avril 19, 2019

CINÉMA. Rencontre avec l'équipe du film "Une intime conviction"

Olivier Gourmet, Laurent Lucas / Copyright Séverine Brigeot Olivier Gourmet, Laurent Lucas / Copyright Séverine Brigeot

Résumé du film : Retour sur une affaire judiciaire qui passionna l'opinion : le second procès de Jacques Viguier accusé du meurtre de son épouse Suzanne disparue le 27 février 2000.


Olivier Gourmet cumule les beaux rôles. Après la cape de Cyrano dans « Edmont » d'Alexis Michalik, le voici en avocat, incarnant Me Dupond-Moretti, «l' acquitator » du procès en appel de Jacques Viguier. Ce professeur de droit toulousain dont Laurent Lucas endosse parfaitement l'hermétisme déroutant. Une sorte de thriller judiciaire où Marina Foïs, acharnée à noter les « écoutes » policières des protagonistes, représente, elle, l’obsession de cette affaire nourrie par Antoine Raimbault, jeune réalisateur et ami de la famille Viguier.

La famille Viguier a vécu un double traumatisme avec ces procès. Est-ce que votre film ne risque pas de lui en provoquer un troisième ?

Antoine Raimbault : Évidemment, il y a toujours un risque. Mais je connais bien la famille Viguier avec qui j’ai établi un rapport de confiance lors du premier procès. Et je leur ai bien expliqué que je ne toucherais à rien de l’affaire elle-même. Mais que j’inventais un personnage de fiction (celui de Marina) avec son parcours et sa quête de vérité, tout en gardant une distance de sécurité avec l’affaire. Ils ont compris ma démarche qui est de poser des questions sur ce qu’est la justice, cette grande machine à juger.

Pour l’incarner, comment avez-vous approché Éric Dupond-Moretti ?

Olivier Gourmet : Ayant suivi l’affaire d’Outreau, j’avais vu ses interviews. Il m’apparaissait comme quelqu’un d’intègre, puissant, déterminé dans son action et sa foi dans la justice. J’avais donc à la fois un respect pour cet homme, mais aussi une appréhension de le trahir. Antoine m’a donc aidé à l’approcher lors d’un procès à 50 kms de Paris. Je faisais la route avec lui le matin, nous déjeunions ensemble et je repartais avec lui le soir. Une certaine cordialité entre nous s’est tissée. Approcher un homme que vous devez représenter, ça peut vous handicaper, car vous perdez une part de votre objectivité. Mais, heureusement, Antoine était là pour recadrer les choses au tournage.

Dans sa plaidoirie finale, Me Dupond-Moretti évacue le problème du matelas jeté par Viguier en disant : « C’est un geste affectif ». Alors, parodiant Cyrano que vous avez beaucoup fréquenté, j’oserais dire : « C’est un peu court jeune homme » ...

Olivier : Je suis d’accord : dans le film, c’est un peu court. Mais toute la plaidoirie n’est pas là. Et le procès a consacré pas mal de temps à ce fameux matelas.

Antoine : Nous n’en avons retenu que deux phrases, car on ne peut pas tout rappeler. Moi je raconte un personnage de fiction qui va s’embraser dans une quête de vérité pour devenir ce qu’elle pensait combattre et ça a pris beaucoup de place. Et puis l’avocat, bien sûr, qui ne s’intéresse qu’au doute parce que c’est le principe cardinal.

Au procès, combien de temps a duré la plaidoirie de Dupond-Moretti ?

Olivier : 1 h 15. Et nous en avons gardé 12 minutes, mot pour mot. Il n’écrit jamais ses plaidoiries. Il avance simplement avec les balises qu’il a ou plutôt les thèmes qui lui semblent importants. Un bon avocat, c’est comme un comédien : il doit sentir la salle tout en gardant un œil sur les jurés. Et percevoir aussi l’émotion de la salle. Il a cette intelligence et surtout cette intuition-là.

Quels sont vos films judiciaires préférés ?

Antoine : ‘La vérité’ de Clouzot, j’adorais ça étant jeune. Et l’affaire Pauline Debuisson, grand drame de prétoire français. Ensuite, les films de Sydney Lumet, le spécialiste de la justice. Comme « Douze hommes en colère » et mon préféré, « Le verdict » avec Paul Newman.

Olivier : Étant un lecteur de polars, j’apprécie évidemment les films et les séries judiciaires comme « Faites entrer l’accusé » ou « Perdu de vue ». Au théâtre, j’aurais aimé jouer « Douze hommes en colère ». Car ce qui m’intéresse c’est  regarder le fonctionnement de l’être humain dans ces situations-là.         


Recueilli par Fiona Franchi

Sortie du film : 6 février

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