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« Le patriarcat n'est pas un autoritarisme totalitaire du père »

  • Écrit par Johann Graille
  • Publié dans LIVRES
A l’occasion de la dernière ligne droite de son financement participatif pour son livre « L'Histoire du Père, une anthropologie fondamentale - Du matriarcat sacrificiel au patriarcat catholique », Sylvain Durain revient pour nous sur les origines de son intérêt pour la figure du Père et dévoile les idées qui seront à la source de son analyse.

sylvain-durain-2017

Le livre que vous comptez écrire a pour thème, comme son nom l’indique, la figure du Père. Ce n’est pas la première fois que vous vous attaquez à ce sujet, on pense notamment au livre « Le Sang du Père » et du documentaire que vous en avez tiré…

Exactement, nous pourrions dire que c'est une suite logique de mon documentaire « Le Sang du Père » sorti en 2015, qui était lui-même une suite logique de mon livre éponyme sortie en 2012. Chacune de mes nouvelles productions me permet de proposer des analyses plus approfondies et de dévoiler mes dernières recherches. Mais ce prochain livre aura une saveur toute particulière puisque je suis arrivé à la mise en forme de mon concept majeur, à savoir celui de « matriarcat sacrificiel ».

Au-delà de ces deux ouvrages, vous avez aussi écrit de la fiction, notamment « Arles, décor antique pour puanteur moderne » et « Hashtag Hollande 2017 », dans lesquels la figure paternelle tient une place très importante, c’est un thème qui traverse toutes vos productions, pourquoi un tel attachement à celui-ci ?

C'est vrai que la fiction offre des perspectives intéressantes puisqu'elle ouvre sur le réel et sur des mises en contexte. Dans Arles, qui est une satire, je montrais les conséquences de la mort du père dans cette ville du sud de la France : à savoir la perte d'identité, les crises communautaires ou encore la confusion spirituelle. Dans « Hashtag », je poursuivais ces réflexions en y amenant des éléments futuristes comme l'intelligence artificielle tout en déployant mon analyse sur le rôle de l'Etat Islamique qui, en perpétuant des sacrifices sur le sol français, va coaguler les communautés. Nous l'avons vu dans le procès du frère Merah, la mère d'une des victimes, musulmane et d'origine maghrébine, demande à la France « d'ouvrir les yeux », « d'arrêter d'être naïve ». Le sang coagule et nous coagule, les communautés sont en train de s'indifférencier et c'est la violence qui l'oblige.

Avec ce livre quel nouveau regard, quel nouvel aspect du sujet  allez-vous révéler ?

Ma méthode de recherche, qui est universitaire, m'a conduit dans l'anthropologie des communautés primitives. J'ai pu tester mon concept en lisant de nombreuses monographies, en comparant non seulement les « manières de vivre » et les systèmes familiaux de ces communautés, mais aussi en mettant en avant les généalogies des dieux et des croyances de ces peuples dits primitifs. En clair, j'ai décidé de prendre les textes religieux au sérieux et d'y trouver les causes des systèmes sociaux et familiaux. Hormis les Juifs qui se sont rêvés en tant que famille nucléaire dans l'Ancien Testament alors qu'ils ne l'ont jamais été, il y a une réelle correspondance entre les croyances et la manière de vivre. Ces comparaisons m'ont amené à ce concept du matriarcat sacrificiel.

Vous prétendez que toutes les sociétés préchrétiennes sont matriarcales, quelle est la définition du matriarcat qui vous permet de faire une telle généralité ?

En réalité je précise préchrétiennes et hors-chrétiennes, car j'y inclus l'islam, mais aussi les hérésies comme l'aryanisme, les cathares ou encore des changements comme le protestantisme par exemple. C'est pour cette raison que j'ai choisi le terme de « matriarcat sacrificiel » et non de matriarcat tout court. Les termes de patriarcat et de matriarcat ont été définis et figés à une époque où tout ce qui était en rapport avec le religieux était renié et considéré comme inutilisable par principe. C'est pour cela que l'on arrive aux caricatures comme : « le patriarcat est l'autoritarisme du mâle blanc oppresseur des minorités » comme on l'a entendu pour l'affaire Weinstein, ou encore son pendant tout aussi ridicule : « le matriarcat est un monde de bisous et d'amour », on remarquera qu'en général l'on nous somme de tuer le père pour y parvenir.

Sans tout dévoiler, je peux affirmer que ces deux litanies sont fausses. Le matriarcat, par l'utilisation de nombreux principes tels que l'indifférenciation, le sacrifice rituel créateur de culture, le « double mind » ou double monstrueux, et bien entendu l'absence de père tel que nous l'entendons, amène par la violence aux mécanismes de désir mimétique.

Le patriarcat, quant à lui, n'est pas un autoritarisme totalitaire du père, mais bien une juste place accordée aux divers membres de la famille sous l'exemple et l'autorité de Dieu le Père. C'est dans la référence au Père que le père puise son autorité.

En quoi le christianisme marque une rupture dans l’évolution de la figure paternelle ?

