Lunéville : guet-apens pour "tenter de voler les armes" ou bien "tentative de meurtre", le procureur fait appel

Une machette, un couteau et un fusil de chasse contenant une cartouche ont été saisis par les forces de police / DR Une machette, un couteau et un fusil de chasse contenant une cartouche ont été saisis par les forces de police / DR
Un jeune homme de 18 ans a été interpellé et placé en garde à vue le 12 novembre dernier aux abords du lycée Boutet de Montvell à Lunéville. Prétextant une agression, il avait appelé la police qui avait découvert auprès de lui, un sac dont l’ouverture laissait apparaître le canon d’une arme... L'homme a été mis en examen des chefs d’infractions à la législation sur les armes et a été plaçé sous contrôle judiciaire par le tribunal correctionnel de Nancy. Insuffisant pour le procureur qui fait appel de cette décision.

Le 12 novembre 2020, vers 8 h 50, un jeune homme âgé de 18 ans informait téléphoniquement la police qu’il venait de se faire agresser à proximité du lycée Boutet de Monvell. Arrivée sur les lieux, la patrouille de police constatait effectivement un homme sur le trottoir. Derrière lui, les policiers apercevaient un sac dont l’ouverture « laissait apparaître le canon d’une arme ». Ils procédaient alors sans difficulté à l’interpellation de l’homme qui était également porteur d’une machette et d’un couteau. Un fusil de chasse contenant une cartouche était par ailleurs trouvé dans le sac, précise François Perain le procureur de la République de Nancy.

Placé en garde à vue, le mis en cause affirmait avoir organisé « ce guet-apens pour tenter de voler les armes des policiers, mais qu’en voyant les représentants des forces de l’ordre, il avait renoncé à son projet. Par ailleurs il comptait revendre les armes ainsi volées. » confirme François Perain. 

Tout juste majeur, le jeune homme soupçonné n’a aucune activité et passe son temps à jouer chez lui à des jeux vidéos de type GTA.

Le profil complexe du mis en cause 

Mais les investigations emmenaient les enquêteurs sur des perspectives criminelles. Et à faire ressortir grâce à l’exploitation de son portable « des échanges de SMS faisant état plus ou moins explicitement d’un projet de tuer des policiers ». Une perquisition au domicile de la mère du jeune homme était menée sans toutefois permettre de retrouver des éléments susceptibles d’attester cette thèse, hormis la présence dans sa chambre de nombreuses copies d’armes de type « Air soft ».

Les deux destinataires des messages étaient identifiés comme étant deux mineurs âgés de 16 ans. Ils étaient placés en garde à vue. L’un des deux était remis en liberté, car il indiquait qu’il n’avait jamais été informé du projet par le mis en cause. L’exploitation approfondie des échanges téléphoniques permettait de confirmer ce point.

Néanmoins, les déclarations du second mineur corroboraient les soupçons des enquêteurs confirmant que le jeune homme « lui avait bien dit que son projet était de tuer des policiers en vue de leur prendre leur arme et de tuer également d’autres personnes », affirme François Perain le procureur de la République de Nancy..

Insatisfait sur les chefs d'infractions, le procureur fait appel

Le protagoniste principal et le mineur de 16 ans comparaissaient dimanche 15 novembre devant un juge d’instruction dans le cadre d’une information judiciaire ouverte des chefs de : « tentative de meurtre sur une personne dépositaire de l’autorité publique, non-dénonciation de la préparation d’un crime ou d’un délit, transport et port d’arme de catégorie B et D et association de malfaiteurs  ».

Le magistrat instructeur n’a néanmoins pas choisi ces options et mis en examen l’auteur principal que des chefs d’infractions à la législation sur les armes, le plaçant sous statut de témoin assisté pour le surplus (Tentative assassinat et association de malfaiteurs), et le plaçant sous contrôle judiciaire. Quant au mineur de 16 ans, celui-ci a été mis en examen pour non-dénonciation de crime ou délit et placé sous contrôle judiciaire.

Le procureur indique aujourd'hui avoir fait appel de la décision du juge d’instruction de refus de mise en examen du chef de tentative de meurtre sur une personne dépositaire de l’autorité publique. Tout comme il a également fait appel de l’ordonnance de placement sous contrôle judiciaire afin de solliciter le placement en détention provisoire. 

Le syndicat Unité SGP FO 54 s'insurge contre la décision de laisser en liberté l'individu

La décision du magistrat instructeur de ne pas placer en détention provisoire l'individu a fait bondir Unité SGP FO 54 qui évoque le profil du mis en cause un « individu désœuvré, en totale perte de repères ».

Considérant la décision de laisser en liberté un tel individu « totalement inadmissible et dangereuse pour les policiers comme pour la population », mais aussi que « le message envoyé est extrêmement mauvais et risque d’ouvrir la porte à d’autres actions violentes voire d’homicides à l’encontre des forces de l’ordre, le syndicat dénonce « l’attitude méprisante à l’égard des forces de l’ordre de certains magistrats et l’évidente complaisante dont ils font preuve pour les auteurs d’agressions à l’encontre des forces de l’ordre ».  Le syndicat se félicite de l’appel interjeté par le Procureur de la République pour demander la mise en examen du suspect pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique ainsi que son placement en détention provisoire.