décembre 07, 2019

Sylvain Durain et la mort de la figure paternelle

Nancy- Écrivain et réalisateur nancéien, Sylvain Durain se lance dans la production d'un film inspiré de son dernier livre intitulé "Le Sang du Père". Pesticides, malbouffe et stérilité sont autant de sujets abordés pour traiter de la mort de la figure paternelle dans notre société. Le père est-il en voie de disparition, a-il encore un rôle à jouer ? 
LeSangDuPere-Sylvain-Durain
Sylvain Durain et son livre "Le Sang du Père"

Parcours :

« Je suis né à Nancy, il y a 31 ans. J’ai effectué mes études à l’IECA Nancy durant lesquelles j’ai créé une association Cinequaprod avec des amis. Après avoir obtenu un MASTER 2 Pro production, réalisation documentaire, j’ai décidé de prendre ma caméra et mes bagages pour aller filmer à l’étranger. Je suis allé au Togo pour réaliser mon premier film documentaire intitulé De ta main qui traite de manière politique et symbolique la lutte anti-impérialiste en Afrique. Tombé amoureux de l’Afrique, je suis retourné sur ce continent l’année suivante en 2010, plus précisément en Ouganda pour un deuxième documentaire sur les rapports entre la résilience et le sport ou comment des handicapés physiques sont réintégrés dans leurs milieux par le sport. Ce film a d’ailleurs été loué par sa qualité dans un colloque organisé par Eurosport. Ensuite je suis allé au Bénin pour aborder le sujet d’enfants à qui des religieux demandent de faire la manche en échange de cours coraniques, munis de gamelles ils sont appelés les enfants gamelles. Enfin pour mon dernier documentaire L’âge du loup, je me suis rendu en Grèce en 2013 pour parler de la crise qui touche ce pays, mais d’une manière nouvelle, car nous avons trouvé à Athènes et Salonique de nouveaux réseaux de solidarité et des gens qui ont retrouvé la force de vivre et de combattre pour leur pays et leur identité. Tous ces documentaires ont été réalisés avec mes amis de Cinequaprod.»

Le sang du père, le livre :

« Au départ, il s’agit d’un travail universitaire de fin d’études. J’ai analysé les films de Jacques Audiard qui selon moi parle de la mort de la figure paternelle dans la société. J’ai donc développé cela dans un essai avec un bouquin mi-cinéma, mi-sociologique avec en parallèle la vie de Jacques Audiard qui est le fils de Michel Audiard, dialoguiste en autre des Tontons Flingueurs. En fait les films de Jacques Audiard analysent toutes les formes de figures paternelles que ce soit des logiques spirituelles ou symboliques ou encore les tuteurs de résilience selon un terme de Boris Cyrulnik, célèbre psychanalyste français. Je traite donc de tout cela avec des exemples qui sont les personnages de films de Jacques Audiard. » 

La mort sanglante de la figure du père :   

« Le titre vient d’un film de Jacques Audiard De battre mon coeur s’est arrêté dans lequel le père biologique se fait tuer, il s’agit d’un film violent avec beaucoup de sang, le titre Le sang du père vient donc de ce film. Il existe plusieurs étapes dans la mort de la figure paternelle, d’abord violentes avec la décapitation du roi, des guerres fratricides qui ont tué les virilités européennes, certains déclarent d’ailleurs que les derniers vrais hommes sont morts dans les tranchées. Aujourd’hui c’est quelque chose de beaucoup plus pernicieux, moins violent, une forme de violence souterraine. Selon moi, on va arriver à la mort de la figure paternelle, je pense que cela est même nécessaire pour qu’elle puisse renaître. Avec ce film, j’aimerais susciter une prise de conscience, ça serait déjà une victoire pour moi, la même chose si cela suscite un débat. Je pense que la mort de la figure du père est la question centrale de notre époque, en comprenant ce sujet, on peut comprendre l’avenir, ce qu’il va se passer, les usines à bébés, louer des ventres... Même si on ne peut pas l’arrêter, il faut s’y préparer. Je ne pense pas que l’on puisse aller contre le mouvement, au mieux on peut l’accompagner et faire en sorte d’informer. » 

