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Essai : Le Sang du Père, un meurtre cinématographique

-Quel est sujet du livre ? Pourquoi ?
Ce livre, qui fait suite à un travail de mémoire de fin d'étude et à un travail documentaire sur le même thème, tente d'analyser la disparition progressive de la figure du Père dans nos sociétés modernes à travers une étude des films de Jacques Audiard.
Qu'elle soit concrète (apparition des familles monoparentales) ou purement symbolique (renoncement à incarner l'autorité), cette disparition d'une figure centrale, qui faisait traditionnellement le lien entre la cellule familiale et le reste de la société, n'est pas anodine. C'est selon moi un des aspects importants de notre crise actuelle, qui est avant tout une crise de sens avant d'être une crise économique. Et vouloir régler une conséquence, comme on tente de le faire aujourd'hui, au lieu de s'attaquer à la cause qui est de l'ordre du spirituel, ne mènera à mon avis pas à grand-chose.
–Quel est l'importance du père dans la filmographie de Jacques Audiard ? Pourquoi ?
Même si les critiques de cinéma habituels ne mettent quasiment jamais cette dimension en avant lorsqu'ils parlent de ses films, le rôle du père et surtout la relation père-fils dans les films de Jacques Audiard est d'une importance capitale. Je dirais même que c'est l’intérêt principal de son cinéma.
Dans le livre, j'essaie tout d'abord d'expliquer la présence de cette thématique par la relation qu'il a eu avec son père, le célébrissime Michel Audiard, puis par la façon dont il en arrivé à la réalisation, lui qui se destinait à une carrière toute autre. Je tente ensuite de mettre en place une analyse détaillée des systèmes familiaux proposés dans ces 5 films. Un travail vraiment passionnant.
Ce qui me passionne encore davantage dans son cinéma c'est la mise en scène de plusieurs « sortes » de pères à travers chaque film. Du père biologique au père spirituel ou symbolique, en passant par le père absent et le tuteur de résilience, tout y est analysé. À ce titre, je tiens à remercier Monique Minni, Présidente de l'Association « Traits d'Union, un autre regard » pour ses analyses et aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir l'immense travail de Boris Cyrulnik sur la question de la résilience, lors de la rédaction de mon mémoire d'étude sur le même thème. Une référence très présente dans mon livre.
–Quel est alors le rôle de la mère et la femme dans ses films ?
Le rôle des femmes dans le cinéma de Jacques Audiard est également primordial. Je commence d'ailleurs par l'analyse du rôle des femmes salvatrices et de la rédemption par la mère dans le livre. C'est en effet par la sphère féminine que certains fils vont chercher la rédemption, même si souvent le père les amènera vers l'abîme. Je pense notamment au père diabolique dans De battre mon coeur s'est arrêté, qui empêche à son fils un retour à la sphère féminine par la pratique du piano, lui préférant que son fils suive son exemple dans la
corruption immobilière. C'est d'ailleurs par ce film que j'ai découvert le travail de Jacques Audiard, j'ai été conquis dès les premières secondes.
–ton regard sur Audiard et sa filmographie
Même si mon regard est biaisé par l'attrait que je porte à certains de ses films, je pense que c'est le meilleur réalisateur français que notre pays porte aujourd'hui. Je préférais ses premiers films à petit budget et à équipe réduite comme Regarde les hommes tomber, là aussi un titre révélateur par rapport à mon travail, mais il parvient toujours à mettre ce petit quelque chose en plus qui fait d'un film un grand film. Je reste aussi assez critique sur certains aspects de son travail, critiques que je développe aussi dans mon livre, loin de moi l'idée de me montrer en fan. Tout fanatisme empêche la réflexion et l'analyse. J'ai cependant hâte de découvrir son prochain film qui apparemment sort en octobre de cette année et qui s'intitulera Un goût de rouille et d'os. Je pourrai ainsi me rendre compte de la portée de mon travail sur son nouveau film.
–Autre projet de livre ?
Oui j'aimerais développer la nouvelle branche de Cinequaprod qu'est Cinequaprod Éditions et trouver le temps et le courage d'écrire un livre qui mettrait en rapport Cinéma et Mondialisme. Un projet ambitieux et qui me donne le vertige rien que d'y penser. J'espère aussi pouvoir terminer mon documentaire sur le thème du Sang du Père également.
Les projets actuels se situent d'ailleurs toujours avec mes amis de Cinequaprod, vous pouvez découvrir tout ça sur notre site www.cinequaprod.fr
- Si tu as des choses à dire ....
Oui tout d'abord vous remercier de votre coup de pouce en me donnant la parole sur votre site, mais aussi annoncer que mon livre sortira début mars 2012, et que vous pouvez d'ores et déjà découvrir quelques extrais en vous rendant sur mon site : www.sylvaindurain.fr
Allez un petit extrait exclusif pour vos internautes avec le début de l'analyse sur l'absence de la mère dans les films de Jacques Audiard :
1.2Une situation familiale des films en proie à des rapports père-fils spéciaux
Le Père fait être le Fils par amour, parce que le Fils est le Bien.
Simone Weil
