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Cinéma : rencontre avec Mathieu Amalric pour son dernier film "Barbara"

  • Écrit par Fiona FRANCHI
  • Publié dans CINEMA
Cinéma. Comme Lady Di, Barbara nous a quitté il y a 20 ans. Le 24 novembre 1997. A 67 ans. D’où ce film qui s’émancipe du classique biopic pour nous restituer par extraits ou allusions la personnalité singulière de Barbara. Un troublant reflet où Jeanne Balibar, qui l’incarne, se révèle impressionnante de mimétisme. 

Barbara

Légende : Jeanne Balibar, Mathieu Amalric Copyright Waiting For Cinéma 2017 / Roger Arpajou
 
Vous semblez inquiet, il est pourtant superbe, votre film.

Mathieu Amalric : Notre souci majeur était le suivant : comment faire pour ne pas embaumer Barbara une deuxième fois. Or, le biopic enferme l’acteur dans la ressemblance. Alors, on l’a conçu comme un terrain de jeu plus fantaisiste pour Jeanne.  

Si ça n’est pas un biopic, comment le définissez-vous ?

M.A. : Comme un bio-utopique. Le résultat d’un intense travail de recherche, de macération. Trois ans avant de tourner, j’ai tout lu et tout vu sur Barbara. Jusqu’à retrouver des images que personne ne connaissait. Celle de Vergès notamment. J’ai retrouvé aussi un son rare dont je suis fier : Barbara chantant « Jésus que ma joie demeure ».

C’était jubilatoire pour vous de jouer dans ce film là ?

-Oui, car chaque scène raconte quelque chose de Barbara. Saviez-vous qu’elle a mis 13 ans à chanter ses propres textes ? Avant, elle n’osait pas. Je voulais donc retrouver, par le chant, l’effet étonnant qu’elle a pu avoir sur les hommes et les femmes.

L’étonnant, c’est qu’au début on cherche qui chante : Barbara ou Jeanne. Puis, on se laisse porter.

-M.A. : Il fallait en effet que ce soit un mensonge consenti avec Barbara. Que l’énergie soit comme un filtre. Un trip sans drogue. Dans ce but, j’ai beaucoup pensé à Jacques Tourneur, au « Chant du mal aimé ».

Travail colossal certainement pour vous aussi sur ce film.

-Jeanne Balibar : Oh oui ! Un gros boulot de préparation musicale. Car je voulais l’approcher par sa musique. L’idée étant de ne pas chercher à l’imiter. Car Barbara était une soprano qui descendait dans les graves et moi je suis une mezzo qui monte dans les aigus. Or, le chant, vous savez, ne pardonne pas. Sinon, la note n’est pas juste ou n’a pas de couleur.

Vous connaissiez ses chansons ?

-J.B. : Oui, je les ai beaucoup chantées pour consoler des amis qui avaient des chagrins d’amour. Et pour moi aussi d’ailleurs. Pendant les 6 semaines de tournage, on a fait une sorte d’exercice de spiritisme. On a fait tourner les tables. Nous demandant si elle allait nous faire l’amitié de venir.

Et elle est venue ?

J.B. : Oui, elle est venue. Elle a été sympa…

Avez-vous compris pourquoi Barbara disait ses textes aussi vite ?

J.B. : Oui. Prenez « Nantes » par exemple. Si on la chante en pensant vraiment au texte, eh bien on ne peut presque plus le dire. Car on est submergé de douleur. Son débit mitraillette permet donc de tenir l’émotion à distance. Mais c’est aussi de ce débit que nait la mélodie. Ce qui la rapproche de la Callas.

Barbara a beaucoup parlé de son père incestueux, mais peu de sa mère.

J.B. : Si, elle parle de sa mère dans « Mon enfance ». Et dans son livre, elle dit d’ailleurs cette chose terrible : que sa mère étant devenue son enfant, il lui a fallu protéger cette mère qui ne l’avait pas protégée…      


Propos recueillis par Fiona FRANCHI

                                      

(Sortie du film : 6 septembre)

--RÉSUMÉ du FILM-- Pour son 7ème film, Mathieu Amalric fait à Barbara une singulière déclaration d’amour. Un puzzle déroutant où l’on navigue à vue entre la vraie Barbara et son double, l’émouvante Jeanne Balibar.Sans jamais y perdre l’essentiel : l’œuvre majeure de la dame en noir.

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