novembre 21, 2018

Lorraine : une "Equipe Commune d'Enquête" franco-italienne démantèle un trafic de faux billets

Treize individus ont été mis en examen en France et en Italie dans le cadre du démantèlement d'un réseau spécialisé dans le faux monneyage. Un trafic de billets de banque contrefaits qui prenait sa source à Naples en Italie pour se ramifier en France et notamment en Lorraine. Près de 2000 faux billets de la filière auraient ainsi été écoulés sur le territoire français ...

Vingt-trois arrestations, 13 mises en examens en France et en Italie, des billets contrefaits imitant presque à la perfection les vrais. C'est une affaire de faux monneyage à échelle européenne qui a pris fin en France et en Italie grâce à la coopération des autorités des deux pays. Une première pour la police française. L'affaire a été rendue publique mardi lors d'une conférence de presse à la Cité Judiciaire en présence de Maria Antonietta Troncone, procureure de Santa Maria Capua Vetere (Italie) et François Perain, procureur de Nancy.

C'est à la suite d'informations communiquées par les autorités italiennes que la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Nancy était saisie en février 2018 de la circulation de fausse monnaie dans le Grand Est. L'affaire était confiée à Aurélie Valente, juge d'instruction à la JIRS pour les chefs de transport, détention et mise en circulation de fausse monnaie en bande organisée, et association de malfaiteurs en vue de la commission de ces crimes .

Les renseignements fournis par les autorités italiennes portaient sur les agissements d'un ressortissant français demeurant en Moselle, un dénommé « Jean » qui se rendait régulièrement à Naples pour s'approvisionner en fausses coupures de 100, 50 et 20 €. Des informations qui étaient mises en relation avec les constats de la Banque de France sur la recrudescence notamment des fausses coupures de 100 € en Moselle et Meurthe-et-Moselle. L’enquête était confiée en France à l’Office Central pour la Répression du Faux monneyage (OCRFM) et au SRPJ de Nancy. 

Avec EUROJUST, une Equipe Commune d'Enquête (ECE) était mise en place afin de facilter la coordination et la transmission d'informations entre les enquêteurs italiens et français. Des investigations qui aboutissaient le 16 octobre 2018 par une opération de police judiciaire franco-italienne déclenchée simultanément en France et en Italie afin de démanteler la filière de fabrication et de mise en circulation de fausse monnaie. 

Le coup de filet a necessité en France, près de 70 fonctionnaires de police judiciaire, l'office centrale pour la répression et le faux monnayage en coordination avec la SRPJ de Nancy, la BRI de Metz, la PJ de Clermont-Ferrand et la PJ de Versailles. En Italie, 85 carabinieri ont participé aux perquisitions et interpellations. 

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Lors d'un point-presse franco-italien à la Cité Judiciaire à NANCY, côte à côte Maria Antonietta Troncone, procureure de Santa Maria Capua Vetere ( à 40 km de Naples) et François Perain, procureur de Nancy ont exposé les résultats de l'opération de police judiciaire et ont salué l'aboutissement de la première ECE franco-italienne. 

La filière de fabrication de faux billets « made in Napoli ». L'enquête a commencé en Italie en novembre 2017, « un peu par hasard » , sur la base d'écoutes téléphoniques qui parlaient de stupéfiants, confient les services italiens. Des investigations qui allaient aiguiller les enquêteurs sur une autre piste celui d'un écoulement de faux billets. Selon Maria Antonietta Troncone, procureure de Santa Maria Capua Vetere, la région de la Campanie est en effet connue comme étant « le lieu de prédilection dans la production de faux billets, une fausse monnaie qui trouve sa diffusion sur le territoire national et au-delà en Europe ».

Différents protagonistes allaient être identifiés comme des « intermédiaires de premier niveau », un dénommé Raffaele et des membres de sa famille impliqués comme faussaires. Dans cette organisation, ils étaient suivis de plusieurs « intermédiaires de second niveau » oeuvrant à la diffusion des billets à la population. En Italie, Marco, Raffaele et d'autres complices ont été arrêtés et placés en détention provisoire. Leur atelier de fabrication démantelé avec la mise sous scellé de 100 000 euros en faux billets, des imprimantes, des encres... Et une Ferrari Testarossa appartenant à l'un des faussaires en cours de saisie par la justice italienne. 

