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Cinéma : "Ouvert la nuit" la folle nuit blanche de Édouard Baer et Sabrina Ouazani dans Paris

  • Écrit par CS
  • Publié dans CINEMA
Cinéma. Onze années après "Akoibon", Edouard Baer revient à la réalisation avec "Ouvert la nuit", une comédie dramatique dans laquelle il incarne Luigi, un directeur de théâtre fantasque qui a une nuit pour sauver son fond de commerce. Rencontre à Nancy avec le comédien et cinéaste ainsi que de l'actrice Sabrina Ouazani.

EdouardBaer-SabrinaOuazani

Edouard Baer et Sabrina Ouazani - crédit photo C.Scopel ici c nancy fr

Dans son dernier film, sorti le 11 janvier 2017 au cinéma, Edouard Baer incarne le rôle de Luigi, un directeur de théâtre fantasque et égocentrique confronté à d’importants soucis financiers. Pour pouvoir boucler son budget et assurer la première d’une nouvelle pièce du très sérieux et exigent Atsuhiko Dazai, ce dernier entreprend accompagné de sa stagiaire Faeza (Sabrina Ouazani) — embarquée malgré elle — une traversée nocturne de la Ville lumière. Vêtue de son costume à nœud papillon, la jeune stagiaire de Sciences Po, à l’esprit profondément cartésien doit faire face à la fantaisie et au tempérament imprévisible de Luigi à travers une quête aussi insensée que truculente ! Celle de trouver un singe en chair et en os indispensable à sa pièce, mais aussi et surtout, d’espèces sonnantes et trébuchantes pour payer la troupe de théâtre qui accessoirement n’a pas été payée depuis deux mois et menace de faire grève !

Après La Bostella (2000), et Akoibon (2005), Édouard Baer nous entraîne dans son troisième long-métrage, un road movie nocturne improbable. Dans cette comédie où les mises en abymes sont nombreuses, Edouard Baer se forge un personnage haut en couleur, très charismatique et tissé de contradictions. Doté d’une mauvaise foi débordante, d’un verbe détonant et aussi désinvolte qu’attachant par son humanisme et son amour du théâtre, le comédien et cinéaste progresse avec son acolyte au hasard des rencontres pour trouver une issue à sa quête que le spectateur imagine perdue d'avance. 

Luigi, un personnage équilibriste...

« Il y a des gens à qui on pardonne tout et des gens si on les paye trois jours en retard qu’on a envie de tuer. Lui est très entouré, car il aime dépendre des gens, mais il aime aussi qu’on dépende de lui, c'est un peu “ni moi sans vous, ni vous sans moi” » explique Edouard Baer sur le rôle qu'il incarne. Cette virée nocturne initiée par son personnage représente selon lui : « La nuit la plus extrême de ce qu’il n’a jamais rencontré » et d’estimer que « lorsqu’on fait ce métier-là, on a le goût de l’excessif et de la catastrophe, car le personnage est un équilibriste et c’est ça qui lui plait parce que sinon il s’ennuierait ». Avec un nom en écho aux comédies italiennes des années 60, Luigi se recentre sur l’humain s’affranchissant de tout calcul « là où les algorithmes ne marcheraient pas avec le verbe, les mots peuvent peuvent changer les choses. », analyse encore le cinéaste sur son personnage.

À en croire le réalisateur, les tribulations des patrons de salles de spectacle existent bien : « J’ai connu des directeurs de théâtre, des producteurs de cinéma qui allaient au casino pour payer l’équipe parce qu’au cinéma, les artistes sont payés par semaine contrairement au théâtre où les payes sont versées à la fin du mois » et de de citer « Paolo Branco qui allait jouait à la roulette pour payer l’équipe »... 

Pour cette virée nocturne au cœur de Paris le cinéaste explique s’être inspiré des films des années 60 /70 et de ses Color by Deluxe où les couleurs étaient très saturées pour retranscrire une vision rêvée de la Ville lumière. « Je voulais que ce soit un Paris perçu par mon personnage avec une saturation des couleurs pour donner l’impression d’une attraction de la nuit de la même façon que les insectes par la lumière. L’été, Paris est très végétal, il ya des endroits où les immeubles disparaissent sous la végétation, ça devient un peu mystérieux à la Modiano avec cette lumière sous les lampadaires. Rien n’est laid, au pire c’est extravagant, au pire c’est de mauvais goût, mais le mauvais goût, ce n’est pas laid. », ajoute Edouard Baer. 

Un casting lumineux et Tiby "une enfant de star"

Aux côtés d’Audrey Tautou, Christophe Meynet, Jean-Michel Lahmi, Grégory Gadebois, Michel Galabru (son dernier rôle), Sabrina Ouazani, la complice de Edouard Baer rayonne. Dans ce scénario déjanté, l’actrice de 28 ans explique avoir travaillé son personnage : « on a fait beaucoup de séances en amont pour approfondir le personnage de Faeza, sa vie d’avant, sa rencontre avec Jean-Bernard » et de saluer la présence d’Edouard Baer à ses côtés : « Il était là pour me rassurer si j’avais une question sur le jeu ou la direction d’acteur » poursuit-elle. Quant au tournage, le film a laissé peu de place à l’improvisation, « les textes sont assez millimétrés » assure l’actrice révélée au cinéma par Abdellatif Kechiche dans « L’esquive ».

Dans ce road movie dans les rues et des bars de la capitale, le réalisateur a fait appel à un singe : Tiby. Un chimpanzé célèbre par sa filiation, sa mère était déjà sur les petits écrans dans les années 90 dans une publicité de lessive « Tutti rikiki maouss costo ». « C’est une enfant de star » s’amuse, sourire aux lèvres, Sabrina Ouazani se remémorant également sur le tournage de la présence de Désiré : « plus qu’un dresseur, son papa pour prendre soin d’elle ou lui donner des directions de ce qu’elle devait faire avec Édouard ». 

La chanson de fin est signée de Alain Souchon, le titre a été fait pour le film, « l’instinct de Souchon est incroyable sur la perception des personnages du film, j’ai compris des choses sur les personnages par la chanson “on se demande ce que l’on devient, ce qu’on va faire (...) on ne s’aime pas, mais on s’aime (...) Ça ne va pas, mais ça ira quand même”, c’est magnifique » conclut Edouard Baer. 

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