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Rencontre avec l’équipe du film « Les Gardiennes » de Xavier Beauvois

  • Écrit par Fiona FRANCHI
  • Publié dans CINEMA
Lesgardiennes
Iris BRY et Nathalie BAYE - crédit photo Pathé Distribution

Résumé du film : En 1915, tous les hommes étant au front, Hortense gère avec fermeté le domaine agricole. Pour la seconder, elle embauche Francine, orpheline rompue aux travaux des champs.


Après Swann Arlaud, époustouflant « Petit paysan », voici Iris Bry, la jolie vachère révélée par « Les Gardiennes » de Xavier Beauvois. C’est dire si la fête des César devrait être très agricole l’an prochain. 

 
Pas de happy end dans votre film, mais un chant, superbe, celui d’Iris Bry, « la » révélation...

Xavier Beauvois : J’ai eu l’idée de cette scène de chant pour rajouter un côté positif. C’est aussi un symbole des femmes. Car les hommes revenus, certains du moins, elles sont retournées en cuisine alors qu’elles avaient tenu le pays. Car « Les gardiennes », c’était aussi en ville. Quant au droit de vote, elles ont attendu 1945. Et aujourd’hui, on n’en est même pas à l’égalité salariale. C’est quand même une aberration.

En vous documentant, qu’avez-vous appris sur la guerre de 14 que vous ignoriez ?

X.B. : J’ai découvert que dans les tranchées, les hommes décrivaient l’horreur, mais en permission, jamais. Résultat : comme le courrier était gratuit et que certains couples s’écrivaient chaque jour, les Français ont embauché 400.000 personnes en plus pour traiter les lettres.

Iris, avant ce premier rôle, connaissiez-vous la filmographie de Xavier Beauvois ?

Iris Bry. : Je n’avais vu que « La rançon de la gloire » en 2013. Après, j’ai donc fait du rattrapage : « Des hommes et des dieux », « Le petit lieutenant » etc

Mais vous saviez chanter, car vous démontrez dans le film un joli timbre ?

I.B. : La conséquence de dix ans de chant lyrique. Avec Conservatoire et maitrise de Radio France. Xavier l’ignorait. Mais, au cours d’une session de tournage, je me suis mise à chanter dans une église. Xavier m’a entendue et dit : « Ah, il faut qu’on fasse quelque chose. J’ai d’ailleurs une idée pour la fin ». D’où le plan final.

Aucune timidité sur le tournage ?

I.B. : Un peu mais une fois qu’on est là, autant y aller à fond. Cependant, j’avoue qu’en me retrouvant face à Nathalie Baye, j’ai éprouvé un petit truc à l’estomac…

Définiriez-vous Francine, l’orpheline que vous jouez, comme un roseau qui ne rompt jamais ?

I.B. : Francine est une femme courageuse, partie de rien, dont la force-au début du moins-est de n’avoir personne à la guerre puisqu’elle n’a pas de famille. Elle subit l’injustice sociale, mais elle rebondit. Et fait face. C’est un personnage très moderne qui s’est construit au film du film. Avec apprentissage fermier à Meaux pour la conduite des bœufs notamment.

Nathalie Baye, que protège donc si durement votre personnage lors du renvoi de Francine ?

Nathalie Baye : La scène est effectivement d’une grande violence. Mon personnage est cruel mais habile. C’est la matriarche. Elle fait donc son devoir de « gardienne » en sauvant le patrimoine qu’elle estime menacé par une éventuelle union entre Clovis, son fils et Francine, l’orpheline sans dot. A sa décharge, il faut dire qu’étant veuve avec deux fils et un gendre dans les tranchées, son caractère s’est durci. Car elle est hantée par sa mission : restituer aux hommes un domaine qu’elle a su préserver. Elle n‘a donc pas le choix.                        

Fiona FRANCHI

Sortie du film, 6 décembre