juillet 21, 2019

Ciné : Interview d'Audrey Diwan, réalisatrice du film "Mais vous êtes fous"

Pio Marmaï, Céline Sallette
 

Résumé du film : Dans le sang d’une fillette soudain prise de convulsions, le médecin hospitalier découvre des traces de cocaïne. On convoque les parents. Le père, dentiste, passe aux aveux : il se drogue en secret depuis des années. Révoltée et séparée de ses enfants, l’épouse oscille entre rancœur et pardon.


Pour son premier film de réalisatrice, Audrey Diwan frappe fort. En orchestrant ce fait divers aux allures de thriller conjugal. Et en posant d’emblée « la » question essentielle : comment rétablir la confiance dans un couple ébranlé par une telle trahison paternelle ? Un film haletant où Céline Sallette, qui brille d’une intensité rare, trouve en Pio Marmaï un partenaire pudique et juste.

Il y a trois composants dans ce thriller conjugal : le couple plus la drogue.

Audrey Diwan : Je suis ravie que vous le lisiez comme un thriller conjugal, car c’était vraiment mon désir. Quant à la drogue, elle agit ici un peu comme une maitresse.

Ce qu’on apprend surprend : un drogué peut donc contaminer son entourage par la peau ?

Quand j’ai appris cette histoire, on savait seulement que tout le monde avait été contaminé. Et que lui clamait le geste involontaire. Ensuite, on a compris comment s’était effectuée la transmission. Quand il y a une quantité de drogue importante, une partie ressort non métabolisée, c’est à dire pure et se transmet par la transpiration palmaire et frontale. Ce qui est prouvé scientifiquement. 

En fait, il y a une double dépendance dans le film : à la drogue pour lui, à l’affection pour elle. 

Ce film n’est pas un décalque de l’histoire du couple dont je me suis inspiré. J’ai beaucoup fictionnalisé. Et compris l’accord tacite qui se noue entre le dépendant et celui ou celle qui est dans le déni. Car si la vérité explose c’est l’amour qui est en péril. Et c’est ce qui se passe quand son addiction est révélée. Car elle est en manque de cet homme, un manque quasi charnel. Or sa peau est justement facteur de contagion. 

Vous montrez peu de scènes de son sevrage. Pourquoi ?

En fait j’ai hésité. Pour, finalement, me rendre compte que le sevrage est un sujet en soi qui a suscité de très beaux films. Comme « Oslo, 31 août » du norvégien Joachim Trier que j’adore. Mais, si je l’avais traité, on aurait perdu la colonne vertébrale du film : l’histoire d’amour. Par effet rebond, le fait de ne pas le voir se sevrer fait qu’on doit le croire sur parole. Et elle aussi. Résultat : ça renforce son courage à lui et son doute à elle. Est-ce qu’il va tenir ? Ce qui rajoute de la tension.

Le motif de son addiction est surprenant. Ce dentiste prospère ne se sent pas à la hauteur…

En fait il n’y a jamais une raison pour laquelle les gens se droguent ou boivent de l’alcool. La fêlure se conjugue tout au long d’une vie et à un moment on se sent fragile. Ce qu’il explique rejoint d’ailleurs tous les points de cette fragilité. Pas seulement un fait dans sa vie.

Exceptionnelle, comme d’habitude, Céline Sallette a-t-elle une méthode pour faire surgir l’émotion ?

Elle est adepte de la méthode Stanislawski. Et dit toujours que réussir à provoquer l’émotion c’est un miracle. Je ne sais pas très bien où elle va la chercher, mais ce qui est certain c’est qu’il y a chez elle une dimension très physique. Elle court, se dépense. Tout ça suivi d’un abandon fou. Et j’ai l’impression que le miracle, à chaque fois, se produit. 

 


Recueilli par Fiona Franchi 

Sortie du film :24 avril

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