juin 17, 2019

Manifestation policière : « Les syndicats et les politiques marchent main dans la main »

Nancy- Le jeudi 17 octobre à 21h, une trentaine de policiers nancéiens se sont retrouvés devant devant l’hôtel de police boulevard Lobau pour manifester leur insatisfaction face aux mesures négociées par le gouvernement et les syndicats.

police-illustration

Ils sont moins nombreux que les soirs précédents, mais tout aussi déterminés à poursuivre leur action pour exprimer leur mécontentement. La veille, mercredi 26 octobre 2016, le gouvernement a annoncé les mesures qu’il a négociées avec les syndicats en réponse aux manifestations des policiers lors des derniers jours. 

Voici les principales :

La légitime défense : Les ministères de l'Intérieur et de la Justice vont étudier «les conditions d'évolution de la légitime défense», dont les policiers réclament l'assouplissement des règles, afin de faire des «propositions, dès la fin novembre». «Les conditions d'évolution de la légitime défense vont être étudiées pour protéger au maximum les forces de l'ordre dans un cadre juridique scrupuleusement conforme à l'État de droit», a affirmé le ministre de l'Intérieur. Par ailleurs, «le régime juridique de l'outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique va être aligné sur celui de l'outrage à magistrat», ajoute le ministre. Pour «certaines interventions difficiles», il annonce le «renforcement significatif des mesures d'anonymisation», avec le port de la cagoule.

Une enveloppe globale de 250 millions : «Un effort supplémentaire est nécessaire aujourd'hui (...) nous le ferons dans le dialogue et l'exacte conscience de l'urgence», a indiqué le ministre, annonçant une «enveloppe globale de 250 millions» allouée aux équipements.

Libérer les policiers des «charges indues» : Pour le ministre, il convient de «recentrer les missions des forces de l'ordre sur leur cœur de métier», ainsi il suspendra dès que possible les gardes statiques devant les préfectures et les tribunaux.

Des mesures bien en deçà des doléances de forces de l’ordre

Ces mesures du ministère de l’Intérieur sont très insuffisantes au regard des policiers nancéiens interrogés. De plus, ils en attendent la mise en œuvre concrète avant d’y croire. «Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, déclare Henri, dans la police depuis 20 ans. Nous voulons des mesures actées. Il ne faut pas oublier que dans six mois c’est les présidentielles, qu’au mois de mai tout saute et que le prochain ministre a vite fait de dire qu’il n’a rien signé. Ils annoncent un budget de 250 millions, c’est bien, c’est une somme importante, mais ils ne nous ont pas demandé comment le dépenser. Ils vont le dépenser sur des choses dont on pas forcément besoin. Si c’est pour nous racheter des Berlingo (véhicule de la marque Citroën) neufs, ça ne sert à rien. Ce n’est pas un véhicule de police, c’est un véhicule pour le plombier. Une voiture de police ça roule pendant 90 % de sa vie à 30km/h en agglomération, le problème c’est que quand on passe en urgence elle passe de 30 à 130km/h et pour cela il faut des moteurs qui puissent encaisser.  »  Caroline, jeune policière, nous explique que libérer les forces de l’ordre des « charges indues », notamment des gardes statiques devant préfectures et tribunaux est une très bonne chose, mais qu’il faudrait aussi les libérer des gardes « devant messieurs et mesdames les ministres. Et puis garder les ex-femmes de ministres ça suffit ! On a assez fait la plante verte. Nous ne sommes ni vigile, ni garde du corps.» 

Aucune mesure annoncée pour le renouvellement des effectifs

Le renouvellement de matériel n’est pas satisfaisant s’il ne s’accorde pas avec une augmentation des effectifs nous rapportent, les gardiens de la paix interrogés. « Sur Nancy on a perdu une douzaine d’effectifs sur la brigade en trois ans, nous révèle Henri, les gens qui partent à la retraite ne sont pas remplacés. Il nous faut du monde ! Concrètement pour les Nancéiens ça correspond à seulement deux patrouilles la nuit ou alors un passage de patrouille de trois à des patrouilles de deux personnes. Et ça change tout sur une intervention : sur une bagarre en ville on ne peut pas réagir de la même manière à trois ou à deux. À trois on a le temps de contrôler la situation, à deux on gère de l’urgence. À deux on est en insécurité nous aussi, pendant qu’on est sur l’intervention on ne sait pas ce qu’il se passe dans notre dos, il ne faut pas oublier que nous en sommes dans un contexte terroriste.»

Le problème de la légitime défense toujours en suspens

Concernant la légitime défense, « pour l’instant c’est un petit peu vague » rapporte Caroline  «on sait simplement qu’à priori du côté des députés ils ne veulent pas y toucher. Il ne faut de toute manière pas tout revoir au niveau de la légitime défense, on ne veut pas un état de non-droit pour les flics non plus. » Selon la policière, ses collègues et elle ne sont pas assez formés pour réagir aux agressions de la nouvelle délinquance, « il faut revoir tout le système de défense et d’armement. Quand vous êtes assis dans votre voiture et que l’on vient vous jeter un cocktail Molotov, le temps de sortir votre arme qui est coincé dans votre ceinture vous êtes déjà en train de bruler. C’est un peu compliqué. » 

Des policiers toujours en conflit avec les politiques, la hiérarchie et les syndicats

Gérard, policier depuis 17 ans, nous affirme que sa hiérarchie fait exprès d’envoyer des policiers, censés encadrer la manifestation, en « mission fantôme » « la dernière fois ils avaient demandé qu’un véhicule parte faire des rondes autour de la maison d’arrêt alors qu’il n’y a rien à y surveiller. On ne se sent jamais écouté par notre hiérarchie, jamais soutenu. »

Henri dénonce quant à lui le manque de résultat des syndicats. Il l’explique par une collusion entre les représentants de ces derniers et les politiciens. « Ils marchent main dans la main depuis au moins les années 70’, pour une simple et bonne raison c’est qu’ils y trouvent tous leur compte. En 2001, après nos manifestations, nous n’avions rien obtenu. Certains syndicalistes qui ont signé les accords ont été nommés au conseil économique et social. Quelle est la relation ? Nous ne sommes pas idiots, nous savons que ce sont des récompenses. Le but des syndicalistes c’est de maintenir les policiers sous leur coupe pour que l’État n’ait pas à le faire. Nous n’avons pas du tout confiance dans les syndicats. » Henri continue son témoignage en mentionnant l’exemple de  Jean-Claude Delage, secrétaire général du syndicat Alliance  « il est délégué syndical depuis bientôt vingt ans, il n’a pas mis la tenue depuis ce temps-là. Est-il légitime pour dire : « je sais de quoi je parle », je ne pense pas. » Il y a selon lui une coupure nette entre la base des policiers et la hiérarchie  « la hiérarchie menace un peu partout en France pour que les collègues fassent cesser le mouvement, les syndicats disent qu’il faut se calmer. Ils n’ont pas les mêmes méthodes, mais ils ont le même but. » Les policiers nancéiens apparaissent donc très insatisfaits, toujours aussi mécontents et comptent bien poursuivre les manifestations.  

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