avril 25, 2019

Interview de Benoît Jacquot, réalisateur du film « Dernier Amour » 

Vincent Lindon, Stacy Martin - Copyright Diaphana Distribution

 

Résumé du film : Exilé à Londres, Casanova tombe fou amoureux d'une jeune courtisane, Marianne de Charpillon.  Ô surprise : la dame se refuse à lui. Le premier « râteau » du prince des libertins.


Après « Les adieux à la reine » en 2012, Benoit Jacquot renoue avec le XVIIIe. En faisant passer le Channel à Vincent Lindon, interprète de ce Giacomo Casanova alors exilé pour dette. Un épisode amoureusement peu glorieux pour le séducteur dédaigné par une jeunette rebelle et peu disposée à céder à celui « qui les veut toutes ». Une leçon et un échec pour Casanova qui évolue parmi perruques poudrées et lumière étrangement crépusculaire. Pourquoi ? Réponses.

D’où vient votre goût pour Casanova ?

Benoit Jacquot : De ma lecture de ses « Mémoires » que j’ai faite à 18 ou 19 ans. A l’époque je m’étais dit que je devrais bien faire un film un jour avec l’un des épisodes. Pas forcément celui-là d’ailleurs.

Tout le film baigne dans une certaine pénombre, notamment les scènes de salons. Motif ?

Avec Christophe Beaucarne, mon chef opérateur, nous avons cherché à créer un monde lumineux qui soit celui d’avant l’électricité. Au XVIIIe en effet, traverser une rue la nuit était une aventure mortelle. Et la lumière d’une pièce, sauf salle de réception fastueuse évidemment, était peu propice à l’éclairage d’ensemble. Ce qui crée automatiquement une dramaturgie d’existence. J’avais déjà approché ça, mais jamais de cette façon. Parce que je n’avais jamais eu autant confiance en mon opérateur. Pour moi, c’est comme un acteur.

Marianne de Charpillon, que joue Stacy Martin, est-elle manipulatrice ?

On pourrait le penser, mais je ne le crois pas. Elle est certes gouvernée par sa mère, mais elle cherche à s’en émanciper car elle aime cet homme. Comme elle ne veut pas être uniquement assimilée par lui à ce qu’elle est, une prostituée, elle joue pour l’amener à ce sentiment. Mais ce n’est pas de l’ordre du calcul.

Avez-vous d’emblée choisi Vincent Lindon pour ce rôle ?

Ce n’est pas moi qui l’ai choisi, c’est lui qui a choisi ce rôle. A charge pour moi de l’amener à ça et pour lui de nous convaincre. De ce jeu, de ce film, de ce rôle. Car avec lui, ça fait vivre quelque chose. Il y a un enjeu, un risque. La seule inquiétude que j’avais d’ailleurs sur ce film, c’était qu’il n’y arrive pas. Car il fallait trouver un juste équilibre entre lui, son tempérament et l’hypothèse de ce personnage. Vincent est un excellent acteur que je connais très bien, mais il grossit tellement ses inquiétudes et ses angoisses que tout devient parfois problématique. Et bien qu’étant doté d’un certain sang froid, j’en étais affecté.

Le port de la perruque n’était pas systématique ?

Selon l’usage de l’époque, parfois on n’en portait pas. Elle était mobile. Les jeunes gens encore dotés d’une abondante chevelure se coiffaient à la façon des perruques. Mais l’ordinaire des nobles était de se coiffer d’une perruque préparée et poudrée. Avec Vincent qui ne voulait pas en porter, on a donc fait un scénario perruque où il la coiffe, l’enlève ou la remet.

Des cent et quelques conquêtes de Casanova, la Charpillon est donc son seul amour malheureux ?

Oui et c’est pourquoi il en parle. Car ce dont on se souvient, c’est ce qui heurte, ce qui fait mal et surtout ce qui vous a résisté. Même si le temps atténue l’échec.

Vous nous offrez dans ce film une scène de bal somptueuse avec Vincent Lindon et Valéria Gollino.

C’est très beau en effet. À la fois par les costumes, la grâce des danseurs et la musique. Nous avons tourné cette scène en France, mais le pont sur la Tamise et la scène du labyrinthe évidemment à Londres. J’ai pris du plaisir à tourner ça et s’il marche, j’aimerais beaucoup filmer un autre épisode des Mémoires de Casanova. Car ce personnage est fascinant et, pour moi, l’un des plus grands écrivains français.

 


Recueilli par Fiona Franchi

Sortie du film : 20 mars

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