décembre 15, 2019

Meurthe-et-Moselle : les policiers appelés à des actions et un service minimum les 4 et 5 décembre

Alliance et UNSA Police appellent à "la fermeture symbolique des commissariats sauf urgence absolue" - photo ICN.fr Alliance et UNSA Police appellent à "la fermeture symbolique des commissariats sauf urgence absolue" - photo ICN.fr
SOCIÉTÉ — POLICE. Les récentes déclarations du gouvernement n’ont pas suffi à calmer la grogne policière. Dénonçant un manque de considération, les syndicats Alliance et UNSA, ont lancé une «  dernière sommation  » afin d’être entendus avant le 5 décembre — jour de mobilisation sociale contre la réforme des retraites — et appelé les policiers « de tous les services » à des actions dans les commissariats. 

Le 2 octobre 2019 à Paris, 27 000 policiers ont fait entendre leur voix lors « d’une marche de la colère » et exprimer «leurs mécontentements sur les conditions de travail, le manque de reconnaissance, la perte de statut et la remise en cause de leur retraite». Parmi eux, une centaine de policiers de la DDSP 54 avait fait le déplacement. Une mobilisation inédite depuis près de 20 ans qui a réuni largement les personnels de la police nationale. 

Après ce rassemblement, les syndicats Alliance et UNSA exhortent à nouveau le gouvernement d'apporter des réponses concrètes et des engagements clairs. Ils prévoient des actions la nuit du 4 décembre et le lendemain, jour de mobilisation sociale contre la réforme des retraites. Ce jour-là, de nombreux secteurs d'activités du public et du privé devraient être perturbés avec la perspective d’un jeudi noir. Dans le viseur, la réforme des retraites et le système universel par points voulue par l’exécutif, dont le vote de la loi est prévu en juillet 2020 et qui doit conduire en 2025 à la disparition des régimes spéciaux. 

Dans un tract publié par Alliance et Unsa, les syndicats appellent le 5 décembre les policiers à participer à cinq actions « de 10 heures à 15 heures », tels que la « fermeture symbolique des commissariats (sauf urgences absolues) », « l’intervention uniquement sur appels d’urgence » ou encore « aucune initiative et zéro PVE [procès-verbal électronique] ». 

Les policiers redoutent une remise en cause de leur système de bonifications. Placés en catégories «actives», leur métier présentant « un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles» , ils bénéficient à ce titre d'une bonification spéciale dite «du cinquième», leur permettant decomptabiliser une annuité de quatre trimestres de cotisation tous les cinq ans. Un dispositif plafonné à cinq annuités. Dans le système universel en préparation, selon les préconisations du rapport Delevoye, les catégories «actives» ne seraient destinées qu'aux fonctionnaires exposés au danger établissant, in fine, des distinctions dans les différents services selon les missions des policiers. Par ailleurs ils dénoncent l'absence de reconnaissance de la dangerosité et du risque létal.

Derrière la réforme des retraites, d'autres revendications

Derrière les incertitudes sur les retraites, d'autres sujets cimentent le malaise policier : les conditions de travail, heures supplémentaires, le manque d'effectif... Et pour les syndicats de réclamer des actes forts de l'éxécutif. « C’est un ultimatum, on a été assez patients », a expliqué le 19 novembre Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance. Considérant que : « La maison police brûle et les ministres regardent ailleurs. Ils ne se rendent pas compte de la situation, c’est du jamais-vu. »

Un sentiment partagé par de nombreux policiers sur le terrain affirme le syndicat Alliance 54. « Comme l’a dit notre secrétaire général et elle prend tout son sens : “La maison police brûle”. Aujourd’hui, c’est vraiment le sentiment qu’on a, on fait face à un déni à la limite méprisant parce que lorsqu’on voit les moyens que l’on nous donne pour faire notre métier, ça devient catastrophique. Le service public comme on l’a connu il y a une vingtaine d’années, il n’existe plus et ça, c’est grave. C’est grave pour la population, mais aussi pour la sécurité de l’État. L’État se met en danger. » réagit vivement Karine Vandionant, policière à Nancy et déléguée syndicale de Alliance.  