Le rôle de la santé dans la mort de la figure du père :  

« Il existe aujourd’hui un problème de stérilisation de l’homme et du masculin en particulier. Dans le film je parle de l’effet néfaste des pesticides, des produits que l’on trouve dans les sodas, la malbouffe et tout cela fait que l’homme produit de moins en moins de spermatozoïdes en état de donner des enfants. Aujourd’hui, beaucoup de couples ont du mal à avoir des enfants. Dans le film, je veux montrer que la mort du roi et les pesticides de Monsanto sont le même sujet, on trouve les mêmes personnes derrière avec le même objectif celui de tuer le père et la famille donc la nation ce qui permet aux oligarchies de contrôler un monde coupé de ses racines profondes. » 

Le rôle de la femme :

« Son rôle est central, nous sommes dans une époque dévirilisée, et les femmes sont les premières à en souffrir. Sinon d’ordre général, le rôle de la femme est complémentaire, il n’est pas inférieur, ni supérieur à celui de l’homme. Je suis pour la solution de la famille conjugale, ne pas mettre le travail extérieur de l’homme en supériorité avec le travail intérieur de la femme, chacun son rôle, une femme n’est pas un homme et vice versa. Donc le rôle de la femme est central, car un homme qui tient ce discours va être taxé de machisme et même de fachisme alors que si c’est une femme cela passera mieux. »

Intervenants :  

« Je me suis rendu compte en analysant ce thème là, que tout ce qui faisait partie de ce que l’on appelle le système, médiatique, universitaire ou politique, soit ne voulait pas en parler, soit allait complètement à l’inverse de ce que je pensais. Je me suis donc tourné vers ceux qui étaient énoncés de manière infantile comme les méchants pour vérifier s’ils étaient aussi horribles que cela et au final j’ai rencontré des personnes très intelligentes et intéressantes qui m’ont ouvert l’esprit sur énormément de sujets avec comme point central, cette mort de la figure du père. Je pense notamment à Marion Sigaut ou Pierre Hillard. Le but était de mettre mes mots dans la bouche des autres. Après certains de ces intervenants, par exemple Lucie Choffey, ne sont pas publiés dans les maisons dites officielles, et c’est bien dommage, car leur discours apporte une contre-mesure qui me semble nécessaire. D’ailleurs le fait d’interviewer plusieurs personnes de cette sphère, ne veut pas dire que je suis d’accord avec tout, sur les tous les sujets et en toute circonstance. Nous sommes désormais dans un monde en miroir avec d’un côté la propagande médiatique de la télévision et la contre-propagande sur internet qui a le mérite d’exister, mais qui reste aussi parfois une propagande comme une autre, moi je me situe au milieu, je veux penser par moi-même et pas répéter les dires des uns et des autres. »  

La plateforme Ulule :

« Je cherchais un moyen de financer ce film tout en restant indépendant pour ne pas être prisonnier d’une idéologie que je ne maîtrise pas et qui ne m’intéresse pas. Grâce à un ami musicien qui a produit son album avec ce genre de site, j’ai décidé de tenter ma chance. Ulule est un site qui fait appel aux dons, mais un don en échange d’une contrepartie par exemple acheter son DVD à l’avance. Pour mon film, cela va me permettre de finaliser les tournages et en plus de pouvoir payer un monteur et un graphiste pour la pochette. Maintenant que le projet est sûr d’être financé grâce aux 100 % atteint il y a quelques jours, le nouvel objectif est de réussir à atteindre 3000 euros, ce qui me permettrait une édition de DVDs plus aisée et une rémunération plus rapide du musicien qui s’occupe de la bande originale du film. »

Le projet de Sylvain Durain sur Ulule à cette adresse  http://fr.ulule.com/lesangdupere/

EN VIDÉOS - Les premiers extraits du Film 

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