décembre 15, 2019

Cinéma. « J’accuse » de Polanski : rencontre avec Jean Dujardin

Jean Dujardin : « Picquart est un vrai héros »   Jean Dujardin : « Picquart est un vrai héros »  

Résumé du film : En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est condamné à la déportation à vie pour avoir livré des documents secrets aux Allemands. Pendant 12 ans cette « affaire » va diviser la France. Jusqu’au jour où le commandant Marie-Georges Picquart, fraichement nommé chef du contre-espionnage, découvre que le véritable coupable est le commandant Esterhazy. Pire : que les « preuves » accusant Dreyfus ont été fabriquées. 


À 86 ans, Roman Polanski signe probablement là son dernier film. Et quel film ! Un drame historique adapté du roman de Robert Harris « D ». Un film d’espionnage, à la tonalité sombre, qui s’ouvre sur la dégradation de Dreyfus dans la cour de l’Ecole militaire. Joué par un Louis Garrel méconnaissable, Dreyfus, blême, vacille. Mais, quand on l’emmène vers sa destination infernale, son regard croise celui du commandant Picquart. Un gradé strasbourgeois dont viendra son salut. Et qu’incarne, de façon magistrale, Jean Dujardin rencontré à Strasbourg. 

On a l’impression que vous avez préparé ce rôle comme un athlète ?

Jean Dujardin : plutôt comme un moine. Pour apprendre le texte au rasoir. J’ai d’ailleurs pris un  répétiteur, car Roman est très exigeant. Il faut donc arriver prêt, sinon il ne vous loupe pas. D’autant que pour incarner un héros comme Marie-Georges Picquart, il faut être à la hauteur. Ne pas douter.

Et peu à peu le personnage s’est glissé en vous.

Il s’est imposé par l’histoire et la confrontation avec mes partenaires. Tous ces acteurs capés de la Comédie Française comme Eric Ruf, Didier Sandre, Denis Podalydès, Laurent Stocker et Michel Willermoz. Travailler à leur contact m’a beaucoup stimulé. Car ces acteurs-là ce sont des machines de guerre

Picquart était né à Strasbourg...

Comme Dreyfus d’ailleurs. C’est ce qui les réunit. Mais le film n’est pas un biopic sur Picquart. On reste sur le complot, car c’est ce qui intéresse Roman. Avec ce genre de personnage, il faut donc avoir beaucoup de pudeur et de retenue.

Les généraux font tout pour décourager Picquart. Menace, incarcération, etc. Mais il ne cède pas. Et découvre ainsi sa propre capacité de résistance.

Exact. C’est d’ailleurs l’un des thèmes de Polanski. Comme la survie, l’isolement, l’acharnement.

Picquart est pris en étau entre son amour pour l’armée et son désir de vérité. Cette affaire le révèle et le change. Faut dire qu’il a aussi un pedigree : il est le plus jeune colonel de l’armée française. 

Dommage qu’il soit mort si jeune, le 19 janvier 1914, à 60 ans, d’une chute de cheval.

Face à Grégory Gadebois, qui joue cet enragé de colonel Henry, vous livrez un combat à l’épée qui a dû vous demander pas mal d’entrainement ?

Oui, trois à quatre mois environ. Car l’exigence de Polanski se manifeste partout. Il compose ses scènes comme des tableaux. Exemple : rester en plan large pour cette scène d’escrime, afin de ne pas sur-dynamiser la séquence. Car il est le premier spectateur de son film.

J’aime la scène finale où, ministre de la guerre, Picquart reçoit Dreyfus réhabilité qui lui dit : « Vous êtes là, car vous avez fait votre devoir ». Picquart n’a t-il pas fait plus que son devoir ?

Ça dépend l’importance qu’on accorde au devoir. Si on le considère comme une valeur non négociable, alors il n’a fait que son devoir. Si on le perçoit comme une valeur exceptionnelle,   il a fait davantage. En fait, je ne pense pas. Picquart, qui était modérément antisémite, n’a pas défendu Dreyfus parce qu’il était juif. Mais tout simplement parce qu’il était innocent. Voilà.


Fiona Franchi

Sortie du film : 13 novembre

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