Débat animé autour de la situation financière « tendue » du Grand Nancy

La chambre régionale des comptes estime que la situation financière du Grand Nancy est tendue, aucune surprise pour les élus, mais le débat a fait naître les premières tensions entre l'actuelle majorité et l'ancienne. 

 

Jeudi lors du conseil métropolitain du Grand Nancy, Vincent Matheron, maire de Jarville et vice-président du Grand Nancy délégué aux finances a présenté le rapport de la chambre régionale des comptes Grand Est pour la période 2013-2018. Le débat qui a suivi cette présentation a tendu l'atmosphère, une première depuis l'installation du nouveau conseil métropolitain en juillet dernier. 

Le maire de Jarville a ainsi annoncé que la chambre régionale des comptes, qui a fait 10 recommandations à la métropole, juge que la situation financière du Grand Nancy « est tendue , la capacité d’autofinancement net du budget principal s’amoindrit considérablement sur la période 2013-2018 et les investissements sont financés en 2018 au 2/3 par les emprunts, les économies sur les charges de fonctionnement seront indispensables pour éviter que la capacité de désendettement ne dépasse les douze années. » Le vice-président délégué aux finances a ensuite complété son propos en dévoilant les premières conclusions de l'audit de la métropole demandé par Mathieu Klein. Un audit qui confirme le constat de la chambre régionale des comptes « le Grand Nancy avec son coefficient d’intégration très important, qui soutient 80 % de l’investissement local présente une situation financière tendue. »  

Pierre Boileau, prédécesseur de Vincent Matheron, a expliqué « cette situation financière que nous connaissons » par un fort investissement  « sur de grands programmes avec peu d’aide, par exemple le centre de congrès Prouvé pour lequel nous avons eu zéro aide alors que Metz a pu compter sur 20 millions de subventions pour son centre qui a compté 60 millions d'Euros. » Une situation financière tendue, qui fragilise l'accomplissement de grands programmes et en premier lieu figure la nouvelle ligne 1 du tram « à nous de regarder les possibilités d’économies ou de recettes supplémentaires pour pouvoir se financer le tram tel qu’il est prévu aujourd’hui » estime le maire de Ludres qui évoque également la recherche de subventions et d'aides pour financer ce grand programme. 

"Aucune marge de manoeuvre en investissement"

Adjointe au maire de Nancy, déléguée à la performance budgétaire, Estelle Mercier s’est montrée plus tranchante au moment de commenter le rapport de la chambre régionale des comptes « pour ce début de mandature, nous héritons bien d’une situation délicate qu’il ne faut pas minimiser, situation tendue liée à plusieurs tendances, un encourt de dettes très élevée , en 2018 encourt d’emprunt le même qu’en 2013 alors que les dépenses d’équipement ont été divisées par deux, avec 673 ,5 millions d’euros de dettes soit 2600 euros par Grand Nancéien, le Grand Nancy est la deuxième métropole la plus endettée de France par habitant. » Estelle Mercier a ensuite constaté que le pacte de stabilité « n’avait pas été respecté en 2018 avec une hausse du recrutement et de la masse salariale », mais aussi « que la capacité d’autofinancement net est largement dégradée, de 23,6 millions en 2013 à 4 millions d’euros en 2018. » Estelle Mercier a poursuivi en précisant que la chambre régionale des comptes constate que « le schéma de mutualisation de 2015 ni suffisamment précis, ni suffisamment ambitieux et qui n’a pas permis d’enrayer l’évolution des dépenses de gestion » ou encore que « la métropole ne disposera d’aucune marge de manœuvre supplémentaire en investissement durant les 10 années à venir. » Cerise sur le gâteau, l’adjointe au maire de Nancy souligne que le nouvel exécutif va se conformer rapidement à plusieurs recommandations de la chambre régionale des comptes  comme la création d’une commission de contrôle financier des délégations de service publiques, la création d’un budget annexe pour la gestion des déchets ménagers et assimilé «  pour mettre fin à des écritures comptables irrégulières » selon nles termes de la chambre régionale des comptes. Pour les futurs investissements importants pour les grands Nancéiens, Estelle Mercier souhaite « mobiliser nos efforts pour attirer des financements européens, nationaux, régionaux ou départementaux afin de présenter des projets ambitieux tournés vers l’avenir, mais financièrement crédibles » avant d’estimer que « c’est bien l’alliance des territoires que nous devons favoriser, le Grand Nancy se doit de coopérer et de construire un avenir avec ses territoires voisins, avec une ambition partagée et pour le bien-être de ses habitants. » 

Une prise de parole qui n’a pas plu à l’ancienne majorité en premier lieu Jean-Pierre Dessein, pour lequel « il y a un temps pour reprocher, pour provoquer, et il y a un temps pour bosser, ça fait six mois que tout le monde est en place, on va peut être arrêter ce genre de discours. » Le maire d’Art-sur-Meurthe a rappelé que la métropole du Grand Nancy était « une des seules métropoles à avoir un tel niveau de compétences y compris au niveau des transports qui est compté en budget annexe et qui vient grever énormément l’endettement par habitant puisque interne sur le budget principal. » Jean-Piere Dessein a regretté les propos de l’adjointe au maire de Nancy « on est dans la polémique que nos habitants ne peuvent plus supporter, critiquer le passé pour commencer à justifier son incompétence à avancer franchement ça va pas faire du bien à tout le monde et si vous pensez ne pas y arriver jeter l’éponge, il n’y a aucun problème on arrivera à assumer ce que l’on a dit que nous allions faire. » Des critiques confirmées par le vice-président du Grand Nancy François Werner « je cherchais le sens de ce propos et je ne le trouve pas , je crois que les gens attendent autre chose, si la question est de revenir sur l’avenir on aurait dû entendre ce discours plus tôt par exemple quand nous avons été amener à voter de nouvelles dépenses de fonctionnement. » Le maire de Villers-lès-Nancy a également pris du recul avec la chambre régionale des comptes « qui n’est pas là pour gérer à notre place les collectivités. »  

La majorité métropolitaine est ensuite montée au créneau pour défendre Estelle Mercier. Ainsi pour Chaynesse Khirouni « ce que nous avons porté durant les deux derniers mandats sur l’endettement et la capacité financière, nous le portons depuis toujours et de manière assez sereine, je ne comprends pas pourquoi l’intervention d’Estelle Mercier pose question, il faut aussi poser les choses et les regarder en face. » Même son de cloche pour Bertrand Kling qui estime « que l’on peut se dire les choses correctement avec beaucoup de franchise,on ne peut pas éviter de faire un bilan avec des propos corrects et pas inélégants.» Selon Christophe Choserot, il est important « de prendre acte des conclusions de la chambre régionale des comptes, aujourd’hui personne n’est surpris, des investissements lourds vont être difficile à assumer, il faut chercher chercher collectivement des solutions.» Mathieu Klein, président du Grand Nancy a conclu dans la même lignée « le rapport de la chambre régionale des comptes est un outil qui sert à prendre appui sur la réalité de la métropole du Grand Nancy, il n’y a pas de surprise, ni de révélation » avant de prévenir « la situation financière était connue, nous allons devoir faire des choix structurants en terme de programmation de nos investissements, et aussi en terme de fonctionnement.»