septembre 20, 2019

CINÉMA. Interview : Bruno Dumont bluffé par « Jeanne »*, la Lorraine

Lise Leplat Prudhomme

Résumé du film : Après « Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc » en 2017, Bruno Dumont récidive. Avec « Jeanne » incarnée par la même comédienne Lise Leplat Prudhomme, 10 ans. Nous sommes en 1429, en pleine guerre de Cent Ans. Après avoir délivré Orléans et rétabli Charles VII sur le trône, elle perd la bataille de Paris. D'où arrestation, procès à Rouen et condamnation au bûcher. 


C'est en... Alsace que Bruno Dumont a présenté « Jeanne » dans le cadre Ciné Cool (et strasbourgeois) du cinéma Star. Une héroïne qui, visiblement, le fascine. Par sa courte vie (elle meurt à 19 ans) mais aussi sa trajectoire lumineuse qu'anoblit ici le texte — difficile de Charles Péguy. Même si le début du film se révèle laborieux, le procès, dans la sublime cathédrale d’Amiens, puis la détention dans les blockhaus des plages normandes et enfin la musique de Christophe, donnent au film son envolée.

Dans l’histoire de France, Jeanne d’Arc est-ce un modèle du dépassement de soi ou une héroïne incomprise ?

Bruno Dumont : C’est d’abord un personnage historique. Mais, son emprise sur le temps prouve qu’elle est enracinée dans le cœur de chacun, car c’est l’histoire édifiante d’une petite fille qui devient quelqu’un d’assez extraordinaire. Elle représente aussi cette part mystérieuse de la puissance de la nature humaine. Sans compter sa connexion avec le ciel, la terre, le roi. Elle brasse très large, Jeanne.

Et elle transgresse tout le temps.

Parce qu’elle agit et n’a pas peur ni du pouvoir ni de dire non. Elle est très moderne. Et elle nous laisse cette force, cette lumière. On a besoin d’avoir des héros.

A la fin du film, vous montrez ses chevilles martyrisées. A-t-elle été torturée ?

Non, mais on l’en a menacée. On a beaucoup d’informations sur son procès et on sait qu’on lui a fait peur. En même temps, avoir des chaines aux pieds, c’est déjà une torture.

Quelle filiation lui verriez-vous au 21e siècle ? J’ai pensé à Simone Veil.

Oui, car Jeanne est dans le cœur de tous ceux qui, à un moment donné, se lèvent pour dire non.

Où qu’ils soient d’ailleurs.

Le texte de Péguy vous a-t-il posé problème ? Niveau acteurs notamment ?

C’est un texte très difficile qui parle de choses compliquées. C’est pourquoi la petite Lise a eu  une répétitrice, car il ne faut pas avoir peur de la difficulté. Mais elle est à un âge où on apprend très bien par coeur. Résultat : les autres acteurs qui jouent les juges ont été très impressionnés par sa prestation et son répondant. Car Jeanne d’Arc, c’est ça : la fougue, la détermination et la mort.  Car c’est une histoire tragique.

À propos du bucher, un guide rouennais, qui a fait des recherches dans les archives municipales, explique aux visiteurs qu’on n’a pas disposé un simple fagot à ses pieds : on lui a mis de la paille  jusqu’au cou et tout autour d’elle...Vous le saviez ?   

Non. Mais c’est terrifiant. Jeanne a eu un sort absolument terrible.

La bande-son de Christophe est à la fois une surprise et un baume.

Il fallait en effet que ce soit émouvant. Or Christophe a été très touché par la poésie du texte de Péguy.

Il joue également ici un petit rôle pour la première fois, car il est très timide. Il n’ose pas.

Le cycle « Jeanne » terminé, avec quel sujet enchainerez-vous ?

Je prépare un film contemporain avec Léa Seydoux et Blanche Gardin. Sujet : l’univers des médias.

Héroïne : une journaliste.vedette d’une chaine de télévision.

Genre Léa Salamé ?

— Voilà. Ce genre-là.     


Fiona Franchi

Sortie du film : 11 septembre

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