Nancy : un ancien militaire retrouvé mort à moitié nu, un suspect mis en examen et placé en détention

Rue Grandjean à Nancy / googlestreetview Rue Grandjean à Nancy / googlestreetview
Un suspect a été mis en examen ce jeudi, devant le tribunal judiciaire de Nancy, pour homicide volontaire après la mort mystérieuse d'un homme retrouvé dévêtu dans un quartier de Nancy. L'enquête a été menée par la DTPJ de Nancy. 

Le 21 août 2022, le corps sans vie d'un homme, était découvert par deux promeneurs, rue du Docteur Grandjean, le long d'une voie ferrée dans le quartier Oberlin. Un secteur fréquenté par certains adeptes de rencontres sexuelles. L'homme gisait le corps en partie dévêtu simplement habillé d'un harnais en cuir sur le thorax et le short baissé. En outre, il présentait quelques traces au niveau du nez. Les premières constatations étaient menées par la sûreté départementale puis par la DTPJ. Dans la voiture de la victime, étaient saisis plusieurs objets à connotations sexuelles ainsi que des seringues. 

L'autopsie pratiquée par le médecin légiste révélait une fracture de l'os hyoïde, situé au niveau du cou, une blessure pouvant laisser à penser à un acte de strangulation. La victime était identifiée. D'après le parquet de Nancy, il s'agissait d'un homme marié de 64 ans sans histoire, ancien militaire et issu de la classe aisée. Son épouse, enseignante, avait signalé sa disparition, quelques heures après les faits. 

Lors de son audition, l'épouse affirmait être au courant des pratiques sexuelles de son époux évoquant aussi les problèmes d'érection de dernier qui pouvait consommer du "Chemsex" un mélange de GHB et d'une drogue favorisant la libido. Une substance qu'il avait "l'habitude" de s'injecter par seringue, relate ce jeudi 10 novembre 2022, au cours d'une conférence de presse, François Pérain, Procureur de la République de Nancy. 

Au fil des investigations de la police judiciaire, la thèse de l'accident était écartée, et la preuve "de l'intervention d'une tierce personne" sur les lieux ne faisait aucun doute. Pour faire toute la lumière sur les circonstances de la mort, le service régional de la police technique et scientifique était sollicité et des auditions étaient menées dans le cadre d'une ouverture d'information judiciaire et d'une commission rogatoire confiée par le magistrat instructeur, souligne le commissaire Maurice Alibert, directeur de la DTPJ à Nancy.

Les investigations allaient soudainement prendre un tournant avec l'exploitation d'une empreinte génétique extraite sur une ceinture accrochée à un grillage à proximité, la même que sur le short et retrouvée sous les ongles de la victime. Enregistrée dans le Fichier automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), l'empreinte matchait avec un ADN. Celui d'un homme, né en 1987, très défavorablement connu de la justice avec pas moins de 12 mentions au casier judiciaire notamment pour des faits de violences ou de stupéfiants. Élément particulier, il habitait à quelques encablures du lieu où a été découvert le corps, logé dans un foyer de Nancy.

Des zones d'ombres...

Le 7 novembre dernier, considéré comme le suspect numéro 1, il était placé en garde à vue et allait livrer aux enquêteurs "une version des faits", indique le Procureur de la République de Nancy. Il racontait ainsi aux policiers avoir, ce soir-là, été abordé par un individu alors qu'il se promenait dans la nuit. La victime l'aurait approché en lui proposant de la cocaïne et les deux hommes se seraient mis à l'écart "pour cette transaction". Le jeune homme explique avoir inhalé la drogue puis s'être senti soudainement affaibli. C'est à ce moment que la victime en aurait profité pour lui imposer une fellation. "Or, le suspect n'est pas du tout homosexuel. Il l'a donc repoussé et pour se défendre, il aurait été amené à le frapper au visage à quinze reprises", relate le magistrat en reprenant les affirmations du mis en cause. 

Le suspect souligne également avoir quitté les lieux et abandonné l'homme vivant à son sort, en lui dérobant au passage son sac contenant un téléphone qu'il revendra par la suite.

Mais les interrogations demeurent, souligne le procureur de la République de Nancy évoquant la version du suspect. "Ce qui est clair, c'est que la version donnée ne correspond pas aux constatations, le visage n'est pas du tout tuméfié et le corps ne porte pas de traces de coups, seulement quelques dermabrasions aux avants-bras et aux genoux". Le juge d'instruction va donc être amené à interroger le médecin légiste sur la nature et les conséquences de cette fracture. Enfin, quel mobile peut être associé au suspect ? Un guets-apens, la rencontre fortuite liée à une transaction de drogue, un simple vol ou encore en lien avec un rapport sexuel ? Des zones d'ombres subsistent. 

Le juge d'instruction a mis en examen, ce jeudi, le suspect pour homicide volontaire, le juge des libertés l'a ensuite placé en détention provisoire. A ce jour, les prélèvements de drogue effectués sur la victime n'étaient pas encore connus. Des examens complémentaires devraient pouvoir apporter des éléments plus précis sur le déroulé des faits.

Le procureur de la République de Nancy a finalement salué le travail de la DTPJ de Nancy appelée à travailler sur le haut du spectre des affaires judiciaires notamment des enquêtes de nature criminelle "on a la démonstration de l'utilité de ce service, une fois de plus, qui nous a permis d'avancer très rapidement sur une affaire qui apparaissait compliquée à résoudre".