novembre 18, 2018

Rencontre avec le réalisateur du film « Première année »

Vincent Lacoste, William Lebghil - Copyright Denis Manin / 31 Juin Films Vincent Lacoste, William Lebghil - Copyright Denis Manin / 31 Juin Films

Résumé du film : Antoine entame sa première année de médecine pour la troisième fois. Benjamin, tout juste sorti du lycée, est néophyte. Mais il réalise vite que cette année ne sera pas une promenade de santé. 


Ce troisième opus de Thomas Lilti, médecin-réalisateur, n’est pas un film, c’est un combat. Contre le gavage de connaissances imposées aux étudiants pendant cette première année. Contre les révisions démentes qui viennent à bout de leur endurance. Et contre la famille qui ne sait comment les aider. Thomas Lilti, qui a lui-même vécu ça, a conté son expérience aux spectateurs de l’avant-première Ciné Cool à l’UGC Ludres et au Caméo.

 
Étiez-vous plutôt Antoine ou plutôt Benjamin lors de votre première année ?

Thomas Lilti : Mon père étant médecin, j’étais comme Benjamin, un peu paresseux et dilettante. Car au lycée, je ne rêvais que de faire du cinéma. Alors, ma famille m’a fait comprendre que cet objectif ne m’empêchait pas de faire des études. Je suis donc devenu médecin…avant de contourner le système.

Est-ce que ce système justement existe dans d’autres pays ?

Thomas Lilti : La compétition existe aussi ailleurs. Mais il est vrai qu’en France nous avons un système d’études secondaires post Bac particulièrement élitiste et compétitif. Système qui a l’effet pervers de reproduire toujours les mêmes schémas et les mêmes élites.

C’est à dire ceux qui ont appris à apprendre.

Thomas Lilti : Exactement. La preuve : en première année, on observe une grande mixité sociale et culturelle. Mais, en seconde année, un étudiant sur deux a au moins un de ses deux parents médecins. Résultat : au lieu de gommer l’inégalité de départ, le concours ne fait que le renforcer.

En procédant par élimination.

Thomas Lilti : En ne gardant en effet que 20% des étudiants à l’issue de la première année. D’où sentiment d’échec et de perte d’estime de soi chez les éliminés. Pour ceux qui réussissent ou qui ratent, ça signifie qu’on les a plongés d’emblée dans un univers de compétition et de rivalités. Alors qu’on aurait dû stimuler chez eux le goût des valeurs humaines, de l’empathie et de sens de l’écoute. Pour toutes ces raisons là, je pense qu’on a un problème dans la formation des futurs médecins.

Benjamin semble moins acharné qu’Antoine à devenir médecin. La preuve : son inattention en salle d’op face à son père. Et son désintérêt pour la dissection. Quelle est alors sa vraie motivation ? 

Thomas Lilti : Ce qu’il souhaite surtout : c’est attirer la reconnaissance de son père. Une motivation qui a été la mienne d’ailleurs. Or, le père de Benjamin n’a qu’une peur : que son fils échoue. Ce qui rejaillirait sur lui. Finalement, Benjamin ne se prend au jeu que par mimétisme en voyant Antoine acharné à réussir. Du coup, le désir de l’autre devient le sien.

Sans dévoiler la fin, vous parlez du geste d’amitié de Benjamin envers Antoine. Moi, j’y vois plutôt un côté sacrificiel.

Thomas Lilti : Je ne pense pas qu’il y ait sacrifice. Car Benjamin a compris une chose sur lui : il choisira de ne pas être médecin. Mais il a l’élégance, la bienveillance et l’imagination de se dire : ce système qui a mis à mal notre amitié et qui a tout abimé sur son passage, eh bien moi, je le contourne. Et je lui cède ma place.

Après cette trilogie, c’est une série que vous nous proposerez sur Canal Plus en novembre ?

Thomas Lilti : Oui, une série « Hippocrate », sur les problèmes que rencontre actuellement l’hôpital. Tout ça à travers la trajectoire de trois internes et d’un médecin légiste étranger. Je l’ai co-écrite mais réalisée seul. La saison un est prête. La deux en écriture. C’est mon petit bébé.                


Recueilli par Fiona Franchi

Sortie du film : 12 septembre

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