avril 20, 2019

Ciné : Interview de Michel Leclerc, réalisateur du film "La lutte des classes"

Edouard Baer, Tom Levy, Leïla Bekhti - Copyright Kare productions 

Résumé du film : Attention, il s'agit ici de classes scolaires. La primaire laïque du quartier qu’intègre Corentin, 9 ans, quand ses parents (elle avocate, lui bassiste) s’installent dans un pavillon de Bagnolet. Mais quand l’enfant veut suivre ses copains qui migrent dans le privé, le problème se pose. Que faire ?


Maitre de la comédie sociale, Michel Leclerc récidive ici avec bonheur. En s’interrogeant sur la mixité scolaire en banlieue et le dilemme d’un couple bobo écartelé entre ses convictions de gauche et son angoisse parentale devant le mal-être de son gamin. Tout ça orchestré par deux couples formidables : Edouard Baer, Leïla Bekhti, les parents et Ramzy Bedia, Baya Kasmi, les enseignants.

Avec votre compagne, Baya Kasmi, qui joue ici l’institutrice, avez-vous été confronté à ce problème ?

Michel Leclerc : Oui. Nous avons vécu dix ans à Bagnolet et nos enfants étaient d’ailleurs dans l’école où nous avons tourné. Or, à un moment, l’un d’eux, harcelé, a eu des problèmes. On a pris peur d’où rencontres avec la direction, puis décision de le changer d’école. Nous avons donc triché sur notre adresse et l’avons inscrit dans une autre école publique de l’autre côté du périf.

Qu’en déduisez-vous ?

Que l’école devient de moins en moins le lieu de rencontre de classes sociales différentes. Car la question que pose le film est la suivante : à quel moment la peur que ses enfants se sentent mal devient plus importante que l’envie d’être fidèle à ses idéaux.

Conséquence : l’évitement scolaire.

Ce phénomène s’aggrave en effet dans toutes les villes. Car nombre de parents n’acceptant plus que leurs enfants aillent dans l’école du quartier, soit trichent comme nous sur leur adresse, soit mettent leur enfant dans une école privée. Or, l’école privée peut choisir ses élèves. Pas l’école publique. Ce qui est un déséquilibre important, car le privé choisit bien sûr de bons élèves ou ceux qui ne vont pas poser de problème.  

8 ou 9 ans est-ce un âge charnière pour ressentir cette différence ?

Oui, car à partir de 9 ans, la société rentre dans la cour de l’école. Et les enfants, niveau CM1, CM2, prennent conscience de qui ils sont. Et du groupe auquel ils appartiennent. Conséquence : ça devient un sujet de discussion entre eux. Donc compliqué.

Dans le film, le problème du couple Baer-Bekti n’est-il pas de se laisser trop influencer par ses convictions profondes ?

Paul, c’est l’anarchiste sans Dieu ni maitre qui, avec cette histoire d’école, se retrouve dans le camp des bourgeois. C’est insupportable. Sofia, d’origine maghrébine modeste, s’est embourgeoisée et a changé de classe sociale. Et comme chacun veut rester fidèle à lui même, ils arrivent à ne plus s’accepter l’un l’autre.

Baya Kasmi nous offre un personnage d’instit savoureux. Aucune autorité sur sa classe qui part en pagaille tout le temps, mais on sent que les enfants l’adorent.

C’est ça. Elle s’emberlificote dans d’impossibles périphrases, car on a tous un peu peur des mots. Et puis on la force à faire un exercice anti attentat en demandant aux enfants d’avoir peur d’un terroriste supposé, ce qui est tout de même un truc dingue. 

Au final, l’idée de cette femme voilée qui grimpe sur le mur pour secourir le directeur, est-ce un clin d’œil au jeune africain qui a sauvé un jeune enfant en danger ?  

Non, car j’ai tourné cette scène avant ce fait divers. Et il me semblait intéressant de montrer que cette femme n’est pas qu’un voile. Elle a fait de la varappe et peut grimper au mur. C’est aussi speederwoman.

 


Recueilli par Fiona Franchi

Sortie du film : 3 avril

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