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Cinéma : « Le Redoutable » interview de Michel Hazanavicius et Louis Garrel

  • Écrit par Fiona FRANCHI
  • Publié dans CINEMA
Cinéma. Michel Hazanavicius a le chic pour choisir la tête de pont de ses films. Après Jean Dujardin, inoubliable « The Artist », Louis Garrel s’impose en effet avec brio en Jean-Luc Godard, dans cet anti-portrait malin. L’adaptation réussie d’ « Un an après », autobiographie de l’ex-femme du maitre, Anne Wiazemsky.  

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Légende : Louis Garrel, Stacy Martin - Copyright StudioCanal
 
Pourquoi avoir qualifié le maitre de la Nouvelle Vague du nom d’un sous marin nucléaire ?

Michel Hazanavicius : Je trouvais ça marrant, car Téméraire, Redoutable, ce sont des noms de la marine de guerre napoléonienne. C’est aussi un titre belmondesque avec un côté héroïque que j’aime bien. Et Redoutable, c’est comme Terrible : des mots à double tranchant.

Godard, était un maitre de la couleur. Des qualités de coloriste que l’on retrouve dans votre film.

M.H. : J’ai beaucoup utilisé effectivement les bleu, jaune, rouge, couleurs primaires. En écho au travail effectué par Godard avec son chef op Raoul Coutard. Ça correspond aussi aux années soixante. Sans oublier les toiles de Mondrian. C’était donc une façon pour moi d’inscrire le personnage dans son propre univers. À sa place.  

Louis Garrel, vous dites qu’aborder Godard avait un côté intimidant. Comment vous êtes-vous débarrassé de cette timidité ?

Louis Garrel : Je ne m’en suis jamais débarrassé. Mais ce que j’aimais bien c’était le côté parcours à obstacles. Comme ça n’allait pas de soi, ça m’a concentré. Et, bizarrement, ça a stimulé mon jeu.

Est-ce toujours le cas quand il s’agit d’un personnage connu ?

L.G. : Non. Je viens de jouer Robespierre (dans « Un peuple et son roi » de Pierre Schoeller, film à venir) et ça ne m’a posé aucun problème. Mais là, pour Godard, qui est lui-même un créateur du cinéma, c’était étrange de le représenter comme un jeu de masques. Mais, quand j’ai lu le scénario de Michel qui prenait une distance de comédie, ça m’a guidé sur le chemin de l’interprétation.

Combien de prises pour cet hilarant plan-séquence de six personnes entassées dans une voiture ?

M.H. : 37 prises. C’était énorme, mais agréable, car j’avais six acteurs qui permettaient de le faire. Nous avons donc fait des répétitions comme une scène de théâtre.

L.G. : Et refait certaines prises parce qu’on rigolait trop…

Vous êtes injuste avec Jean Vilar que vous montrez piquant du nez à la conférence de presse de Godard. Car j’ai vu Vilar en Avignon présentant Béjart : il dynamisait la conférence au contraire.

M.H. : Ah, la, la je suis une ordure… Quand je mourrai, Vilar m’attendra surement là-haut pour m’attraper. Alors, je lui dirai : » Salut l’artiste ! » En fait, l’idée était plutôt de mettre le mythe Godard en difficulté. En le montrant présenter « La Chinoise » à des gens qui ne sont pas très intéressés

La tentative de suicide de Godard à l’hôtel est exacte ?

M.H. : Oui, elle est dans le livre d’Anne Wiazemsky. Et pas la seule d’après d’autres biographies. Ça me semblait donc intéressant de montrer que lorsqu’il enlève tout sentimentalisme de ses films, dans sa vie privée, il va jusqu’au suicide amoureux qui est l’acte romantique par excellence.           

Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard ont-ils vu votre film ?

M.H. : Anne l’a vu et a beaucoup aimé. J’ai proposé de le montrer à Godard : il n’a pas répondu.

Le Redoutable - Sortie le 13 septembre 2017


Le film...

Quand un réalisateur parle d’un autre réalisateur, ça donne cette comédie qui se moque gentiment de l’apôtre de la Nouvelle Vague. Un Jean-Luc Godard en pleine crise existentielle et artistique pendant l’explosion de Mai 68.

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