avril 20, 2019

NANCY NORD : Les explications du Papa retranché sur le toit d'une école

INTERVIEW. Pour que sa fille passe une scolarité normale et qu'elle puisse se rendre comme les autres en classe de neige, lundi 17 décembre, Stéphane Biquillon est monté sur le toit de l'école où est scolarisée son enfant à Belleville au nord de Nancy. Pour ici-c-nancy.fr, il s'explique sur son geste et son combat pour sa fille...

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- Concrétement qu'est ce qui vous a amené à monter sur le toit de l'école ? 

Ma fille est diabétique depuis trois ans, en petite et moyenne section elle avait bénéficié d'un projet d'accueil individualisé qui était relativement adapté à la situation, conforme à la législation. Les soucis ont commencé à la rentrée dernière, le PAI n'était plus adapté et nous avons considéré avec ma femme que notre fille n'était plus en sécurité et elle n'est pas allée à l'école pendant un an, sans que cela inquiète la mairie de Belleville  sous prétexte que l'école n'est pas obligatoire à la maternelle. Cette année elle est allée en CP, mais sans PAI signé sachant qu'il y avait une classe de neige organisée en janvier. Le souci c'est qu'il n'y avait rien de prévu pour la petite, l'école nous a donc proposé une infirmière à plein temps ou la présence d'un parent alors que nous avions proposé une prestataire pour les moments importants de la journée. Rien n'a été fait et quand a eu lieu la réunion préparatoire pour la classe de neige avec les parents et la prise de taille pour le matériel, ma fille ne figurait pas sur le listing. Comme on voulait que notre fille se rende au ski, nous avons donc décidé que ma femme ferait le voyage. L'enseignant est tombé malade quelques jours et on ne l'a pas vu et vendredi on a prévenu l'école que la petite serait accompagnée de mon épouse. Là on nous a dit qu'il était trop tard, car tout était réglé avec le centre d'accueil. J'ai donc cogité et dans la nuit de dimanche à lundi j'ai décidé de monter sur le toit de l'école.

 

-Sur le toit comment les choses se déroulent ?

Comme l'école de Belleville est un vrai gruyère, je suis passé entre deux barreaux pour entrer et à 7 h 15 j'étais sur le toit après avoir enchaîné la porte. À 7 h 45 l'institutrice de grande section est arrivée et ma présence ne l'a pas inquiétée et elle est passée par un trou dans la grille pour entrer dans l'école puis les autres enseignants ont fait la même chose et vers 8 h 15 la gendarmerie est arrivée sur place. Je voulais discuter avec le président du conseil général ou le préfet, c'est la directrice du cabinet du préfet, Mme Daverton qui s'est déplacée en compagnie de l'inspecteur de l'academie.On m'a certifié que ma fille partirait en classe de neige, mais aussi qu'un interlocuteur particulier serait nommé pour faciliter mes échanges avec l'académie et puis on m'a promis que le PAI serait revu, tout ça après cinq heures quinze de négociations.

 

- Des parents se sont montrés mécontents du fait que les enfants ont été invités à se rendre en classe alors que vous étiez sur le toit...

La directrice de l'école était absente et c'est l'institutrice de la grande section qui la remplaçait, avec la mairie ils ont décidé de laisser les enfants rentrer en classe par le deuxième accès, les parents ont eu peur d'une prise d'otage, mais de toute façon ce n'était pas du tout mon but.

 

- Concrétement qu'attendez-vous de ce PAI? 

