas du tout cette nostalgie de l’enfance ; j’ai toujours voulu grandir, grandir, grandir !

Donc pour moi, écouter les histoires de Philippe et de Gérard [Darmon], les écouter parler de leur enfance, de leurs pères, ça m’a vraiment transportée. J’ai adoré découvrir cet univers.

 

Qu’aimeriez-vous que les spectateurs retiennent du film ?

Philippe Lellouche : On espère que le film soit bien reçu, qu’il soit le plus universel possible. Je souhaite à tous les garçons d’avoir la chance de percevoir leur père comme un héros, pour que ça leur donne envie de le devenir aussi.


Nos Plus Belles Vacances, un film de Philippe Lellouche avec Philippe Lellouche, Julie Gayet, Gérard Darmon, Vanessa Demouy, Christian Vadim, Julie Bernard, Edwyn Penot, Solal Lellouche. Sortie le 7 mars 2012.



[1] Son épouse Vanessa Demouy, son fils Solal et son frère Gilles Lellouche figurant notamment au casting, NDLR.

 

A lire sur nos pages : la critique du film

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Dernière modification le mercredi, 07 mars 2012 09:47

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