novembre 12, 2019

Critique. « Le Traître » de Bellocchio : une guerre italienne 

Pierfrancesco Favino / Copyright Ad Vitam Pierfrancesco Favino / Copyright Ad Vitam

Résumé du film : Années 1980 en Sicile. La mafia sicilienne règle ses comptes. Pour y échapper, Tommaso Buscetta, membre de Cosa nostra, part se cacher au Brésil avec sa troisième femme et leurs jeunes enfants. La bande rivale de Toto Riina en profite pour assassiner ses deux fils ainés. Assoiffé de vengeance, Buschetta rentre en Italie. Objectif : rencontrer le juge Falcone.             

C'est presque un film de guerre. Avec ses embuscades, ses attentats, ses trahisons, sa violence tous azimuts. Et même ses fêtes où s’ourdissent les futurs complots. Comme celle qui ouvre le film sur un air de tarentelle et de feux d’artifice. Car à Palerme, le 14 juillet, la fête de Sainte Rosalie, c’est sacré. On s’y montre dans ses atours, histoire d’afficher ses revenus dans la toilette scintillante des femmes. Sur ce plan-là, Tommaso Buscetta se démarque. Veste blanche et pantalon noir du meilleur faiseur pour lui, robe moulante à paillettes turquoise pour sa troisième femme.

Falcone, le Palermitain

Mais Benedetto, l’un de ses fils ainés, est moins flambant avec sa démarche hésitante de drogué. Cette drogue qu’il combat, a renforcé le pouvoir et la richesse de son rival corléonais Toto Riina, dit « La bête ». Buscetta part donc se planquer au Brésil dont il sera extradé par la police locale. D’où retour à la case départ avec pour objectif de dévoiler au juge Falcone toute l’organisation de Cosa nostra.

Falcone, le Palermitain (joué avec sobriété par Fausto Alesi) contre Buscetta (Pierfrancesco Favino), c’est le premier pic du film. Entretien feutré où le premier partage cigarettes et café avec le second. Se contente d’aveux partiels lui permettant néanmoins d’arrêter près de 400 mafieux. Et scelle les aveux du « repenti » d’une poignée de main inattendue et d’un commentaire qui fait froid dans le dos quand on sait le destin du juge : « La mafia c’est un phénomène humain. Elle aura donc une fin ». Hélas, hélas...Une fin pour ce juge courageux, le 22 mai 1992 à 53 ans dont l’explosion de la voiture, reconstituée pour ce film, fat sursauter toute la salle.

Le charme de Favino

Autre grand moment de ce film, où l’on ne peut que saluer les imbrications habiles de Bellocchio dans cette histoire complexe : le maxi procès réunissant les factions rivales. À la fois cirque agité des mafieux déchainés et exercice de maitrise de Buscetta comparaissant, lui, dans sa prison de verre. 

Pierfrancesco Favino, que nous connaissions peu en France et qui, ici, porte tout le film, s’y révèle d’une incroyable intensité. À la fois séducteur, autoritaire, roué et rongé d’angoisse, il impose une présence folle qui illumine le film. Un acteur qui vieillit durant ces 2 h 32 avec toujours le même charme brut. Et que l’on aimerait bien revoir en février prochain avec Bellocchio lors de l’attribution du César étranger. Perché no ?


Fiona Franchi  

Le Traitre afficheSortie du film: le mercredi 30 octobre

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