Nous allons désormais analyser en quoi les situations familiales des films de Jacques Audiard amènent des rapports père-fils spéciaux.
1.2.1- L’absence de la mère
Il semble capital de comprendre l’absence de la mère comme l’élément déclencheur de ces rapports père-fils singuliers.
Pour exposer sa thèse sur la condition des hommes dans la société actuelle, Jacques Audiard pose un préambule inévitable : l’absence de la mère. En effet, la dualité entre le monde masculin et le monde féminin est la base de tout le travail du réalisateur dans les rapports entre pères et fils. Si la femme, et encore plus la mère, était présente dans la vie de tous ces hommes, aucune de ses cinq histoires ne serait crédible ou tout bonnement possible. L’image de la mère chez Audiard est le symbole des repères, des racines et de la voie à suivre. Elle sert aussi de tampon entre les hommes. En effet, lorsque la mère ou la femme est présente, les rapports père-fils sont apaisés car la femme régule totalement les relations.
Dans les cinq films d’Audiard, l’absence maternelle est un fondement permettant une relation père-fils très forte puisque unique, et aussi enflée de tous les maux d’une figure familiale incontournable dans l’évolution d’un fils. Audiard propose tout de même de donner sa chance à la mère dans son film Un héros très discret. Mais présente à l’écran, la mère est absente mentalement et psychiquement.
Pour bien comprendre ce fait, analysons donc en premier lieu le seul film
où la mère est présente, du moins visuellement dans la maison, dans Un héros très discret. Il est assez pertinent de comprendre que la mère est présente uniquement du fait que c’est le seul film où le père biologique est mort, donc absent, et que le jeune Albert Dehousse ne pourrait pas vivre sans sa mère. Mais ne peut-on pas parler pour autant d’une absence de figure maternelle ? L’omniprésence du père, qui l’est sans doute encore plus de par sa mort et son côté quasiment iconique, place la mère uniquement en fonction de cette figure paternelle. Tout chez elle ne tourne qu’autour de ce père disparu « ah si ton père te voyais », ou encore « ne les écoute pas, ils veulent salir la mémoire de ton père ». Madame Dehousse est elle-même consciente de sa non-présence : « pourquoi je ne peux pas avoir droit à ma vie moi aussi ? ». Son personnage est perdu face à toute la place que prend ce tableau qui regarde les moindres faits et gestes de la petite famille. Jacques Audiard la condamne également dans la mise en scène. Souvent absente de l’image, elle n’existe pour la première fois dans la diégèse que par une voix hors champ implorant son fils de venir à table. Albert, lui, regarde par la fenêtre, s’invente un monde, et surtout prépare son désir d’évasion. Une évasion géographiquement lointaine, mais finalement si proche de lui. Il partira en réalité à la recherche de son identité, en cherchant sans cesse la reconnaissance de celui par qui il n’en recevra jamais : son père donc.
L’absence physique du père est en totale domination sur la présence physique de la mère. Cette domination rend une puissance morale au père quasiment d’ordre divin, alors que la femme ne vit qu’au travers de cette image et n’existe pas par et pour elle-même. De plus, c’est le discours de la mère sur le père qui rend les choses impossibles. En effet, en idéalisant l’image du père, elle propose à son fils un mensonge de la réalité, c’est d’ailleurs sa propre mère qui va lui apprendre à mentir pour la première fois en lui cachant cette vérité. Albert Dehousse est à la recherche non pas de son père dans un premier temps, mais bien de sa mère. En ne trouvant pas cette mère présente pour elle-même, il ne
peut s’identifier ni à elle ni à la réalité. Il est forcé de vivre dans un monde imaginaire, un monde où sa mère n’existe pas et dans lequel son père est un héros. Il nous semble intéressant de mettre ces points en relation avec le livre de Corneau, et son chapitre entier sur le rôle de la mère intitulé Faire attention à la façon dont on parle du père. D’après ses études, les fils de veuves s’en sortent mieux que les fils de couples divorcés ou de pères fuyants. Guy Corneau décrit quasiment la mère Dehousse en disant des veuves qu’elles ont « une tendance à idéaliser le mari défunt. » Le fils peut alors s’identifier au père qu’il n’a jamais connu et surtout être fier de lui. Sa vie future de père n’en sera alors pas bouleversée. Mais Corneau ne fait pas état du mensonge des mères. En effet, le jeune Albert pourrait être fier de son père si le discours de sa mère n’était pas de l’ordre de l’empathie et du non-respect de soi-même. Comment être fier de son père absent, si dans les yeux de sa mère seule la névrose et la pitié apparaissent ? Il aurait fallu que cette fierté soit exprimée par la mère.
Dans la recherche du père idéal, Audiard pose un préalable imposé, celui de l’absence de l’image de la mère, et même de la femme en général. Soit cantonnées dans un rôle réducteur, soit totalement absentes des relations entre les pères et les fils, c’est bien de leur absence que naît la plupart des problèmes des hommes. La femme apparaît d’ailleurs souvent lorsque l’homme s’interroge sur son identité masculine.
ET SI TU NE CORRIGES PAS JE DEMISSIONNE………….DE MERE A FILS….. !....

