mai 23, 2019

"L'outsider", créature diabolique de Stephen King

FOCUS - Dans son dernier roman intitulé « L'Outsider », Stephen King plonge les lecteurs dans une enquête aux frontières du réel sur le meurtre d'un enfant retrouvé atrocement mutilé. Suspect numéro 1 du crime, Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, mais est-il réellement coupable ? Une chasse à l'homme débute, les décès s'additionnent...
 
 ► Un meurtre abominable 

Stephen King a publié plus de 50 romans et quelque 200 nouvelles. Dernière création du maître du roman noir et champion du best-seller : « L’Outsider ».  L’histoire débute un mardi 10 juillet avec la découverte du corps d’un garçon de onze ans, partiellement dévoré par son meurtrier, dans le parc municipal de Flint City dans l’Oklahoma (USA). L’enquête permet de rassembler aussitôt de nombreuses « preuves », oculaires, matérielles, scientifiques et de désigner le « coupable » du crime : Terry Maitland, l’un des habitants les plus respectés de la ville, entraîneur de l’équipe locale de baseball, professeur d’anglais, marié et père de deux fillettes. Quatre jours après le crime, en plein match et aux yeux de tous, le présumé coupable est appréhendé sans ménagement par l’inspecteur Ralph Anderson, convaincu que le suspect a violé et assassiné le jeune garçon. Pourtant, ce qui semblait une affaire classée d’avance et alors que le processus judiciaire se met en place, plusieurs éléments contradictoires viennent troubler les enquêteurs. Le jour du crime, Terry Maitland était à une conférence de Harlan Coben à des centaines de kilomètres de là avec plusieurs de ses collègues... Des faits confirmés par plusieurs témoins et preuves indirectes. 

Indice après indice, interrogation après interrogation, Stephen King plonge les lecteurs dans le cheminement du processus judiciaire américain et de l’opinion publique. Pourtant la culpabilité de Terry Maitland s’étiole jusqu’à conduire les enquêteurs devant un dilemme de taille, un mystère pourrait-on dire : la présence du suspect en même temps dans deux lieux différents. Don d’ubiquité, manipulation, trouble dissociatif ou phénomène surnaturel ?

« J’aimerais croire en Dieu, dit Jeannette, car je refuse de me dire qu’on disparaît du jour au lendemain, même si ça équilibre l’équation... étant donné qu’on vient des ténèbres, la logique veut qu’on y retourne. En revanche, je crois aux étoiles et à l’univers infini. Le grand Là-Bas. Ici-bas, je crois qu’il existe d’autres univers dans chaque poignée de sable, car l’infini est une rue à double sens. Je crois qu’il y a dans ma tête des dizaines de pensées alignées en file indienne derrière chaque pensée consciente. Je crois à la conscience et à l’inconscient, même si je ne sais pas ce que c’est. Et je crois en Conan Doyle, qui fait dire à Sherlock Homes : “Une fois que vous avez éliminé l’impossible,ce qui reste, aussi improbable que cela puisse paraître, ce doit être la vérité" ». 

« [ Ralph ] se surprit à penser à la formule de Conan Doyle. C’était intelligent. Logique. Mais on pouvait l’adapter : une fois que vous avez éliminé le naturel, ce qui reste est forcément surnaturel. Non. Le policier qu’il était, mais aussi l’être humain, ne pouvait croire à une explication qui transgressait les règles du monde naturel. Franck Peterson avait été tué par une personne réelle, pas par un fantôme sorti d’une bande dessinée. »

► Du thriller au conte horrifique

Si le roman débute par une enquête policière et installe le récit dans un thriller, Stephen King va distiller de nouveaux éléments dans l’esprit des enquêteurs et des lecteurs pour les conduire progressivement dans un conte horrifique. Un virage dangereux où l’enquête se délite, les certitudes s’évanouissent. Un casse-tête pour l’inspecteur Ralph Anderson. Les éléments qui jadis s’imbriquaient parfaitement tendent d'abord à exprimer désormais une vaste erreur judiciaire concernant Terry Maitland. Le crime du jeune Peterson va conduire, dès les jours suivants, à un effet de dominos et à la mort de nouvelles victimes. Quelle est la vérité ? La raison peut-elle suffire à résoudre cette enquête ? Howie Gold, Alec Pelley, Yunel Sablo, Ralph Anderson et ... la détective privée Holly Gibney, des personnages complexes et attachants, s’associent pour résoudre cette énigme. Le tueur aurait certaines similitudes avec El Cuco, une légende mexicaine. Un monstre polymorphe avec des yeux de feu souvent représenté avec un sac pour kidnapper des enfants et se nourrir de leur sang et de leur tristesse. Cette créature ou entité maléfique est baptisée l’Outsider dans le roman. Pour traquer ce personnage inspiré d’une précédente trilogie de Stephen King ( Mr MercedesCarnets NoirsFin de Ronde ), le groupe va partir au Texas, dans les grottes de Marysville. 

► Pourquoi on aime ?

Avec l’Outsider, Stephen King développe le mystère dans un rythme soutenu et un récit traumatisant pour tenir le lecteur en haleine. Le mal incarné par l’Outsider semble tirer sa puissance de son omniscience et de sa faculté à incarner avec force de nouveaux visages. Il parvient à se déplacer, à franchir les obstacles, à prendre plusieurs visages. Un pur concentré de l’art d’écrire de Stephen King sur le thème du « double » avec de nombreux clins d’œil comme celui de la nouvelle célèbre d’Edgar Poe, William Wilson. Dans ce labyrinthe, où chacun progresse à tâtons, la traque du monstre s’accélère. Au-delà de la réalité clinique et des preuves scientifiques, le volet fantastique se détache nettement. L’Outsider incarne l’ogre, le croque-mitaine, doté de pouvoirs surnaturels renvoyant au monde des signaux inquiétants. L’incarnation des racines du mal absolu. Un livre organique, violent, traumatique avec un final éclatant, un roman horrifique dans lequel Stephen King excelle une nouvelle fois.


"L'Outsider" aux éditions Albin Michel - 576 pages. Paru le 7 février 2019, 25,90 €

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