Pulnoy : une entreprise suspectée d'avoir vendu des voitures aux compteurs kilométriques trafiqués

Photo aérienne de Car Factory / source DDSP 54 Photo aérienne de Car Factory / source DDSP 54
GRAND NANCY. La brigade des atteintes aux biens (BAB) a mis fin à une affaire d'escroquerie à Pulnoy, l'entreprise mise en cause revendait des véhicules d'occasion aux kilométrages bien inférieurs à la réalité. La police comptabilise un peu plus de 140 victimes lésées pour un préjudice de plusieurs centaines de milliers d'euros. 

La colère des acheteurs abusés enflait depuis des mois et les plaintes s’accumulaient. « Trafic du kilométrage et en plus dégât arrière, essieux cassés après quelques jours après l’achat. Direction tribunal » écrivait en commentaire sur le moteur de recherche Google au sujet de « Espace Auto Pièces » , Lionel O. dès octobre 2020, « Arnaque. compteur trafiqué. J'ai porté plainte » s’offusquait encore, Christian D, une autre victime en septembre 2020. 

Huit personnes ont été interpellées et placées en garde à vue entre juin et septembre 2021 dans le cadre d’une vaste enquête portant sur une affaire d’escroquerie à la vente de voitures d’occasion dont les compteurs avaient été falsifiés. Parmi les suspects impliqués, des hommes évoluant à des degrés divers au sein d’une entreprise située à Pulnoy, 1 Rue des Trezelots : les deux gérants successifs, des employés non déclarés, mais aussi des personnels de contrôles techniques. Une escroquerie orchestrée durant près d’un an et demi. 

Les suspects ont été arrêtés par la brigade des atteintes aux biens (BAB) de la sûreté départementale à la suite d’un important travail porté notamment par la ténacité d’un enquêteur du commissariat Lobau. Un travail de fourmi et de longue haleine pour recueillir les doléances des victimes, mais aussi recouper chaque information avec les différentes autorités afin d’établir l’activité aussi occulte que foisonnante de l’entreprise. Laquelle était dans les radars des forces de police depuis des mois comme en témoigne le déploiement de moyens conséquents tel que la mobilisation d’un avion de la Police aux frontières (PAF) pour survoler le site situé dans la zone commerciale de la Porte Verte. 

Sous le nom commercial « Espace Auto Pièces » jusqu’en 2020 puis de « Car Factory » suite à un changement de nom, c’est une centaine de véhicules aux compteurs kilométriques qui ont été trafiqués avec la complicité de gérants de deux sociétés de contrôle technique. 

Car factory 121021Quelques unes des voitures du parc automobile de Car Factory à Pulnoy mardi 12 octobre 2021 - photo ici-c-nancy.fr
 
Des véhicules siglés Peugeot, Citroen, mais aussi BMW, Mercedes..

Comme souvent, c’est une plainte d’un client ou plutôt d’une cliente qui a permis de découvrir le pot aux roses et mettre en action la machine judiciaire. Confrontée, peu après l’achat de son véhicule d'occasion à l’été 2020 à une panne, l’automobiliste s’était rendue chez un garagiste qui avait aussitôt fait le lien d’une anomalie avec le kilométrage réel de la voiture. Un constat qui avait été confirmé par un expert automobile. Une mésaventure bien loin d’être isolée comme l’ont découvert les enquêteurs. 

L’affaire était en effet bien rodée et le petit réseau structuré, les véhicules étaient achetés dans un premier temps et de façon régulière aux enchères par lot, entre 2019 et 2020, puis à l’étranger et subissaient pour la très grande majorité une baisse drastique de leur compteur de kilométrages avec la complicité présumée de deux sociétés de contrôle technique. Elles étaient ensuite mises en vente à des prix attractifs par le biais d’annonces postées sur le site internet le Boncoin.fr .

Parmi les modèles les plus vendus par le garage, de nombreuses voitures familiales, des Peugeot 3008, 5008, des C4 Picasso, mais aussi des berlines Mercedes ou 4x4 BMW... Pour inspirer confiance et en complément à la garantie obligatoire des trois mois, « l’état des voitures à la vente était rendu impeccable », indique un proche du dossier. 

