décembre 15, 2019

«Gloria Mundi» de Guédiguian : Ariane Ascaride, chef des cœurs

Ariane Ascaride : « Son film le plus pessimiste » / Copyright ex nihilo 2019
 

Résumé du film : Libérable après 20 ans de prison, Daniel rejoint Marseille où Sylvie, son ex-femme, l’accompagne chez leur fille Mathilda qui vient de donner naissance à leur petite fille, Gloria. Daniel découvre ainsi une famille recomposée qui trime pour s’en sortir. L’équilibre précaire des uns et des autres est menacé.       


Robert Guédiguian signe là un drame social qui vous assène au final un coup de Jarnac sidérant. Une explosion que l’on sent monter au fil d’un film opposant deux belles générations d’acteurs. Un : la fidèle bande à Guédiguian (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan). Deux : les trentenaires doués (Anaïs Demoustier et Lola Neymark en sœurs ennemies, Robinson Stévenin en perdant et Grégoire Leprince-Ringuet en graine de mafieu). A découvrir absolument. A commencer par Ariane, la chef des coeurs.  

Votre prix d’interprétation à Venise pour ce rôle, c’était un peu un retour aux sources, non ?

Ariane Ascaride : En effet, c’est ce que j’ai dit dans mon speech en réceptionnant cette superbe coupe Volpi. Car mes grands-parents italiens ont pris le bateau pour fuir la misère, sont arrivés à New York puis en sont revenus pour s’établir à Marseille. Et moi, je suis revenue trois générations plus tard en Italie, le pays de mon cœur, pour chercher ce prix.

Et Marseille pour vous ?

C’est la ville de ma naissance et celle du mélange. J’aime beaucoup cette ville qui est en train de devenir à la mode. La vitrine est belle, mais venez donc voir les immeubles qui s’écroulent et les gens qui meurent parce que les choses n’ont pas été prises en mains...Je ne sais pas comment on dort après avoir fait preuve d’autant d’imprévoyance.

Lutte de survie également pour pas mal de personnages de ce film.    

C’est en effet une lutte d’existence. Et certainement son film le plus pessimiste avec « La ville est tranquille ». Film le plus humaniste aussi. Car les jeunes qui, ici, peuvent paraître ignobles, ont en fait beaucoup de mal à se raccrocher à des valeurs. Et sont juste le produit du monde dans lequel ils vivent.

Même le travail envenime les liens familiaux à partir d’une réussite ou pas.

Eh oui, car il n’est plus envisagé comme un moyen d’épanouissement. Seulement comme quelque chose qui vous rapporte de l’argent. Pour ressembler aux modèles qu’on vous renvoie. Même le rapport à la sexualité est biaisé. Aujourd’hui quand on est moins fort-je ne dis pas faible-eh bien on ne la ramène pas. Et c’est très dur.

Seul personnage en marge, Daniel, ex-taulard que joue Gérard Meylan.

Il est en effet resté en dehors du monde pendant 25 ans. On a même l’impression que la prison l’a protégé. Il parle par haïkus, ces courtes poésies japonaises. C’est un être poétique qui porte en lui une douleur terrible et qui ira jusqu’au sacrifice.

En tant que jeune comédienne, vous avez dû connaître aussi des jours difficiles ?

Oh oui et ça a duré longtemps ! Aujourd’hui c’est pareil. Il y a beaucoup de jeunes comédiens qui n’ont pas de statut d’intermittent.

Un statut que votre profession doit à Gérard Philipe.

Absolument. Gérard qui fut le premier secrétaire général du syndicat du FFA. Ça, je ne l’ai jamais oublié, c’est mon héros. J’ai d’ailleurs chez moi une grande photo de Gérard Philipe. Mon film préféré ? « Les Orgueilleux »avec Michèle Morgan pour la façon dont il arrive à casser son image dans ce film.   


 Fiona Franchi

 

Sortie du film : 27 novembre

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