octobre 22, 2019

Nancy : pourquoi la grève des étudiants dentaires risque de durer

A Nancy et dans toute la France, la colère des étudiants dentaires ne baisse pas, la grève se poursuit et devrait durer encore quelques semaines. Explications.
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L'entrée de la CPAM jeudi matin à Nancy

Depuis le lundi 16 janvier, les étudiants hospitaliers de la faculté de chirurgie dentaire de Nancy sont en grève afin de protester contre les propositions faites par les Caisses d'Assurances Maladies dans le cadre des négociations conventionnelles. Un mouvement qui semble parti pour durer. Les négociations ayant échoué, l'arbitrage est en place, mais il ne semble pas très favorable aux chirurgiens dentistes...

En premier lieu, leur objectif étant d'augmenter certains tarifs, les étudiants dentaires ne veulent surtout pas laisser croire que ce mouvement est né par une simple envie « de s'en mettre plein les poches ». Selon Arthur Drapp, chargé d'alerter les élus sur cette contestation, c'est le patient qui pâtit le plus de cette convention qui a très peu évolué en trente ans « Clairement, aujourd'hui je ne peux pas me permettre de faire une dévitalisation dans les données actuelles de la science parce que je perds de l'argent sur ce soin, il y a tout un tas de matériaux que je ne peux pas utiliser du fait des tarifs que l'on nous impose, il faut savoir que 95% de ces derniers sont les plus bas d'Europe. » Des tarifs qui empêchent de profiter pleinement de l'enseignement reçu « nous apprenons des techniques que nous ne pouvons pas mettre en place, nous sommes obligés d'utiliser les mêmes matériaux depuis 20 ans. »  Les étudiants dentaires regrettent également l'absence de la prévention dans la convention, pourtant selon Arthur Drapp « c'est bénéfique pour la sécurité sociale, ainsi concernant la prothèse qui est un échec thérapeutique, si les soins préventifs et conservateurs sont privilégiés,  on fait disparaître mécaniquement les prothèses. Intégrer les soins préventifs, revaloriser les soins conservateurs, cela ferait économiser de l'argent. » 

Les négociations entre les syndicats et la Caisse Nationale d'Assurance Maladie ayant échoué au 1er février, depuis la loi de financement de la sécurité sociale de 2017 de Marisol Touraine, un arbitre est imposé aux deux parties. Les chirurgiens ont proposé leur arbitre qui a été rejeté par la CNAM qui a elle-même vu sa proposition rejetée par les chirurgiens dentistes. Le hic, c'est que le ministère de la Santé a choisi celui de la CNAM « les dés sont pipés alors que la convention est très importante pour notre profession, elle décide des tarifs jusqu'à notre façon de travailler »  souligne Arthur Drapp.

En attendant les conclusions de cet arbitre début mars, les étudiants dentaires multiplient dans toute la France les actions coup-de-poing, à Nancy par exemple, l'entrée de la CNAM a été murée cette semaine. Les futurs dentistes veulent alerter l'opinion publique sur les conséquences de cette convention et pour ce faire sollicitent les élus. Dans la cité ducale, Arthur Drapp a rencontré jeudi la députée socialiste Chaynesse Khirouni « elle a écouté nos revendications, a pris des notes, elle semblait très intéressée, elle nous a donné des conseils et des contacts pour faire parler de notre mouvement » selon l'étudiant dentaire qui précise que « beaucoup de députés de tous bords soutiennent notre mouvement »  

Même si les étudiants « ne veulent pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué », ils se préparent à un long mouvement. Une grande manifestation est prévue à Paris le 3 mars prochain « tout le métier sera dans la rue, par exemple les prothésistes dentaires ont très peur de cet arbitrage, il y a un risque de prothèses construites en Chine » selon Arthur Drapp qui constatent que ses camarades « sont ultra-motivés, il y a 95 % grévistes à la Fac de Nancy, les dentistes et les syndicats nous soutiennent, nous avons tout ce qu'il faut pour continuer, le mouvement de contestation n'est pas prêt de s'arrêter. Si l'arbitrage est défavorable, nous pourrions être rejoints par des dentistes qui pour l'instant sont en position d'attente. » Arthur Drapp signale au passage que la grève coûte aux étudiants « nous touchons 100 ou 200 euros par mois selon le niveau d'étude et pour un étudiant c'est très important. »

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