Allée Jojo à Nancy : une reconnaissance posthume pour assumer "la honte" et écrire "une nouvelle page"

Jojo, l'un des plus vieux chimpanzés d'Europe s'est éteint de mort naturelle au Parc de la Pépinière en 2012. Plusieurs générations d'enfants avaient l'habitude de lui rendre visite pendant leurs promenades dans le parc. Ce samedi matin, Nancy lui a rendu un hommage posthume en inaugurant une allée en son nom, l'occasion de revenir sur ses conditions de vie. 

Le maire de Nancy Mathieu Klein et Dahman Richter, Conseiller municipal délégué aux droits et au bien-être animal ont inauguré, samedi 10 décembre 2022, en présence de nombreux élus, l’allée Jojo en hommage au célèbre chimpanzé. L'animal mort en 2012 qui vivait au sein du parc de la Pénière est devenu une figure locale et emblématique de la ville. Pendant plusieurs décennies, des générations d'enfants avaient l'habitude de lui rendre visite lors de promenades au parc. 

Au micro, lors de l'inauguration, Dahman Richter, Conseiller municipal délégué aux droits et au bien-être animal, a rappelé la profondeur de cet hommage, sans occulter "la honte", celle d'avoir enfermé pendant des années l'animal dans un espace restreint tout en évoquant la volonté de la municipalité d'écrire "une nouvelle page" pour le bien-être animal.

Lors du dernier conseil municipal du 5 décembre 2022, la Ville de Nancy s'est engagé à suivre un plan d’action à travers une charte consacrée aux animaux en ville. Elle doit permettre une bonne cohabitation entre les citoyens et la faune sauvage et domestique.

JOJO NancyLe portrait de Jojo posé dans l'enceinte de l'espace animalier à l'occasion de l'inauguration de l'allée Jojo - crédit ici-c-nancy.fr

 
Extrait du discours prononcé de Dahman Richter, Conseiller municipal délégué aux droits et au bien-être animal

 "Assumer cette histoire, c'est ouvrir la voie à un avenir libéré où triomphe la vérité et la justice. L'hommage posthume que nous rendons est de la volonté collective de tourner la page, une page de notre histoire. En effet, c'est en lisant ce qui était écrit, en écoutant ce qui était raconté et en ressentant ce qui était transmis que j'ai compris que notre ville avait, non seulement envie, mais besoin de commémorer Jojo, dix ans après sa mort. Personne n'a oublié les vieux, parfois très vieux souvenir auquel il était attaché, pour beaucoup Jojo c'était l'insouciance de l'enfance, un ami toujours au rendez-vous à qui on pouvait faire la grimace et qui nous répondait... Puis, on s'est demandé si cela était bien d'enfermer un tel animal dans un si petit espace, de lui jeter des cigarettes et des bouteilles de vin. On a questionné cet héritage embarrassant de l'histoire et puis on a fini par reconnaître que non, ce n'était pas normal et par en avoir honte. Plus que la nostalgie, c'est bien la honte qui domine dans nos cœurs et que j'ai pu ressentir un malaise général que seul pouvait apaiser une reconnaissance posthume. Bien qu'aucun hommage ne puisse racheter les erreurs du passé, cela permettra au moins d'ancrer les souvenirs dans la mémoire collective et de faire passer un message à la postérité.

À travers Jojo, nous nous souvenons de tous les autres, sa première compagne Catherine, à qui on donnait des cigarettes, se vantant même dans les journaux que la fumée ne lui piquait pas les yeux et qui est morte un an après son arrivée d'une infection respiratoire, à sa seconde compagne Judith, morte elle, parce qu'un visiteur lui avait donné à manger de l'if. À Victor, élevé comme un enfant humain au mépris de son comportement naturel, recueilli d'abord ici puis envoyé dans un refuge espagnol où il vit toujours. Aux ours, victimes malheureuses des baies d'if, à ces daims auxquels des criminels anonymes ont donné des pains garnis de lames de rasoirs

Oui, aujourd'hui, nous leur donnons hommage à tous. Par cette plaque et ces discours, nous marquons l'histoire et nous faisons à jamais entrer Jojo et les autres dans la mémoire collective des nancéiennes et des nancéiens. Après la prise de conscience et la fin des animaux sauvages à l'espace animalier, ce jour symbolise une page qui se tourne enfin et qui restera tournée. Une nouvelle page qui s'ouvre sur laquelle nous pouvons avancer. Désormais et pour toujours, il y aura parmi les grands personnages qui ont fait Nancy, un être que l'on n'attendait pas, un singe venu de très loin et quand dans l'avenir, on se demandera pourquoi il est devenu notre animal emblématique, il pourra être répondu qu'il n'a certes pas fait la guerre, pas construit de monuments, ni même gagner une élection, mais que par la seule force de son souvenir, il nous aura rendu meilleurs et plus attentifs à ces vies qui nous entourent. "