En apparence donc, pour le client tous les ingrédients d’une bonne affaire et une transaction dans les règles, mais en réalité, l’arnaque était bien sous le capot. Au-delà du compteur sérieusement trafiqué, « aucune réparation n’était effectuée ni même une vidange », en outre « l'entreprise n'embauchait aucun mécanicien » commente une source judiciaire. 

En moyenne les compteurs étaient rabaissé de 80 000 kilomètres avec la complicité d'agents du contrôle technique

Pour l’heure, la police a recensé 145 victimes domiciliées dans toute la France pour autant de plaintes déposées. Au total, les mis en cause sont soupçonnées d’avoir écoulé, 169 véhicules.  Des véhicules qui pouvaient se voir retrancher entre 6 340 à 249 000 kilomètres , la moyenne globale de baisse par rapport au compteur effectif étant de 80 000 kilomètres. 

En près de deux ans, 13 millions de kilométrages ont été ainsi déduits aux kilométrages réels. « Certains acheteurs se voyaient repartir avec une voiture de 80 000 km alors qu’elle dépassait les 245 000 kilomètres », ajoute une source proche du dossier. 

Le bénéfice pour le garage pour chaque voiture pouvait atteindre entre 3 000 et 4 000 euros en moyenne. L’affaire aurait donc permis de générer près de 400 000 euros de bénéfice. 

La maison du gérant de Espace Auto Pièces saisie à Frouard

Au terme des investigations permettant de caractériser les infractions, une première salve d’interpellations était menée le 2 juin ciblant les cinq protagonistes principaux présumés : le gérant d’Espace Auto pièces domicilié à Frouard âgé de 42 ans, le gérant de Car Factory habitant à Laxou âgé de 37 ans, l’unique salarié déclaré âgé de 36 ans de Vandoeuvre et enfin l’auteur  présumé des bidouillages de compteurs, un ancien ambulancier né en 85 et habitant à Nancy.  Ce dernier n’était pas inconnu puisqu’il avait en mars 2017 été déjà condamné pour des faits de même nature dans un garage de Laneuveville-devant-Nancy. Tous ont nié les faits, le gérant de Car Factory a qu’en a lui expliqué qu’il avait cédé son identité contre de l’argent, mais ne pas avoir eu vent de l’escroquerie. Le 28 septembre, trois autres personnes étaient interpellées, le gérant d’un centre de contrôle technique de Saulxures (aujourd’hui fermé) ainsi qu’un autre gérant et de son employée en activité à Nancy. 

Les perquisitions et le contrôle des comptes ont permis la saisie de plusieurs milliers d’euros, près de 3 000 euros en liquidité et une somme similaire sur le compte de la société. Seule une maison appartenant au gérant d’Espace Auto Pièces située à Frouard a été saisie. 

Remis en liberté à l’issue de leur garde à vue, les huit hommes seront prochainement jugés au tribunal de Nancy. Parmi les chefs d'accusation, ils devront répondre de faits d’escroquerie, de mise en danger de la vie d’autrui ou encore de travail dissimulé puisqu’aucun salarié n’était employé dans la première entreprise contre un salarié à Car Factory. En attendant le jugement, des blocs de béton ont été déposés devant l’entreprise empêchant le transit des véhicules encore présents dans le parc automobile. 

La police met en garde les acheteurs pour se prémunir des fraudes. Un projet d'acquisition de véhicule d'occasion en vue ? Pour éviter les déconvenues, il est possible d'avoir recours à des organismes comme l'Union Technique de l'automobile du motocycle et du cycle (Utac), l'Organisme technique central (Otc) ou encore en consultant le site HistoVec, un outil en ligne gratuit qui permet de connaître le passé d'un véhicule d'occasion. Il est également possible de procéder à l'expertise du véhicule en question avant l'achat, un coût qui s'élève à environ 70 euros .