décembre 10, 2019

Ciné. « Ceux qui travaillent » : interview d’Antoine Russbach

Olivier Gourmet Olivier Gourmet

Résumé du film : Bienvenue chez les cadres supérieurs. Ceux qui s’investissent pour une hiérarchie prête à les abandonner quand ils commettent une erreur. C’est le cas de Franck (Olivier Gourmet), qui, bien que cadre sup dans une compagnie de fret maritime, va le payer très cher.


Lausannois sympathique, Antoine Russbach signe là un premier film présenté avec succès au public Ciné Cool du Caméo. Prévu au départ comme une vaste trilogie, il en a finalement isolé le premier volet. Sans avoir toutefois renoncé aux deux autres. Pourquoi ? Il s’explique.

Donc au départ, votre objectif c’était un grand film choral ?

Antoine Russbach : J’avais même commencé à l’écrire à la fin de mes études de cinéma. « Ceux qui travaillent », « Ceux qui combattent » et « Ceux qui prient » étant une référence aux trois ordres du Moyen Age. A savoir : les paysans, la noblesse et le clergé. Mais c’était trop compliqué à produire et j’ai dû abandonner. J’ai donc extrait le premier volet de ce projet là.

Est-ce que l’histoire de Franck, que vous racontez, est arrivée à l’un de vos proches ?

Non, mais l’un des hommes que j’ai interviewé s’est retrouvé dans cette situation. Sans toutefois commettre le même acte que Franck.

Informé de la présence d’un clandestin malade à bord d’un container à l’autre bout du monde, Franck réagit en effet avec violence.

Ceux qui travaillent là dedans ont l’impression que leur travail est virtuel. Alors qu’au bout de cette chaine logistique, il y a des gens, des bateaux, des marchandises. Donc des notions très concrètes.

D’où le sens du film : essayer de faire un portrait complexe de la responsabilité des uns et des autres.

Enfermé en lui-même, Franck ne prend même pas l’avis d’un supérieur avant d’agir. Erreur fatale.

Exactement. Le film parle de la façon dont les valeurs du travail se sont immiscées dans l’esprit de Franck. C’est un homme qui a fait une sorte de contrat avec le diable. En intégrant lesdites valeurs  en échange d’un certain mode de vie. Résultat : la violence qui lui est demandée a colonisé son esprit et sa famille. Il a l’impression de faire partie de la classe dominante. C’est une illusion.

Quand Franck annonce son licenciement à sa femme, elle dit, soulagée : « Ah je croyais que c’était pire, que tu avais rencontré quelqu’un ! » Mais pour lui, il n’y a rien de pire.

Ils viennent tous deux du même milieu modeste, mais ont évolué différemment. Lui, a gravi très vite les échelons. Elle, s’est adaptée à un autre niveau social, a plus de recul sur les choses importantes, mais c’est aussi son point aveugle. Elle l’accuse en oubliant en avoir aussi profité.

L’idée du suicide plane aussi dans le film. Franck y pense.

Comme la plupart de ceux que j’ai rencontrés. Et ça racontait tout car ils avaient l’impression que sans leur travail ils n’étaient rien. Ce qui, pour moi, est le symptôme d’une société qui va mal. Il n’est pas normal que nous ne soyons «que» notre travail. 

Allez-vous poursuivre cette trilogie ?

Oui, je suis en train d’écrire « Ceux qui combattent ». Thème : le désir de justice. Avec un drame très fort au premier plan. Et je conclurai avec « Ceux qui prient ». Univers : la recherche en physique. Avec le décès d’une scientifique et le rapport au spirituel que peuvent avoir ces gens-là.


Fiona Franchi

Sortie du film : 25 septembre

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