Qu'il soit adapté à la situation de mon enfant. Le souci c'est qu'aujourd'hui un contrôle de glycémie capillaire, c'est à dire une piqûre au bout du doigt pour collecter du sang est considéré comme un acte médical. Mais un acte médical de la vie courante donc faisable par toute personne en charge de la petite, donc si celle-ci avait un comportement anormal l'institutrice pouvait faire la piqûre sur le doigt, mais la maîtresse de la grande section n'a pas voulu l'effectuer en cas d'urgence. On nous a proposé l'arrivée systématique d'une infirmière à dix heures et puis c'était tout pour le reste de la journée, aucun protocole d'urgence n'était prévu. On est passé d'un PAI de cinq pages à deux pages. Considérant que notre fille n'était pas en sécurité elle n'est pas allée à l'école durant toute l'année de grande section. J'ai des exemples dans les Vosges ou en Moselle où des PAI comme j'avais avant sont appliqués, pourquoi alors ce n'est pas le cas à Belleville ? Je demande que ce contrôle soit faisable par une personne de l'école, que la loi soit respectée, que le contrôle de glycémie capillaire soit considéré comme un acte médical de la vie courante comme c'est le cas ailleurs et ainsi de respecter la loi.

 

- Le maire de Belleville ainsi que l'inspecteur de l'éducation nationale affirment ne pas être sur la même longueur d'onde que vous, déclarant que vous avez refusé de signer le PAI et critiquant votre absence à une réunion...

Déjà, le maire de Belleville ne s'est jamais impliqué dans la situation de ma fille, il a refusé sa présence au centre aéré, il ne veut pas s'embêter avec un enfant qui ne rentre pas dans le moule. L'inspecteur d'Académie de Pont-à-Mousson n'est jamais intervenu à l'école, on m'a fait apporter un courrier en mains propres avec une date de réunion à laquelle je ne pouvais pas me rendre, j'ai proposé d'autres dates, mais personne n’a répondu. Aujourd'hui j'ai reçu une lettre de l'académie qui me parle d'hypoglycémie à répétitions de ma fille en février 2011, mais quand je regarde le cahier de liaison qui permet le dialogue entre l'école et les parents, on constate un seul épisode de ce genre. Je précise également que j'ai fait une lettre au député Jean-Yves Le Déault à laquelle je n'ai jamais eu de retour, alors qu'on ne me dise pas que je n'ai rien fait depuis un an et demi . Quand je me suis fâché avec Monsieur Picoche, inspecteur d'Académie à Nancy, les portes de l'éducation nationale se sont fermées, je n'ai plus eu de nouvelles.

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Stéphane Biquillon était resté près de 6h, retranché sur le toit de l'école de Belleville

 

-Il paraît que vous avez une réputation de "grande gueule" à Belleville ?

C’est vrai, il faut reconnaître, j'avais déjà alerté le maire sur la sécurité de l'école et notamment l'accès, des enfants peuvent s'échapper de l'école facilement, rien n'a été fait, ça fait deux ans que ça dure. Dans une réunion de parents d'élèves, la mairie nous avait répondu que cela fait trente ans que l'école est comme ça pourquoi elle changerait ? Un enfant s’est échappé d'une école de Vandoeuvre récemment... 

 

- Comment se passe l'année scolaire de votre fille ? 

On me dit qu'elle a des difficultés, mais c'est normal vu qu'elle n'a pas fait la grande section, elle n'a pas les bases de l'écriture et de la lecture, tout cela à cause d'un PAI pas adapté que personne n'a voulu revoir.

 

-Aujourd'hui quelle est la situation concernant la classe de neige ?

Ma fille partira en classe de neige avec un des parents, nous n'avons pas encore décidé avec lequel. Pour la petite histoire on nous demande seulement maintenant s'il y a un régime alimentaire spécial ! cela prouve que rien n'a été fait pour que ma fille parte en classe de neige.

 

- Et si vous n'obtenez pas gain de cause concernant la révision du PAI ? 

Je l'ai dit aux forces de l'ordre, si je n'obtiens pas un PAI satisfaisant qui permet à ma fille d'être en sécurité et que l'on ne nous impose pas un dispositif lourd comme si elle avait un gros handicap, j'ai décidé de reprendre une grève de la faim et de faire une marche jusqu'à Paris devant le ministère de l'Éducation nationale et j'irai me faire entendre là-bas.

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