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Cinéma. Il a déjà tes yeux : « un film sur la transmission au-delà de l'adoption » pour Lucien Jean-Baptiste

  • Écrit par CS
  • Publié dans CINEMA
Cinéma. Après La première étoile, 30° couleur, Dieu Merci, Lucien Jean-Baptiste revient avec « Il a déjà tes yeux », une nouvelle comédie enthousiasmante et pleine d’humanité dans laquelle un couple noir adopte un enfant blanc, blond aux yeux bleus. Notre rencontre à Nancy avec le cinéaste et comédien Lucien Jean-Baptiste ainsi que Michel Jonasz incarnant dans le film un directeur de l'Aide sociale à l'Enfance (ASE) très humain...
IlADejaTesYeux-cp-Clelia-ScopelMichel Jonasz et Lucien Jean-Baptiste - crédit photo Clelia Scopel / www.ici-c-nancy.fr

Paul et Sali sont un jeune couple en attente d’un enfant, jusqu'au jour où un coup de fil leur annonce que leur dossier d’adoption est approuvé et qu’ils vont pouvoir (enfin) rencontrer leur bébé, un enfant de 6 mois prénommé Benjamin. Mais, surprise ! Au centre de l’Aide Sociale à l’Enfance, l’enfant qu’on leur présente n’est pas comme ils l’avaient imaginé, c’est certes un adorable poupon, mais il est blanc, blond aux yeux bleus ! Eux… sont noirs ! En s’attaquant aux préjugés liés au racisme ordinaire et de la peur, Lucien Jean Baptiste aborde avec l’adoption du bébé, les thèmes de la différence et de transmission n’égratignant personne au passage.

Alors que le couple ouvre aussitôt leurs bras et leur cœur pour accueillir Benjamin dans leur maison, la petite famille à l’essai (pendant les six mois de probation avant l’adoption définitive), va faire face à bien des embûches et des situations embarrassantes. D’abord, une assistante sociale ascétique, rigide et déstestable à souhait campée par Zabou, des grands-parents africains enfermés dans leurs traditions en passant par d’autres personnages comme le pédiatre ou encore les nourrices du parc hilares lorsque Sali affirme être la mère du bébé ... Avec un casting formidable, composé de Lucien et Aïssa Maïga dans les rôles-titres, mais aussi de Michel Jonasz, Zabou Breitman, Vincent Elbaz, Delphine Théodore, Marie-Sohna Condé, Bass Dhem et Marius Benchenafi, Il a déjà tes yeux s’annonce déjà comme une comédie qui devrait assurément marquer l’année 2017.

Un an après la réalisation de Dieu Merci, comment avez-vous abordé cette nouvelle comédie ?

Lucien Jean-Baptiste : Avec le plus grand des bonheurs ! On est venu me proposer ce sujet. En fait, j’étais tombé sur un fait divers où un couple de Nigérians avaient accouché d’un enfant blond et parallèlement à ça, j’ai Dominique Farrugia qui m’appelle pour me parler de son scénario qui devait s’appeler à la base « Black adoptions ». J’ai réécrit en ajoutant ma touche personnelle. En fait, je voulais aborder non pas tant l’adoption, mais le sujet de la transmission. Au départ, j’ai une mère très antillaise et des enfants qui sont de vrais « petits bobos parisiens », alors en même temps je me suis dis : « j’ai fait des petits blancs », il ya quelque chose à raconter avec ça. Au cinéma, je ne peux faire des films que si j’y mets de mes histoires, de mon ressenti. C’est tellement difficile de faire un film aussi j’ai besoin que ça me prenne aux tripes. J’avais donc envie de raconter ça, que mes enfants ne me ressemblent pas et ressemblent encore moins à ma mère. Culturellement que doit-on garder ? C’est l’histoire de transmission, d’un travail sur la différence, sur l’amour qui ne doit pas créer l’inégalité des chances. J’ai mis en relief l’humanité de la famille au-delà de l’adoption. 

Michel Jonasz, après La première étoile et Dieu Merci, vous intégrez un troisième fim avec Lucien Jean-Baptiste, on peut dire que c’est presque une histoire de famille entre vous ? 

Michel Jonasz : Il y a un lien avec lui, c’est certain. D’abord sa façon dont il fait les films et ce qu’il y met, le lien profond il est là. Ses films lui ressemblent autant que mes chansons me ressemblent. Nos valeurs principales sont les mêmes, nous avons la même motivation dans ce que l’on fait. En premier lieu, c’est la famille, parce qu’il a l’amour, les liens entre les êtres humains... Je peux lui dire oui à un film qu’il me propose sans qu’il me le raconte ! 

Michel Jonasz, comment était Lucien sur le tournage ?

Michel Jonasz : Il a un enthousiasme, une passion qui est contagieuse. Il nous met en valeur. C’est agréable. Il ne nous dénigre pas, il ne nous casse pas. Il n’y a pas de tension stressante, il y a de la joie, mais par contre il y a une vraie exigence.  

Iladejatesyeux
Il a déjà tes yeux- Copyright UGC
Tourner avec un bébé de 6 mois n’a pas été trop compliqué ? 

Lucien Jean-Baptiste : On a eu de la chance ! On avait prévu au cas où, de faire des effets numériques, mais nous n’avons pas eu besoin. Il est naturel et ça participe beaucoup au film. Les parents de l’enfant sont formidables et c’est un vrai petit un miracle sur le tournage. Dans le cas inverse, ça peut être une catastrophe. D’ailleurs, en amont lorsque j’ai fait le casting, j’ai presque fait un casting de parents avant de faire un casting d’enfants parce qu’un plateau de cinéma c’est quelque chose ! Le bébé était là tous les jours et il faut savoir qu’on a très peu le temps pour tourner avec un enfant, seulement 2 X 30 minutes par jour ! Il fallait donc des parents prévenants.

Les clichés ont la vie dure dans votre film, la mère de Sali (Marie-Philomène Nga) n’est pas exempte de racisme, lorsqu’elle liste à sa fille les (nombreuses) exigences à respecter pour son futur petit fils dont « surtout pas un Congolais » !!!

Lucien Jean-Baptiste : Je ne voulais pas être manichéen, les gentils blancs, les méchants noirs et inverse. La peur qui domine, je l’entends, je la comprends, mais il faut la combattre...

Des anecdotes sur le tournage du film ?

Lucien Jean-Baptiste : Ah, on était bien ... Il y a eu quelques crises de fous rires comme la scène de la voiture où Vincent prend le volant pour nous emmener à l'hôpital et il devait bousculer une poubelle au passage... Il les a littéralement explosées ! (rires)

« Il a déjà tes yeux » : mercredi 18 janvier, avec Aïssa Maïga, Lucien Jean-Baptiste, Zabou Breitman, Vincent Elbaz.

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