La contrefaçon. Le type de faux billet produit a été classé par la banque centrale européenne (BCE) comme des billets d’une excellente facture quasiment semblables aux originaux. « Figuraient sur les billets contrefaits, des éléments de précision tels que les filigranes, le relief du papier... », a souligné le capitaine Francesco Mandia commandant la compagnie de carabinieri de Capoua. Ce sont des investigations techniques et différentes expertises qui ont permis de déterminer le type de production avant de pouvoir la localiser. Des ateliers de production situés dans des quartiers sensibles de Naples difficilement atteignables en raison de la fréquence de déplacement des mis en cause qui déménageaient leurs locaux au fur à mesure de leurs commandes.

En France plusieurs mises en examens. Maillon entre la chaine française et italienne, un dénommé « Jean » identifié par la police italienne et soupçonné de se rendre régulièrement à Naples pour s’approvisionner en faux billets et les écouler sur le marché français. Désigné « tête de pont » par les autorités françaises en ce qui concerne l’écoulement de la marchandise, le Français est un mosellan aux revenus modestes, chômeur depuis 2017 et résidant à Vitry-sur-Orne. Selon François Perain, le mis en cause avait recours pour son activité illégale à différentes personnes qui lui servaient de « prête-nom » pour acheter ces faux billets et transférer des fonds de Naples à l’aide de mandats par Western Union.

« Jean » a été mis en examen et placé en détention. D’autres personnes travaillant avec lui ont été également été interpellées. Parmi ces individus chargés de l’écoulement en France un dénommé « Elhoussain » exerçant une activité commerciale. Il disposait d'une société de conjonction d'énergie spécialisée dans la pose de fibre optique, une entreprise domiciliée dans le Puy de Dôme ainsi qu’en Moselle. Celui-ci est accusé d’avoir écoulé plusieurs billets contrefaits tout comme l’un de ses salariés. Il a été placé en détention provisoire et son salarié sous contrôle judiciaire. Les investigations ont permis de définir l’implication d’une deuxième filière qui travaillait avec le dénommé « Jean ». Celle-ci se situe à Nancy et implique un individu prénommé « Rabah », ce dernier avait déjà été inquiété dans le cadre d’une autre procédure après la découverte de plusieurs faux billets, provenant de cette filière d’écoulement, dans un de ces box à Rombas. L'homme a été également placé en détention provisoire. 

En France, la filière napolitaine démantelée serait parvenue a écoulé 2000 faux billets, essentiellement des billets de 100 euros, estime le commissaire Bertrand, chef de l'office central pour la répression du banditisme.

" Pas de lien avec la mafia". Selon le Colonel Nicola Mirante, commandant de la compagnie de carabinieri de Caserta, le démantèlement de ces ateliers de production de billets contrefaits ne serait pas lié à l’activité de la mafia napolitaine. Les faits s’inscrivent dans une organisation criminelle créée dans le but de produire de la fausse monnaie. Une organisation toutefois jugée comme « particulièrement complexe et compliquée sur le plan de l’enquête » a-il affirmé.

« La contrefaçon reste une priorité pour Europol et l’Union européenne », a également commenté Pedro Felicio, chef dans la lutte contre le crime économique à Europol saluant le travail coordonné des services pour le démantèlement de ce trafic de faux billets de part et d'autre de la frontière. « Nous sommes face à l'une des meilleures opérations en Europe contre la contrefaçon de l'Euro cette année avec un groupe criminel arrêté en même temps dans deux pays différents. Un groupe responsable pour la production en Italie, un autre pour la distribution en France. Un total de 23 arrestations. Une fabrique d'impression démantelée. C'est très important pour nous. », a declaré Pedro Felicio.

Selon Europol, à ce jour, l’Italie reste le pays producteur de faux billets le plus important en Europe et la France classée quant à elle comme le pays le plus victime de contrefaçon avec 35 % des fausses monnaies en circulation saisies dans l’hexagone.

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