juin 19, 2019

Ciné : Interview d'Ivan Calbérac, réalisateur de "Venise n'est pas en Italie"

Valérie Bonneton, Hélie Thonnat Valérie Bonneton, Hélie Thonnat

Résumé du film : Fils d’une famille fantasque (son père les oblige à vivre dans une caravane, sa mère le teint en blond), Émile rêve d’aller à Venise assister au concert de son amoureuse, jolie fille d’une famille aisée. « OK, dit le père, mais nous irons tous ensemble...en caravane ». La honte.


Comme Alexis Michalik pour « Edmond », Ivan Calbérac a d’abord écrit un livre, puis une pièce avant d’adapter cette histoire au cinéma. Celle de la drôlissime famille Chamodot qui n’est pas sans ressemblances avec la sienne. Son propre personnage étant incarné par l’excellent Hélie Thonnat qui fait ici des débuts remarqués.

Donc cette famille Chamodot n’est pas totalement inventée ?

Ivan Calbérac : Il y a en effet une petite partie autobiographique même si ce voyage n’a jamais existé. Mais je me suis servi de plusieurs personnages, dont ma famille. L’important étant surtout que ces gens nous touchent.

Pataud, tendre, ébloui, timide, révolté, ce jeune Émile, c’est vous ?

Oui, il ressemble effectivement à l’adolescent que j’ai pu être. Ça c’est sûr.

Ce qui est également certain c’est que la chanson interprétée par la famille en voiture risque de devenir « le » tube de l’été. Qui chante ça ?

C’est un groupe belge d’origine zaïroise, les Black Blood. Et cette chanson des années 80 s’appelle « AIEAWANA ». Je connaissais des gens qui chantaient ça quand j’étais petit. Les Chamodot hurlent  une chanson africaine alors qu’ils vont en Italie, ce qui marque leur côté complètement incohérent.

Assembler Valérie Bonneton et Benoit Poelvoorde, c’est travailler avec des Rolls non ?

Ah oui, ce sont des acteurs faciles à travailler. J’ai rencontré Benoit Poelvoorde à Bruxelles il y a un an. Il avait lu le livre et le scénario, les avait aimés et m’a dit : « J’ai très envie de jouer Bernard Chamodot. Il est fantasque, fanfaron, parfois un peu minable, bref il m’amuse beaucoup. Mais qui fera ma femme ? » J’ai dit : « Je pense à Valérie Bonneton ». Comme lui rêvait de jouer avec elle, il l’a appelée devant moi. Je lui ai envoyé le scénario. Deux jours plus tard elle disait  oui.

Ils sont comme leurs personnages : ils y vont à fond.

Exactement. Ils sont vivants, joyeux, sans limite. Ils ne mettent jamais leurs personnages à distance. Ils s’abandonnent complètement et sont surtout constamment justes.

Votre film illustre bien le choc des conditions sociales. Les nantis comme la famille de l’amoureuse et ceux qui rament comme les Chamodot.

Eh oui. Avec le mouvement des gilets jaunes, c’est ce qu’on vit actuellement. Et c’est ce que je ressentais car venant d’un milieu modeste, j’aspirais à un milieu plus élevé. Étant ado, j’avais donc souvent honte de qui j’étais et d’où je venais. C’est pourquoi la scène du gâteau, préparé par sa mère mais qu’il enfouit dans les feuilles, est très importante. Car, selon lui, avec ce gâteau il ne peut pas être acceptable par ces gens là. Ce qui va, en partie, se vérifier avec l’attitude du père de la jeune fille.

En teignant les cheveux de son fils, c’est comme si la mère ne l’acceptait pas tel qu’il est.

Cette scène c’est la métaphore de beaucoup d’éducations. Certains parents ont en effet beaucoup de mal à accepter leurs enfants tels qu’ils sont. On attend d’eux plein de choses au lieu de faire simplement confiance à leur potentiel. Or, souvent ce potentiel est important. Donc, arrêtons de formater les enfants et faisons simplement confiance à l’être qu’on a en face de soi.    


 Fiona Franchi

Sortie du film : 29 mai

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