septembre 20, 2019

Cinéma : Rencontre avec l’équipe du film « Le Daim » de Quentin Dupieux

Jean Dujardin, Adèle Haenel

Résumé du film : La dérive meurtrière de Georges, un quadragénaire qui quitte tout, s’exile dans le sud-ouest, s’invente une vie de cinéaste et vide son compte pour s’offrir un blouson en daim de 7000 euros.


Après le gilet jaune, le blouson en daim. L’actualité, ces temps-ci est très vestimentaire. Et même foldingue dans ce nouveau film de Quentin Dupieux. Un réalisateur original qui, dans « Au poste », son film précédent, flirtait déjà avec la folie ordinaire. Ici, il récidive et c’est...stupéfiant.

Vous déjouez ici tous les codes du polar. Le personnage principal accumule les meurtres, mais ça n’inquiète personne et on n’enquête pas sur lui. Pourquoi ?

Quentin Dupieux : On n’enquête pas sur lui parce que ma caméra ne s’y intéresse pas. Mais il existe peut-être ce policier. Car si on aborde ce film de manière aussi réaliste, très vite sa course s’arrête. Or, ce n’est pas un policier qui l’arrête, c’est un chasseur. J’ajoute que ce n’est pas si improbable que ça de voir un mec évoluer de cette façon dans une région aussi déserte sans l’intervention de la police.

Ce film, est-ce une descente aux enfers ou est-ce que dès le début, il y est, en enfer ?

Jean Dujardin : Si vous voulez savoir s’il dépasse la ligne de crête dès le début, la réponse est oui. Car plonger sa veste en velours dans la cuvette des toilettes d’une station-service prouve qu’il est déjà bien passé de l’autre côté.

En plus, il dialogue avec son blouson. Ce qui donne une idée de sa solitude...

Jean : Il dialogue avec lui-même. Mais, c’est vrai, ce type c’est une solitude. On pourrait aussi appeler ça une fin de vie, un bout de course, une parenthèse. Ce qui m’intéressait justement c’est qu’ici Quentin s’attarde sur l’égarement d’un homme. Et moi, ça m’intrigue, ça me fait rire, j’ai des émotions.

Vous avez dit : « J’étais content d’avoir le rôle ». Vous en aviez douté ?

Jean : Non. J’étais content qu’on me le propose. Car je n’attends rien. Je laisse simplement de la place vide pour que l’on me propose ce genre de chose. Car là, j’ai vraiment l’impression de faire mon métier.

Vous terminez le film tout en daim : blouson, chapeau, gants et pantalons. Ça donne une aisance supplémentaire ?

Non. Vous savez, j’ ai eu pas mal de déguisements. Mais je ne me trouve jamais ridicule. On pourrait me déguiser en carotte que j’y trouverais toujours une explication. C’est dans l’ADN de mon métier.

Trouvez-vous à Georges un cousinage avec « Brice de Nice » ?

Oui dans le côté toupie. Ce sont des mecs qui tournent sur eux même alors on essaie de rentrer dans leur case, mais c’est très compliqué. Georges, c’est un mec seul et dans la vie, la solitude me touche. Récemment, j’ai essayé de parler avec un jeune de 28 ans assis dans la rue. Impossible. Il était totalement désocialisé, emmuré en lui-même. Terrible !

Intéressant le personnage de barmaid joué par Adèle Haenel. Car elle devine tout de Georges.

Jean : En fait ce sont surtout deux solitudes qui se rencontrent. Elle devine, comme le spectateur. Car en réalité, elle se fait carotter, car c’est moi qui la pille.   

Quentin Dupieux, dans quelle scène Jean Dujardin vous a-t-il le plus épaté ?

Quentin : C’était assez fréquent sur ce tournage. Car chaque petite scène était une sorte de challenge. Il fallait en effet que chaque moment soit brillant et au bon endroit. Alors je dirais que c’est la scène où Georges dialogue avec son blouson posé sur une chaise. Y a rien, pas d’artifice et on y croit. J’étais impressionné.     


Fiona FRANCHI                  

Sortie du film : 19 juin

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