août 18, 2019

Rencontre avec l’équipe du film « Les Chatouilles » 

Karin Viard, Andréa Bescond, Clovis Cornillac / Copyright Stéphanie Branchu - Les Films du Kiosque

Résumé du film : À 8 ans, Odette, apprentie-ballerine, devient la victime des attouchements de Gilbert, l’ami de la famille. Un calvaire qui durera des années.


C’est son propre drame intime qu’Andréa Bescond adapte ici de sa pièce de théâtre du même titre qui lui valut en 2015 le Molière « seule en scène ». Co-réalisé avec Eric Métayer, qui est aussi son mari et le père de leurs deux enfants, ce film s’articule en deux époques. Celle d’Odette enfant pétrifiée devant son violeur que joue ici l’impeccable Pierre Deladonchamps. Et celle d’Odette adulte, incapable d’arracher la moindre compassion à sa mère (Karin Viard) confinée dans le déni.

Si cette pièce et ce film vous ont permis d’exorciser l’horreur, êtes-vous désormais un peu en paix ?

Andréa Bescond : Je ressens effectivement un certain apaisement. Mais cette histoire, ou plutôt cet enfer reste proche.

Incarner un tel personnage, c’est se mettre en danger ou faire simplement son boulot d’acteur ?

Pierre Deladonchamps : Se mettre en danger certainement pas. Car un acteur doit ne pas interpréter seulement des rôles qui le mettent en valeur. Quand j’ai vu la pièce d’Andréa à Paris, j’ai été bouleversé et je ne me voyais donc pas lui dire non. J’ai eu certes quelques hésitations, mais quand Andréa et Éric m’ont expliqué les raisons de leur choix me concernant, j’ai été conforté, car ils ne voulaient pas d’un acteur comme archétype du pédo criminel.

Il est cependant doublement pervers, car il s’appuie sur la véritable amitié qui le lie aux parents d’Odette.

Eric Métayer : Exactement. Gilbert leur prête de l’argent, les aime bien et eux l’apprécient aussi, car sa tête de gendre idéal plaide en sa faveur. Ce qui correspond d’ailleurs aux statistiques : 75 % des viols d’enfants ont lieu dans le cercle familial ou amical. C’est carrément incestueux.

Comment explique-t-on ce rôle de victime à une petite fille comme Cyrille Mairesse, votre excellente jeune actrice ?

Eric Métayer : Nous avons sélectionné Cyrille par casting assez vite. Avant de venir voir la pièce d’Andréa avec elle, ses parents lui avaient parlé de la pédophilie. Après, ils nous ont dit : « C’est elle qui décidera si elle veut faire le film ou pas ». La petite nous a appelés le lendemain en disant : « Je veux faire le film pour défendre la cause de ces enfants ».

Andréa Bescond : Notre souci majeur étant de ne pas la traumatiser. Nous avons donc décortiqué les scènes en présence des parents. Et expliqué que nous allions tourner en champ contrechamp. Cyrille savait ce qu’étaient les chatouilles et était dans la compréhension de ce qu’on tournait. Mais elle n’entendait pas de propos trop engagés sexuellement. Nous l’avons beaucoup protégée.

chatouilles1Pierre Deladonchamps, Cyrille Mairesse
Dans le film, votre agresseur n’est condamné qu’à 7 ans de prison alors qu’il est multi récidiviste.

Andréa Bescond : C’est souvent le tarif. Huit ans, dix ans. Mais ils n’en font que quatre ou cinq. On enquête peu en France là dessus. C’est pourquoi j’ai prêté attention à un récent article qui disait que chez un violeur accomplissant normalement sa peine carcérale, il y avait moins de cas de récidive que chez celui qui s’en tirait avec du sursis. Surtout en cas d’inceste.     

Ça coûte cher de se réparer. Car les séances chez le psy ne sont pas données.

André Bescond : C’est pourquoi les dommages-intérêts que l’on peut obtenir quand il y a procès, servent à ça : financer une thérapie. Car on en garde d’importantes séquelles physiques et morales. On a le dos complètement bloqué, l’utérus noué. Alors, oui, se reconstruire est un long et douloureux chemin. 


Recueilli par Fiona Franchi

Sortie du film : 14 novembre

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