LeSang1CouvBSylvain Durain, réalisateur publie en mars Le Sang du Père, un essai dans lequel est abordé les relations père- fils dans les films de Jacques Audiard...

 

 

Si la couverture de l'ouvrage offre déjà au lecteur un avant-goût de sa substance, le ton est donné dès les premières pages de cet essai d'analyse qui se base sur les relations père-fils dans les films de Jacques Audiard, une analyse dont les racines s'étendent jusqu'à notre société actuelle.

Une société de "plus en plus féminisée" explique l'auteur et "dans laquelle les fils refusent l'autorité du père, dans laquelle le père rêve de renoncer à un rôle devenu trop difficile à tenir, et dans laquelle la mère se voit parfois obligée d'incarner les deux figures... au risque de brouiller davantage les symboles familiaux".

Entretien avec Sylvain Durain, l'auteur de cet ouvrage:

- Quel est sujet du livre ? 

Ce livre, qui fait suite à un travail de mémoire de fin d'étude et à un travail documentaire sur le même thème, tente d'analyser la disparition progressive de la figure du Père dans nos sociétés modernes à travers une étude des films de Jacques Audiard. Qu'elle soit concrète (apparition des familles monoparentales) ou purement symbolique (renoncement à incarner l'autorité), cette disparition d'une figure centrale, qui faisait traditionnellement le lien entre la cellule familiale et le reste de la société, n'est pas anodine. C'est selon moi un des aspects importants de notre crise actuelle, qui est avant tout une crise de sens avant d'être une crise économique. Et vouloir régler une conséquence, comme on tente de le faire aujourd'hui, au lieu de s'attaquer à la cause qui est de l'ordre du spirituel, ne mènera à mon avis pas à grand-chose.

