octobre 23, 2019

Livre sur la Place : Victoria Mas nous parle de son nouveau roman "Le Bal des Folles"

LIVRES. Victoria Mas, lauréate du Prix Stanislas est présente à Nancy à l'occasion de la sortie de son premier ouvrage Le Bal des Folles, un roman follement hypnotique paru aux éditions Albin Michel. Rencontre.

Déjà distinguée par le Prix Stanislas à Nancy, le Prix Plume et encore en lice pour le Prix Renaudot et Fémina, Le bal des folles, paru le 21 août chez Albin Michel fait déjà partie des titres les plus en vue de cette rentrée littéraire. Dans son premier roman, Victoria Mas évoque le sort à la fin du XIXe siècle des femmes internées à la Pitié-Salpêtrière, dans le service du Pr Charcot et la tenue chaque année d'un bal aussi étrange que sordide : le bal des Folles. Une distraction costumée et dansante organisée à la mi-carême où les fous déguisés sont exhibés au "tout Paris mondain" comme des bêtes de foire et objets d'expérimentation.

« Des avancées médicales émergèrent ; la Salpêtrière devint un lieu de soins et de travaux neurologiques. Une toute nouvelle catégorie d'internées se forma dans les différents secteurs de l'enceinte : on les nomma hystériques, épileptiques, mélancoliques, maniaques ou démentielles. Les chaînes et les haillons laissèrent place à l'expérimentation sur leurs corps malades ; les compresseurs ovariens parvenaient à créer les crises d'hystérie ; l'introduction d'un fer chaud dans le vagin et l'utérus réduisaient les symptômes cliniques ; les psychotropes - nitrite d'amyle, éther, chloroforme - calmaient les nerfs des filles ; l'application de métaux divers -zinc et aimants- sur les membres paralysés avait de réels effets bénéfiques. Et, avec l'arrivée de Charcot au mileu du siècle, la pratique de l'hypnose devint la nouvelle tendance médicale. Les cours publics du vendredi volaient la vedette aux pièces du boulevard, les internées étaient les nouvelles actrices de Paris...  »

« Thérèse regarde Eugénie en continuant de tricoter. Cette jeune bourgeoise ne lui paraît pas spécialement folle, même si les plus profondes folies ne se voient pas. Thérèse se souvient de clients, les plus convenables, les plus propres au premier abord, qui une fois la porte de la studette fermée se révélaient de véritables malades. Mais la folie des hommes n'est pas comparable à celle des femmes : les hommes l'exercent sur les autres ; les femmes sur elles-mêmes.  »

Un livre terrifiant abordant la condition des femmes au XIXe en retraçant le sort de plusieurs femmes internées parfois abusivement. Louise abusée sexuellement par son oncle souffrant de « crises d’hystérie », Thérèse une prostituée qui a mis fin à la maltraitance physique de son souteneur en le poussant dans la Seine ou le personnage de Eugène Cléry, jeune bourgeoise internée de force et sans émotion par son père, car elle communiquait avec les morts.

Un huit clos frémissant dans les murs d’un hôpital où l’oppression carcérale est palpable. Eugénie Cléry jetée dans cet hôpital en raison de ses visions mystiques et de ses intérêts pour les ouvrages de Allan Kardec accélère le rythme du récit et précipite son destin. Un premier roman impitoyable et puissant.

Le Bal des folles, par Victoria Mas, Albin Michel, 251 pages, 18,90 euros. 


EN VIDÉO. INTERVIEW de VICTORIA MAS lors de la 41e édition du Livre sur la Place 

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