Je ne prendrai qu'un seul exemple, car il est symbolique, dans la figure du roi. Les rois païens européens étaient considérés comme des « époux de la déesse », le mot « king » venant lui même de l'indo-européen signifiant « l'époux ». Ceci symbolise le fait que la souveraineté du pouvoir n'est pas dans cet homme roi, mais dans cette déesse qui épouse le roi par le sacrifice. Lors d'une défaite, le roi était déposé, sacrificié, ainsi la souveraineté remontait vers la déesse pour redescendre ensuite dans le nouveau roi qui, je le rappelle, était élu.

Le roi chrétien sort, quant à lui, de cette crise mimétique. Il n'est plus l'époux d'une déesse, il est le représentant du Christ, vrai Roi de France. Il n'est « que » son « lieutenant ». La figure paternelle qui en découle est donc tout à fait différente. C'est par la famille nucléaire non égalitaire et par la primogéniture que ce système sera le mieux incarné.

La Révolution française brisera ce principe familial pour briser le principe chrétien en s'appuyant notamment sur le modèle familial présent dans le Bassin Parisien et qui était nucléaire égalitaire. Comme le dit  Emmanuel Todd « elle a dû mettre au pas dans l'Hexagone toute sa périphérie porteuse de valeurs différentes. »

Vous revendiquez une approche pluridisciplinaire (anthropologique, symbolique et même spirituelle) comment justifier ce choix à une époque où le monde de la recherche, notamment universitaire, sectorise rigoureusement les disciplines ?

J'aurais préféré me limiter à une seule approche, mais cela est totalement impossible. Pour traiter d'un tel sujet et pour rester honnête intellectuellement il faut puiser dans plusieurs disciplines. Cela pourra surprendre, mais je parlerai également d'art, avec par exemple un chapitre sur la danse contemporaine. Pour les connaisseurs, Maria Callas sera largement évoquée.

La disparition de la figure paternelle est-elle selon vous la racine de tous les maux de notre société moderne occidentale ?

Je pense qu'elle est le rempart principal contre ce que l'on appelle le « Mondialisme ». Pour atteindre le but messianique de ce projet, il faut éliminer la seule figure qui peut ramener à la fois la protection, mais surtout le lien direct avec le christianisme, à savoir la figure du père.

Sur un plan plus prosaïque, il paraît de plus en plus évident que l'apparition des pères manquants, des pères absents ou des pères qui abandonnent ou divorcent aux premières tempêtes, n'aident en rien l'éducation des enfants et donc ne jouent pas leur rôle, pourtant primordial, dans la construction de la nation et dans sa restauration. La société individualiste a fait croire à l'homme que son rôle était soit de bourdonner et de butiner, soit d'être une sorte de mère-bis. Nous sommes ici dans le projet néo-matriarcal d'indifférenciation, mais les hommes et les femmes ne sont pas égaux, ils sont complémentaires. Et si ce n'était pas le cas, quel ennui !

Bon courage pour nos enfants dans ces sociétés de l'écriture inclusive et de la dictature de l'égalité morne. Je peux vous garantir que dans une société réellement patriarcale les femmes qui souhaitent travailler ne seraient pas seules à imposer l'égalité salariale et auraient un allié de poids pour sortir du schéma de la femme soumise soit à son mari, soit à son patron. Pensez-vous vraiment que ce monde de l'usure libère les femmes par le travail et l'écriture inclusive ?

Quel est l’avenir de la figure du Père, va-t-elle renaître ?

N'étant pas devin je ne peux vous répondre. Au-delà d'une renaissance, car le Père est toujours présent, je préfère désormais parler de rénovation. Si l'on est croyant, nous avons une réponse plutôt encourageante.

Pour finir, vous lancez un financement participatif pour l’écriture de votre livre, pourquoi ?

Le financement participatif est-il l’avenir des auteurs indépendants comme vous ? Y a-t-il une maison d’édition prête à publier votre livre ?

Ce livre me demande au minimum 6 mois de travail pour terminer mes recherches et pour l'écriture et ce en y travaillant tous les jours. C'est un livre inédit et ambitieux et je devrai mettre l'une de mes activités professionnelles en pause pour le mener à bien.

J'ai quelques touches avec des maisons d'édition, mais comme mon sujet n'entre pas les clous de la modernité et qu'il pourra choquer voire heurter les « établis » comme je les appelle, je me dois de le créer en toute indépendance. Il sera temps ensuite de le proposer concrètement ou de le sortir avec ma maison d'édition personnelle.

Ce système via Ulule propose à 200 personnes de précommander leur livre. J'insiste sur le fait que ce n'est en aucun cas un appel au don. Comme tout projet de financement participatif si l’objectif de financement n’est pas atteint, toute somme versée est remboursée. C'est une commande en avance et un beau moyen de mettre son argent dans un projet que je pense important. Cette campagne de financement prend fin le 8 décembre.

Lien Ulule pour financer le projet de M. Durain : https://fr.ulule.com/histoire-pere/