– Quel est l'importance du père dans la filmographie de Jacques Audiard ? 

Même si les critiques de cinéma habituels ne mettent quasiment jamais cette dimension en avant lorsqu'ils parlent de ses films, le rôle du père et surtout la relation père-fils dans les films de Jacques Audiard est d'une importance capitale. Je dirais même que c'est l’intérêt principal de son cinéma. Dans le livre, j'essaie tout d'abord d'expliquer la présence de cette thématique par la relation qu'il a eu avec son père, le célébrissime Michel Audiard, puis par la façon dont il en arrivé à la réalisation, lui qui se destinait à une carrière toute autre. Je tente ensuite de mettre en place une analyse détaillée des systèmes familiaux proposés dans ces 5 films. Un travail vraiment passionnant.Ce qui me passionne encore davantage dans son cinéma c'est la mise en scène de plusieurs « sortes » de pères à travers chaque film. Du père biologique au père spirituel ou symbolique, en passant par le père absent et le tuteur de résilience, tout y est analysé. À ce titre, je tiens à remercier Monique Minni, Présidente de l'Association « Traits d'Union, un autre regard » pour ses analyses et aussi parce qu'elle m'a permis de découvrir l'immense travail de Boris Cyrulnik sur la question de la résilience, lors de la rédaction de mon mémoire d'étude sur le même thème. Une référence très présente dans mon livre.

– Quel est alors le rôle de la mère et la femme dans ses films ?

Le rôle des femmes dans le cinéma de Jacques Audiard est également primordial. Je commence d'ailleurs par l'analyse du rôle des femmes salvatrices et de la rédemption par la mère dans le livre. C'est en effet par la sphère féminine que certains fils vont chercher la rédemption, même si souvent le père les amènera vers l'abîme. Je pense notamment au père diabolique dans De battre mon coeur s'est arrêté, qui empêche à son fils un retour à la sphère féminine par la pratique du piano, lui préférant que son fils suive son exemple dans lacorruption immobilière. C'est d'ailleurs par ce film que j'ai découvert le travail de Jacques Audiard, j'ai été conquis dès les premières secondes.

- Quel est ton regard sur la fimographie de Jacques Audiard ?

Même si mon regard est biaisé par l'attrait que je porte à certains de ses films, je pense que c'est le meilleur réalisateur français que notre pays porte aujourd'hui. Je préférais ses premiers films à petit budget et à équipe réduite comme Regarde les hommes tomber, là aussi un titre révélateur par rapport à mon travail, mais il parvient toujours à mettre ce petit quelque chose en plus qui fait d'un film un grand film. Je reste aussi assez critique sur certains aspects de son travail, critiques que je développe aussi dans mon livre, loin de moi l'idée de me montrer en fan. Tout fanatisme empêche la réflexion et l'analyse. J'ai cependant hâte de découvrir son prochain film qui apparemment sort en octobre de cette année et qui s'intitulera Un goût de rouille et d'os. Je pourrai ainsi me rendre compte de la portée de mon travail sur son nouveau film.

– Un autre projet de livre ?

Oui j'aimerais développer la nouvelle branche de Cinequaprod qu'est Cinequaprod Éditions et trouver le temps et le courage d'écrire un livre qui mettrait en rapport Cinéma et Mondialisme. Un projet ambitieux et qui me donne le vertige rien que d'y penser. J'espère aussi pouvoir terminer mon documentaire sur le thème du Sang du Père également. Les projets actuels se situent d'ailleurs toujours avec mes amis de Cinequaprod, vous pouvez découvrir tout ça sur notre site www.cinequaprod.fr

- Un dernier mot ?

Oui tout d'abord vous remercier de votre coup de pouce en me donnant la parole sur votre site, mais aussi annoncer que mon livre sortira début mars 2012, et que vous pouvez d'ores et déjà découvrir quelques extraits en vous rendant sur mon site : www.sylvaindurain.fr

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Le Sang du Père, un meurtre cinématographique, (Sortie mars 2012. Pré-commande possible par paypal sur Sylvaindurain.fr)

 

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