Le paiement des heures supplémentaires : une douche froide
« Les 5 000 euros, ça a été l'effet d'annonce ... »

Alban Parmentier, Syndicat Alliance 

 C'était l'une des revendications des policiers et des promesses du gouvernement, le paiement des heures supplémentaires. Le gouvernement   avait promis le 28 octobre dernier le paiement d'une partie des heures supplémentaires à savoir 3,5 millions d'heures avant la fin de 2019. Des heures converties en euros sonnants et trébuchants dès le mois de décembre sur les bulletins de paie. Pour en bénéficier, il fallait présenter plus de 160 heures d'heures supplémentaires, chaque policier pouvant prétendre, selon son quota à 5 000 euros. Pourtant dans les faits, la circulaire du 15 octobre 2019 concernant la campagne d’indemnisation exceptionnelle 2019 des heures supplémentaires, ne semble pas avoir fait l'unanimité parmi les concernés. Les raisons ? D'abord le paiement contraint des heures dûes alors que dans le même temps certains fonctionnaires souhaitent les récupérer et l'aspect limité, il ne s'agissait que des heures de 2019. Autre motif de mécontentement, le taux de paiement de 12,47 euros brut de l'heure soit 11,88 euros net qui indigne les syndicalistes. Une somme jugée nettement insuffisante qui ne s'adapte pas aux échelons et indices des fonctionnaires et exclue par ailleurs la majoration de paiement prévue dans la fonction publique dès la quinzième heure supplémentaire.  

« Les 5000 euros ça a été l'effet d'annonce. La vérité c'est qu'on y a cru aussi. En réalité, c'est payé 11,88 € net tout grade confondu et ce n'est pas indexé » s'insurge Alban Parmentier, policier syndicaliste. 

Des commissariats de police débordés, peu de moyens humains

Autre point de crispation qui inquiète les effectifs policiers, les moyens techniques et humains. Emmanuel Macron s’était engagé à recruter 10 000 policiers et gendarmes au cours du quinquennat. « Les effectifs et les moyens on l’entend toujours pour autant on ne voit rien venir » estime Karine Vandionant. Si l'hôtel de Police de Nancy absorbe à lui seul la grande majorité des effectifs du département, il aurait besoin à l'instar de nombreux commissariats de recrues supplémentaires. À Nancy, les seules nouvelles recrues ne concernent que des adjoints de sécurité (ADS) et aucun renfort ne serait attendu avant l'horizon 2022, selon le syndicat Alliance. Par ce manque de moyens humains, de nombreux postes de police comme celui de Longwy seraient même très en difficulté. « Absolument tous les services dans le département sont en souffrance... Avec toujours plus d’enquêtes, les collègues peuvent avoir jusqu’à 300 / 400 dossiers par fonctionnaire. C’est ingérable ! Les postes de police qui gèrent ces dossiers-là sont débordés » observe Karine Vandionant. D'autant plus que les tâches de procédure imposées aux policiers sont variées. « Il y a les cadres d’enquête, le flagrant délit, le préliminaire... Il y a un moment donné les collègues ne peuvent pas démultiplier, ce n’est pas possible. Si on arrive à des situations dramatiques c’est que nous n’avons pas les effectifs pour faire les dossiers, parce qu’on ne nous en donne pas les moyens » s’exaspère la syndicaliste. 

Avant la date du jeudi 5 décembre, le gouvernement multiplie cette semaine les consultations avec les syndicats pour désamorcer un mouvement social qui s'annonce très suivi.

Pour faire bouger les lignes et en l'absence de garanties de la place Beauvau, les syndicats Alliance et UNSA appellent à la fermeture symbolique des commissariats et à intervenir uniquement sur les appels d’urgence. Les syndicats parviendront-ils à assurer ce service minimum ? Une chose est sûre, les policiers seront une nouvelle fois sur le devant de la scène pour encadrer la gronde citoyenne à laquelle participera syndicats portant les intérêts de nombreux secteurs d'activités du public et du privé, gilets jaunes et partis d'oppositions. 

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